‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 75 sur 243 · ACUPUNCTURE · texte numérisé non relu

ACUPUNCTURE

expériences , a proposé de profiter des propriétés de l'acupuncture pour guérir les anévrysmes.

L'acupuncture peut être appliquée soit sur le sac anévrysmal , soit sur l'artère au-dessus de lui.

Appliquée sur l'artère , elle ne constitue qu'un procédé de la méthode d'Anel; c'est une méthode indirecte dont je ne dois pas m'occuper ici.

Appliquée sur le sac anévrysmal , elle rentre au contraire dans la catégorie des méthodes directes , et mérite quelques instants d'attention. On me permettra de l'envisager surtout sous le point de vue théorique, parce que les faits cliniques font presque complètement défaut.

Une ou plusieurs aiguilles introduites et laissées à demeure pendant un ou deux jours dans le sac anévrysmal doivent, en leur qualité de corps étranger, provoquer la coagulation du sang, et chacune d'elles doit se recouvrir d'une couche plus ou moins épaisse de fibrine. Lorsqu'on retire les aiguilles , la librine reste dans la poche, et il est possible que, jouant à son tour le rôle d'un corps étranger, elle attire à elle et fasse précipiter sous forme solide une partie de la fibrine du sang en circulation. Enfin, il ne répugne pas d'admettre que cette coagulation fibrineuse puisse finir par oblitérer complètement l'anévrysme.

Voilà ce que dit la théorie , mais elle indique en même temps la possibilité de plusieurs autres terminaisons moins favorables. Les dépôts fibrineux provoqués par la présence des aiguilles ne constituent pas dans le sac une couche uniforme analogue à celles qui amènent l'oblitération naturelle des anévrysmes. Ce sont des prolongements irréguliers et flottants , et la fibrine , en continuant à se déposer à leur surface , doit donner lieu à des masses informes, peu ou point adhérentes, mobiles, et agitées par le sang. Le choc de ce liquide peut les briser et les entraîner, et si elles restent dans le sac, elles ne peuvent l'obstruer que très-irrégulièrement. Dans de pareilles conditions, il semble très-difficile que la poche anévrysmale se remplisse entièrement de caillots actifs. Qu'un bouchon fibrineux obstrue l'orifice , la tumeur cessera de battre , mais elle sera en grande partie comblée par des caillots passifs, mode d'oblitération que j'ai déjà étudié, et dont j'ai fait connaître les inconvénients.

Ce n'est point tout. Le contact des aiguilles n'agit pas seulement sur le sang , il agit encore sur les parois du sac , les irrite et peut les enflammer. Je sais que les aiguilles sont par ellesmêmes des corps étrangers peu irritants, mais à condition qu'elles resteront en repos. Cette condition manque dans une tumeur qui, comme Fanévrysme, est agitée de mouvements incessants. On peut donc craindre de provoquer ainsi l'inflammation de la poche anévrysmale et les graves accidents qu'elle entraîne à sa suite. M. Gonzalez de Torres rapporte que l'acupuncture, pratiquée sur les deux carotides d'un chien, détermina des deux côtés, au bout de quatre jours, de la suppuration au niveau des piqûres artérielles. Cette expérience suffit amplement pour légitimer les craintes que je manifeste (1).

Il reste une dernière objection. Si on n'emploie qu'une ou deux aiguilles , et si on les laisse peu de temps dans l'anévrysme , on s'expose à ne produire aucun effet durable ; les dépôts fibrineux presque linéaires que l'on obtient ainsi n'offrent pas assez de résistance , et il est difficile que le choc du sang ne réussisse pas à les briser et à les entraîner. Si on emploie un plus grand nombre d'aiguilles, et si on les laisse plus de temps en place, cet inconvénient n'existe plus, mais on s'expose alors à produire une irritation trop forte. En un mot , les chances de l'inflammation s'accroissent en même temps que celles de la coagulation fibrineuse; et, quoique l'inflammation soit capable d'amener la guérison des anévrysmes , elle est capable aussi , comme on l'a vu plus haut, de déterminer des accidents redoutables. Cette objection , au surplus , ne s'adresse pas seulement à l'acupuncture , elle atteint tout aussi bien la plupart des autres méthodes directes. Considérée sous le point de vue théorique, l'acupuncture ne semble pas inférieure à celles-ci ; elle paraît même supérieure à plusieurs d'entre elles.

Voilà ce que dit la théorie ; interrogeons maintenant les faits qui sont du reste très-peu nombreux.

Il paraît que M. Phillips a traité et guéri par l'acupuncture un anévrysme de la région parotidienne. Je n'ai pu me procurer

(1) Gonzalez de Torres. De la torsion des artères, Thèses de Paris, 1831, n° 233, p. 29, i1' expérience.

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