UTILITÉ DES CAILLOTS ACTIFS
lenteur, de telle sorte que plusieurs mois, ou même plusieurs années s'écoulent entre leur début et leur funeste terminaison.
Ce bénéfice est entièrement dû à la formation des caillots actifs. J'ai dit plus haut comment et pourquoi ces caillots se déposent sur les parois du sac. Voyons maintenant de quelle manière ils modifient la marche de l'anévrysme.
Tant que le sac est libre de concrétions fibrineuses , l'accroissement de la tumeur s'effectue sans obstacle. A mesure que la poche s'élargit, la circulation y devient plus lente, et il arrive un , moment où la fibrine commence à se déposer. Celle-ci forme une couche solide d'une certaine épaisseur, et la capacité de l'anévrysme se trouve diminuée. Cette circonstance est doublement favorable , puisque d'une part la résistance de la couche fibrineuse vient se joindre à celle du sac, et que d'une autre part la surface interne de la poche, réduite à de moindres dimensions, donne moins de prise à la pression du liquide intérieur.
L'équilibre se trouve donc en partie rétabli, et la marche de l'anévrysme est entravée.
Cependant la couche fibrineuse s'amincit et finit par céder à son tour ; la puissance reprend le dessus sur la résistance, la tumeur s'accroît de nouveau. Mais une nouvelle couche fibrineuse se dépose et joue le même rôle que la précédente.
On ne saurait donc méconnaître l'heureuse influence de ces dépôts successifs. Ils retardent toujours les progrès du mal, ils en atténuent la gravité; ils peuvent le rendre stationnaire ; ils peuvent enfin le faire rétrograder, et même le guérir.
Ces derniers résultats, les plus désirables de tous , n'ont lieu que dans des cas exceptionnels sur lesquels je reviendrai tout à l'heure. En général, la couche fibrineuse ne remplit qu'une partie peu considérable de la cavité du sac, et l'anévrysme, quoique enrayé , n'en continue pas moins à se développer. 11 faut donc que l'art intervienne. Il peut le faire de bien des manières ; mais on prévoit dès maintenant que les méthodes les plus avantageuses seront celles qui favoriseront la formation de ces utiles dépôts fibrineux.
J'ai raisonné jusqu'ici dans l'hypothèse d'un auévrysme dont le sac serait bien régulier, bien homogène, l'ouverture bien arrondie et la forme à peu près sphérique , — dont la surface ne
donnerait implantation à aucune collatérale perméable , et dont le centre serait exactement situé vis-à-vis de l'orifice.
Lorsque toutes ces conditions sont réunies , le dépôt fibrine ux s'opère bien régulièrement, et son épaisseur, abstraction faite des influençes constitutionnelles , est d'autant plus considérable que l'anévrysme est plus développé. Tout dépend des dimensions relatives du sac et de son orifice , et la formation des caillots actifs s'arrête, ni plus tôt, ni plus tard, lorsque la cavité de l'anévrysme est ramenée à une étendue proportionnelle à celle de son ouverture.
Mais un pareil anévrysme est en quelque sorte idéal. Il n'arrive presque jamais que toutes ces conditions soient réunies, et il en résulte que la disposition des caillots fibrineux est sujette à beaucoup varier.
Gêné dans son développement par la résistance des tissus environnants, des muscles, des os, des aponévroses, etc., le sac anévrysmal s'écarte presque toujours, d'une manière notable, de la forme sphérique : tantôt il s'allonge, tantôt il s'aplatit; quelquefois il présente plusieurs bosselures ; souvent sa partie centrale cesse d'être située vis-à-vis de son orifice. Toutes ces circonstances modifient notablement la circulation de l'anévrysme; certains points de la paroi, plus rapprochés de l'ouverture, reçoivent plus spécialement le choc des ondées sanguines, et le liquide qui les baigne se renouvelle beaucoup plus rapidement que sur les autres points. La stagnation du sang dans les couches périphériques cesse donc d'être uniforme , et le dépôt des caillots actifs se fait sans aucune régularité. Ici , ces caillots constituent un dépôt fort épais ; là ils forment une couche beaucoup plus mince ; plus loin ils manquent complètement. Lorsque le sac glisse en remontant le long de l'artère , le sang qui y pénètre est obligé de suivre un trajet récurrent qui en atténue beaucoup la rapidité ; lorsque , au contraire , l'anévrysme se développe principalement au-dessous de son orifice, le sang s'y introduit avec beaucoup de facilité et pénètre directement jusqu'au fond du sac : telles sont les principales causes qui font varier l'épaisseur et la disposition des concrétions anévrysmales. — On conçoit combien ces diverses dispositions doivent influer sur la marche ultérieure des anévrysmes. Les points que protège une épaisse couche fibrineuse