‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 87 sur 243 · SECOND MÉCANISME · texte numérisé non relu

SECOND MÉCANISME

II y a cependant quelques cas exceptionnels où ces deux méthodes peuvent et doivent même être combinées :

Lorsqu'un anévrysme, par une cause quelconque , est déjà en partie comblé par des caillots actifs, la compression directe peut intervenir avec plus de chances de succès. La tumeur, devenue résistante, cède peu à l'action du bandage, et le sang continue à y pénétrer. Mais la pression exercée sur l'anévrysme se transmet médiatement au tronc artériel ; la circulation se trouve par conséquent ralentie , et on conçoit que cette condition soit favorable au dépôt de nouvelles couches flbrineuses. Ainsi s'expliquent en partie quelques résultats heureux de la compression directe appliquée sur des anévrysmes qui étaient soumis depuis longtemps à la compression indirecte , et qui , après avoir présenté d'abord une grande amélioration , après être devenus durs et peu pulsatiles, avaient cessé de faire de nouveaux progrès vers la guérison. Au surplus, j'aurai l'occasion d'y revenir clans le chapitre de la Compression indirecte.

M. Porter rapporte deux faits fort remarquables, qu'on peut rapprocher des précédents : un homme, atteint d'anévrysme poplité, entra à Meath Hospital. La tumeur, grosse comme un œuf de dinde, était dure et incompressible ; la compression exercée sur la fémorale en arrêtait les battements, mais n'en faisait pas diminuer le volume. En attendant l'opération , M. Porter appliqua sur le membre un bandage roulé , méoiocrement serré. Une heure après, douleur qui s'accroît, qui devient bientôt excessive (excruciating) et qui dure toute la nuit. Le lendemain, les pulsations ont entièrement disparu ; guérison (1). Le second fait cité par M. Porter est exactement semblable : M. Gollis applique un bandage roulé sur un anévrysme poplité volumineux, dur et irréductible. Douleur immense (sic). Le lendemain, la tumeur est entièrement privée de battements ; guérison (2). Dans ces deux cas, le sac était déjà en grande partie oblitéré par des dépôts spontanés de fibrine, et il est probable que cette masse dure transmit jusqu'au tronc artériel l'action compressive du bandage.

(1) Porter. Observ. on Aneurism. Dublin, 1839-1840, in-8°, p. 98.

(2) Porter, loc. cit., p. 99. La douleur, dans ces deux cas, s'explique sans doute par la compression des nerfs poplités, étreints entre le bandage et la tumeur en grande partie solidifiée.

Je dois ajouter que Deschamps avait entrevu ce mode d'action de la compression directe. Il pensait que celle-ci ne pouvait réussir que lorsque le sac reposait principalement sur le bout supérieur de l'artère; qu'alors la pression exercée sur la tumeur se transmettait au vaisseau et y gênait le cours du sang, comme aurait pu le faire une ligature graduelle (1).

Quoiqu'il en soit, on peut affirmer que la compression directe est presque toujours un obstacle à la coagulation flbrineuse.

3° Le troisième mode d'action de la compression directe est beaucoup plus commun que les précédents. Le dépôt des caillots actifs est tout exceptionnel; la formation des caillots passifs est le résultat d'un accident. Ces deux phénomènes, lorsqu'ils se produisent, ne dépendent pas directement de l'action du bandage. Le véritable mode d'action de la compression directe est tout spécial et diffère entièrement de celui de toutes les autres méthodes.

Au lieu de s'oblitérer pendant qu'elle possède encore un volume notable, la tumeur, sans cesser de battre, revient graduellement sur elle-même; le sac, vidé par la compression directe, se rétracte d'une manière continue. L'anévrysme disparaît peu à peu, par une sorte d'atrophie. Réduit au volume d'une noisette, ou même à un volume moindre encore, il continue toujours à présenter des pulsations ; et, quoique ses parois semblent un peu épaissies, il n'a pas cessé d'être à peu près complètement réductible. Enfin , au bout d'un temps variable, mais ordinairement très-long , pour peu que l'affection soit ancienne, la tumeur finit par disparaître , laissant à peine après elle un petit nodus induré, situé sur le trajet de l'artère, qui conserve même quelquefois sa perméabilité.

Comment s'effectuent ces guérisons, si différentes de toutes celles qui ont été décrites jusqu'ici? Les auteurs ne s'en sont même pas occupés, et il faut dire, du reste, que c'est là une question fort difficile à résoudre. La compression directe empêche l'abord du sang ; le sac n'étant plus distendu revient peu à peu sur lui-même; l'anévrysme rétrograde par un mécanisme inverse de celui qui a présidé à son accroissement; mais cela ne suffit pas pour amener la guérison. Le jour où la compression cesse.

U) Journal de Sédiilùt, T, X, p. 284; ce rapport de Deschamps date de 1801.

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