‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 81 sur 243 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Méthode d'Everard Home

(application de la chaleur).

Éverard Home a eu l'idée de faire pénétrer dans les anévrysmes une grande quantité de calorique pour y provoquer la coagulation du sang. Son procédé consiste à introduire dans le sac une aiguille à acupuncture , dont l'extrémité extérieure est ensuite chauffée à blanc.

Cette méthode n'a été appliquée qu'une seule fois; je reproduis

2Z|6 MÉTHODE d'ÉVERARD HOME.

cette observation intéressante qui n'a pas encore été publiée en France :

6e Observation (Éverard Home). — Anévrysme iliaque.. — Ligature suivant la méthode de Brasdor. — Les battements continuent. — Application de la chaleur. — Amélioration, puis gangrène du membre, suivie de mort (4).

Il s'agissait d'un anévrysme de l'artère iliaque externe. La fémorale fut liée au-dessous de la tumeur le 4 6 septembre 4825. Les pulsations ne s'affaiblirent pas et l'anévrysme continua à s'accroître. Le vingt-huitième jour après la ligature, Éverard Home introduisit « une aiguille à acupuncture « jusqu'au centre du sac, dans le point où les battements étaient le plus « prononcés et où le sang paraissait le plus fluide. L'aiguille fut passée à « travers un petit trou dans une barre d'acier , qui fut chauffée avec une « lampe à alcool ; — les téguments de la cuisse étaient protégés au moyen « d'un morceau de liège. » L'application du calorique dura quinze minutes ; le malade éprouva une sensation de chaleur et une douleur légère. — Les pulsations s'affaiblirent. Lorsqu'on retira l'aiguille, il s'écoula une seule goutte de sérosité colorée. Au bout d'une demi-heure, le malade éprouva dans la cuisse une vive douleur que l'opium dissipa en dix minutes. Après quoi, il fut plus tranquille qu'il ne l'avait été depuis douze heures. Les battements du sac étaient réduits à une simple ondulation.

Au bout de deux jours, on trouva que la tumeur était indolente; les pulsations étaient moindres au niveau de la ponction que partout ailleurs. Mais, la tumeur ne diminuant pas, une seconde application de la chaleur fut faite six jours après la première. On se servit d'une aiguille deux fois plus volumineuse, et l'action du calorique fut prolongée pendant trente-cinq minutes. Les pulsations diminuèrent beaucoup. Lorsqu'on retira l'aiguille, on trouva qu'elle supportait un petit caillot gros comme une tête d'épingle, aussi dur que de la cire à cacheter, et solidement fixé sur sa partie moyenne. La douleur ne dura que dix minutes , mais le malade continua pendant vingt-quatre heures à éprouver une sensation de chaleur. La tumeur, paraissant tout à fait solide , resta indolente pendant deux jours. Mais le troisième jour, la douleur et les pulsations reparurent. La douleur était très-vive et la tumeur extrêmement tendue. Les choses en étant là, une troisième tentative analogue aux précédentes fut faite dix jours après la seconde, c'est-à-dire seize jours après la première et quarante-quatre jours après la ligature de l'artère. On doubla encore le volume de l'aiguille. La sensation

(1) PMlosophical Transactions. Londoa, 1826, h\-ku, vol. CXV1, part 111, p. 189. On Ute Coagulation by Heat of the fluid Blood in an Aneurismal Tumour.

APPLICATION DE LA CHALEUR. "2kl

de chaleur fut très-vive, mais la douleur fut assez légère. Au bout de vingt minutes, les pulsations disparurent tout à coup. On retira l'aiguille. Dix minutes plus tard , le malade se trouvait tout à fait bien. A partir de ce jour, les pulsations ne reparurent plus.

Le malade allait au mieux ; mais le sixième jour, le pied et la jambe se refroidirent. Des phlyctènes s'y manifestèrent dix jours plus tard. La gangrène paraissait imminente. Il ne paraît pas cependant qu'elle se soit confirmée, car on lit dans le texte que ces phénomènes précurseurs de la mortification ne s'accrurent pas, et que l'état dû membre resta à peu près stationnaire pendant un mois. Le malade mourut au bout de ce temps , c'est-à-dire quarante-six jours après la dernière tentative et quatre-vingt-dix jours après la ligature de la fémorale. La cause de la mort n'est pas autrement indiquée.

A l'autopsie, on trouva que l'anévrysme était sacciforme, que l'artère iliaque externe était perméable dans toute son étendue , jusqu'au niveau de la ligature qui avait été appliquée sur la partie supérieure de la crurale. Le sac , presque aussi gros que le poing , renfermait une couche épaisse de fibrine stratifiée, et celle-ci circonscrivait une large cavité pleine d'une substance comme gélatineuse.

Les accidents qui ont terminé les jours du malade ne peuvent guère être attribués à la nature de la méthode employée. Ce fait semble donc plutôt favorable que défavorable , mais il ne prouve nullement l'efficacité de la méthode d'Éverard Home. On avait , en effet , commencé par lier l'artère au-dessous du sac, et on ne peut savoir ce qui arriverait si on appliquait la chaleur dans toute autre condition.

J'ai néanmoins tenu à reproduire cette observation , parce qu'elle jette quelque jour sur la physiologie des caillots passifs,

A la suite de la première tentative , la tumeur devint tout à coup moins pulsatile , ce qui ne peut s'expliquer autrement que par la formation de caillots passifs. — Cette amélioration cependant ne fut que passagère; au bout de deux jours, la tumeur avait repris tous ses caractères. Les caillots passifs avaient donc été détruits et entraînés par le choc du sang. Et notez qu'ici les conditions étaient des plus favorables , la présence de la ligature inférieure ayant fortement diminué la rapidité de la circulation dans l'anévrysme. Malgré cela , les caillots passifs ne purent résister pendant plus de deux jours.

La deuxième tentative est plus instructive encore. Cette fois on introduisit dans l'anévrysme une plus grande quantité de calo-

Page 1