GAL\AM)-PU1NCTUUE
et Davy, Schùbler , Medici , Gandolfi , Aldini , ont étudié de la même manière les effets de l'électricité : tous ont constaté que le galvanisme a la propriété de coaguler le sang, et que cette coagulation s'effectue surtout autour du pôle positif (1). Je me borne à mentionner ces essais. Je croirais sortir de mon sujet en les décrivant avec plus de détails (2).
Les choses en étaient là lorsque Pravaz , de Lyon , entreprit quelques expériences sur les moyens propres à prévenir l'absorption desvirus. Ayant appliqué l'électricité sur des tissus chargés de matières virulentes, il fut frappé de la rapidité avec laquelle le sang se coagulait sous l'action du galvanisme , et fit part de cette circonstance à M. Alph. Guérard, alors agrégé de la Faculté de médecine de Paris. « Ce jeune médecin, dit Pravaz, me pro- « posa de tenter de faire servir le galvanisme à l'oblitération du « sac anévrysmal. Je saisis avec empressement cette idée , et « nous convînmes d'essayer d'abord d'intercepter le sang dans « une artère volumineuse. » Les deux expérimentateurs ne firent cependant qu'un seul essai : ils réussirent à arrêter pour un moment le sang qui s'échappait d'une ouverture faite à l'aorte d'un lapin ; mais ils ne poursuivirent pas ces études intéressantes.
Tel est le résumé d'une lettre adressée par Pravaz , le 8 janvier 1831, à la Gazette médicale, à l'occasion du Mémoire de M. Velpeau sur l'acupuncture (3). De l'aveu même de Pravaz, il est certain que la première idée de la galvano-puncture appliquée au traitement des anévrysmes appartient à M. Alph. Guérard. En tout cas, cette publication faite à Paris, le 8 janvier 1831, assure la priorité à nos compatriotes. On voit, d'après cela, combien sont peu fondées les prétentions de M. Benjamin Phillips, de Westminster's Hospital, à Londres. Ce chirurgien ne publia qu'en
(1) Je me servirai toujours, dans ce chapitre, des mots pôle positif et -pôle négatif pour désigner les deux pôles de la pile. Je me borne à rappeler que le pôle positif est encore désigné sous les noms de pôle zinc, pôle vitré, pôle acide, — et le pôle négatif sous les noms de pôle cuivre, pôle résineux, pôle alkalin.
(2) Voy. Ev. Hohe. Hints on the Subject of Animal Sécrétions; dans Philosopli. Transact., 1809, in-£i°, p. 387. — Schuebler. Dissert. siste)is expérimenta quœdam , influxum electricitalis in sanguinem et respirationem spcctantia. Tubinge, 1810. — J.-F. Meckel. Traité général d'anatomie comparée, trad. fr. Paris, 1827, in-8°, T. I , p. îi23 , § 102. On trouvera de plus amples renseignements dans deux excellentes thès«s soutenues à Paris , en 1837, par M. Clavel ( n° 168 ), et, en 1838, par M. Gérard , de Lyon ( n° 306 ).
(3) Gazette médicale 1831 (8 janvier), p. 20.
1832 sa brochure sur l'oblitération des artères, brochure où il proposait , dans un appendice , de joindre le galvanisme à l'acupuncture (1). Dans une réclamation adressée en 1847 au rédacteur des Archives, M. Phillips annonce qu'il fit parvenir en 1835, à l'Académie des sciences de Paris , un nouveau mémoire contenant les résultats qu'il avait obtenus en traitant les tumeurs anévrysmales parla galvano-puncture (2). Cette phrase laisse entrevoir que , dès cette époque , l'auteur avait fait des tentatives sur l'homme. Mais il se trouve par malheur que ce second mémoire n'a laissé aucune trace à l'Académie des sciences. M. Phillips a sans doute été victime de l'inexactitude des rapporteurs , chose trop commune dans tous les corps savants pour qu'il y ait iieu de s'en étonner.
Le 23 mars 1835, M. Leroy (d'Étiolles) adressa à la même Compagnie une note sur un nouveau moyen de provoquer l'oblitération artérielle. Il proposait d'emprisonner le sang dans l'artère par une double compression, afin d'obtenir un caillot obturateur; et, pour accélérer la coagulation du sang ainsi rendu immobile, il proposait de recourir à l'électro-puncture. Quelques expériences faites sur la carotide des chevaux avaient donné des résultats satisfaisants. M. Leroy pensait qu'on pourrait quelquefois substituer ce moyen à la ligature; mais il ne s'occupait que de l'oblitération des artères et ne songeait pas à faire directement coaguler le sang dans les poches anévrysmales (3).
La galvano-puncture était à peu près oubliée, lorsque M. Clavel soutint à Paris sa thèse inaugurale sur l'Électro-punctwe. Après avoir étudié successivement l'action de l'électricité sur le sang extravasé et sur le sang contenu dans les artères , après avoir démontré qu'il suffisait d'une seule minute de galvano-puncture pour oblitérer solidement la fémorale d'un chien, l'auteur arriva à seize conclusions, parmi lesquelles je citerai les deux suivantes :
1° On peut traiter les anévrysmes par la galvano-puncture ,
(1) Benj. Phillips. A Séries of Experiments slwwing Huit Artcries may beOblitcraled witfwut Ligature, etc. Lond., 1832, in-8°.
(2) Ardu générales de médecine, 1847, sér. IV, T. XtV, p. 256.
(3) Leroy (d'Étiolles). Sur les moyens de suspendre le cours du sang dans tes artères, dans Recueil de mémoires. Paris, ISUU, in-8°, p. 280. — Une comte analyse de ce mémoire tut publiée, en 1835, dans la Gazette médicale, T. III, p. 202.
302 GA.LVANO-PUNCTURE.
soit en agissant sur la tumeur, soit sur l'artère au-dessus d'elle
16° // faut avoir recours aux courants galvaniques et jamais aux étincelles ou aux secousses électriques ordinaires (1).
M. Clavel terminait en rapportant l'observation suivante , que je crois devoir reproduire, parce qu'elle a été négligée par la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet :
8e Observation (anonyme) (2). — Anévnjsme fémoral. — Galvano-puncture. • — Insuccès. — Mort.
Avant le \ev juillet 1837, un jeune chirurgien très-distingué reçut dans ses salles un tailleur âgé de 45 ans, atteint d'anévrysme fémoral. La tumeur, située à la partie inférieure de la cuisse gauche, était grosse comme les deux poings. On y sentait des battements profonds ; mais les autres signes de i'anévrysme manquaient, et on se décida à pratiquer une ponction exploratrice. Un jet de sang artériel prouva qu'il s'agissait d'un anévrysme. Alors on enfonça dans la tumeur plus de cinquante aiguilles pointues en acier, longues de 5 pouces et grosses comme des aiguilles à tricoter. On mit ces aiguilles en rapport avec la machine électrique , après quoi on les laissa séjourner dans I'anévrysme. On ne les retira quau bout de quelques jours. La tumeur, pendant ce temps, avait pris un grand accroissement. Au moment où on enleva les aiguilles, chaque trou donna passage à un jet de sang artériel. La ligature de l'artère ne fut pas pratiquée, et le malade mourut (d'hémorrhagie, selon toutes probabilités).
Il y aurait beaucoup à redire sur la conduite du chirurgien très-distingué qui fit de l'acupuncture et de la galvano-puncture une application si singulière. M. Clavel remarqua avec juste raison que cet insuccès ne prouvait absolument rien contre les méthodes compromises par cette tentative imprudente.
Quoi qu'il en soit, M. Gérard, de Lyon, soutint l'année suivante, le 1k août 1838 , une thèse intitulée : Essai physiologique et thérapeutique sur la coagulation du sang (3). Cette thèse remarquable et trop peu connue renferme un grand nombre d'expériences sur l'action coagulante de l'électricité, et, quoique les conclusions en soient peu favorables à la galvano-puncture, elle mérite de nous arrêter un instant. Persuadé que l'électricité agit
(1) H.-P. Clavel. De Vêlectro-puncture, Tlièse de Paris, 1er juillet 1837, n°182, p. ftO à /i7.
(2) Tlièse de Clavel , 1837, p. US-U9.
(3) J.-A, Gérard (de Lyon ), Tlièse inaugurale, Paris, 2i\ août 1838 , n° 306,
principalement sur l'albumine du sang, l'auteur, pour simplifier le problème , étudie d'abord l'action des courants sur le blanc d'œuf (1). Il annonce que les phénomènes de la coagulation sont bien différents au pôle positif et au pôle négatif; que si le courant est faible, la coagulation s'effectue surtout au pôle positif; que le contraire a lieu lorsque le courant est fort (2) ; qu'en tout cas , des bulles de gaz se développent aux deux pôles , mais surtout au pôle négatif. — Lorsqu'on soumet un œuf entier à Faction de la pile, la coagulation s'effectue à peu près de la même manière : il y a toujours à chaque pôle un dégagement notable de gaz ; il se forme un coagulum sur chaque aiguille, mais ce coagulum s'étend à peine à quelques lignes et adhère fort peu à l'ouverture correspondante de la membrane de l'œuf (3). — Passant alors à la coagulation du sang, l'auteur cherche à imiter les conditions qui existent dans les anévrysmes : il vide un œuf par une petite ouverture et l'adapte à l'aorte d'un lapin à l'aide d'un tube de verre (k). La galvano-puncture donne lieu à un développement considérable de gaz. L'œuf est ouvert vingt-quatre heures après: il est entièrement rempli par une masse solide, sans sérosité libre; lé tube de communication renferme un caillot fibrineux ; une autre petite masse fibrineuse rose et très-élastique se trouve à la partie inférieure de l'œuf. Le reste de l'œuf est occupé par un gros caillot d'un rouge brun très-foncé , que l'auteur considère comme inorgahisable et inabsorbable. De ces expériences et de plusieurs autres, M. Gérard conclut, entre autres choses :
5° que la galvano-puncture détermine sur les parois vas-
culaires des eschares dont la chute expose à l'hémorrhagie
7° qu'elle dégage des gaz qui peuvent être emportés dans la circulation et devenir nuisibles 8° « que le caillot noirâtre formé
« seulement au pôle positif serait incapable d'oblitérer une vaste « poche anévrysmale et incapable de s'y organiser s'il l'obli-
<c térait » 9° qu'enfin, si la galvano-puncture oblitère les
artères des chiens, cela tient à la grande plasticité de leur sang, à Yirritation produite par les aiguilles et à la sécrétion plastique provoquée par le caillot , simple corps étranger.
Ces conclusions théoriques étaient un peu prématurées ; mais
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304 GALVANO-PUNCTURE.
j'ai tenu à les reproduire, parce qu'elles montrent que la question avait été sérieusement étudiée par un médecin de Lyon avant l'époque où M. Pétrequin , de Lyon , l' étudia à son tour. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que Pravaz, collaborateur de M. Alpli. Guérard , était de Lyon aussi.
La thèse de M. Gérard fut soutenue le 24 août 1838. Quelques jours auparavant, le journal anglais The Lancet avait publié une observation d'anévrysme de la sous-clavière , traité sans succès parla galvano-puncture (1). Le malade entra à University Collège Hospital, dans le service de Liston , après avoir passé quelques jours dans un autre hôpital , où on l'avait soumis à plusieurs reprises à l'action des courants électriques. Il résulte d'une réclamation adressée aux Archives générales, en 1847 (2), que la chose s'était passée à Westminster's Hospital, dans le service de M. Benj. Phillips. Liston dit qu'il avait eu l'occasion de voir le malade pendant qu'on le traitait par le galvanisme; que la tumeur avait d'abord été rendue plus dure , mais que ce bénéfice avait été passager, et que l'anévrysme avait bientôt recommencé à faire des progrès (3). Une eschare noire s'était même formée au niveau de l'une des piqûres. Ce fut alors que le malade changea d'hôpital et entra dans le service de Liston , qui le traita sans succès par la ligature.
Liston ajoute , en parlant de la galvano-puncture : « On disait « qu'un cas d'anévrysme avait été guéri par ce moyen. » Il me paraît évident qu'on avait surpris la bonne foi de Liston, car M. Phillips, dans une lettre adressée en 1845 à l'Académie des sciences, à la date du 8 décembre (4), ne parle que de deux observations antérieures à 1844, celle de l'anévrysme de la sousclavière, dont il vient d'être question, et celle d'un anévrysme de la carotide traité sans succès à St-George's Hospital par M. Keate. Ces deux faits sont donc les seuls qui se soient produits en Angleterre pendant la période qui nous occupe ; mais M. 0' Shaugh-
(1) The Lancet , U août 1838 ( 1837-8 , vol. II, p. 668, in-8° ).
(2) Arcli. génér. 18U1, sér. IV, T. IV, p. 250.
(3) The Lancet, loc. cit., p. 669.
[U) Cette lettre n'est que mentionnée au Compe rendu de l'Acad. des sciences, T. XXI, p. 1279 (Paris, 1845, in-^° ) , niais il parait qu'elle a été publiée en extrait dans le Médical Times, numéro du 27 décembre 1845, p. 253. Je n'ai pu me procurer ce numéro du Médical Times,
nessy fit part en 1842, à la Société de médecine de Calcutta, d'une tentative dû même genre qu'il avait faite inutilement sur une tumeur anévrysmale du cou. Cette tumeur était un anévrysme de la crosse de l'aorte ; mais on crut qu'elle avait pour siège le tronc brachio-céphalique , et on se décida à lier la carotide suivant la méthode de Brasdor. Deux jours après l'opération, les pulsations persistaient. Deux aiguilles à acupuncture, enduites d'une couche isolante d'asphalte à leur partie moyenne, furent introduites dans le sac ; on les mit en communication avec une batterie électrique à cinq reprises différentes , et pendant une ou deux secondes chaque fois. On recommença le lendemain. Le malade mourut subitement quelques jours après, et on trouva à l'autopsie que la tumeur, constituée par le prolongement d'un anévrysme de l'aorte, ne renfermait pas de sang, mais était remplie d'un liquide inodore semblable à de la sanie (1).
Dans une séance de l'Association britannique, tenue à Cork, au mois d'août 1843, M. William Bevan proposa de favoriser la coagulation du sang dans les anévrysmes, pendant l'application de la compression indirecte, en faisant passer dans le sac de faibles décharges électriques (2). Cette idée, assez malheureuse, du reste, était encore purement théorique. Elle ne fut mise à exécution que trois ans plus tard, le 21 août 1846, par M. Bellingham , qui n'eut pas lieu de s'en féliciter (3). Mais cet essai fut postérieur à la publication des faits recueillis à Lyon par M. Pétrequin , faits qui vont nous occuper maintenant.
Ici se termine la première période de l'histoire de la galvanopuncture. — De 1831 à 1845, pendant plus de quatorze ans, cette méthode avait, comme on vient de le voir, préoccupé un grand nombre de personnes. On avait fait des expériences sur les animaux; on avait imaginé plusieurs procédés ; on avait étudié avec soin l'action de l'électricité sur le sang; enfin, on avait fait sur l'homme au moins quatre tentatives. Mais ces tâtonnements étaient restés infructueux, et nul encore ne pouvait prévoir fa-
(1) Dublin Médical Press, 5ih oct. 1843, et Gazette médicale de Pa7-is, mai 1843, p. 289.
(2) Bellingham. Observ. on Aneurism and Us Trcatment by Compression, fond., 1847, in-12, p. 102.
(3) Voy. à la fin du volume Pobserv. n° 18 du deuxième tableau. Pour les détails relatifs à la galvano-puncture, voy. Bellingham, toc. cit., p. 103, ous. 4.
306 GALVANO-PUINCTURE.
venir réservé à la galvano-puncture. Ce fut M. Pétrequin , de Lyon, qui eut le mérite de démontrer pour la première fois l'efficacité de la nouvelle méthode.
Ce chirurgien communiqua, le 3 novembre 1845, à l'Académie des sciences, ses trois premières observations (1). C'était d'abord l'histoire d'un jeune homme de 22 ans, à qui on avait lié la carotide, le 5 juin 1845, pour un anévrysme de l'artère ophthalmique. Les battements avaient bientôt reparu dans la tumeur. Le 19 juillet suivant , la galvano-puncture fut appliquée sans succès comme sans accidents , et le malade ne tarda pas à succomber. Le deuxième fait était relatif à un anévrysme traumatique de la temporale , gros comme une amande , et datant de trente-sept jours. Le 10 septembre 1845, deux épingles d'acier furent enfoncées dans la tumeur et mises en communication avec une pile électrique. On augmenta graduellement la force du courant, et, au bout de douze minutes , on s'aperçut que la petite tumeur était entièrement solide. Dix jours après, le malade quitta l'hôpital, parfaitement guéri, conservant seulement, à la place de l'anévrysme, un petit noyau induré. La guérison fut définitive, et ce fut le premier succès de la galvano-puncture. Enfin , quelques jours après, le 24 septembre 1845, une troisième tentative fut faite par M. Pétrequin sur un anévrysme traumatique consécutif à la saignée du bras. Cette fois, le sang ne se coagula pas. On laissa les deux aiguilles dans la tumeur pendant trois jours, et le malade, refusant de se soumettre à une nouvelle séance galvanique, quitta l'hôpital sans avoir obtenu aucune amélioration.
Tels étaient les trois faits consignés dans le premier mémoire de M. Pétrequin. Il fut dès lors démontré que la galvano-puncture pouvait guérir les anévrysmes. Les résultats obtenus jusqu'alors étaient peu encourageants , puisque sur six tentatives (non compris celle de M. Keate, qui n'était pas encore connue), une seule aurait réussi. Mais on pouvait attribuer en partie ces nombreux insuccès aux tâtonnements inséparables de l'enfance d'une méthode. Il y avait donc lieu de chercher encore , en suivant la même direction ; et effectivement , peu de jours après la publication du mémoire de M. Pétrequin, M. Ciniselli, chirurgien
(lï Comptes rendus de l'Acad, des sciences, T, X.X1 , p. 992, Paris, 18^5, in-A°,
HISTORIQUE. o07
de l'hôpital de Crémone, n'hésita pas à traiter un anévrysme poplité par la galvano-puncture (1). L'opération fut pratiquée le 22 janvier 1846. Quatre fines aiguilles d'acier furent introduites dans la tumeur. On alterna plusieurs fois la direction des courants. La séance fut très-douloureuse et dura vingt-cinq minutes. On retira les aiguilles avec quelque difficulté, parce qu'elles étaient oxydées; puis on s'aperçut que l'anévrysme battait toujours. On croyait donc déjà que la tentative avait complètement échoué; mais le lendemain, dans la journée, les pulsations disparurent, et la tumeur, qui, dans l'origine, était grosse comme un œuf d'oie, commença dès lors à diminuer. Le malade quitta l'hôpital six jours après, et l'observation était encore incomplète lorsqu'elle fut publiée ; mais, trois mois plus tard, la tumeur fut de nouveau examinée (2). Chose remarquable, l'artère poplitée, qui, pendant deux mois, avait paru oblitérée, avait recouvré maintenant toute sa perméabilité; mais la tumeur était dure, réduite au volume d'une grosse noix , et privée de battements propres.
Ce nouveau succès fut suivi d'un grand nombre de tentatives, et aujourd'hui on ne compte plus les cas où la galvano-puncture a été appliquée au traitement des anévrysmes. Il y a eu des revers graves, beaucoup de résultats nuis , et aussi beaucoup de guérisons complètes. Cette méthode a donc pris droit de domicile, sinon dans la pratique, du moins dans la science. Je ne pousserai pas plus loin ces recherches historiques; je me bornerai à renvoyer le lecteur, pour plus ample informé, à plusieurs thèses soutenues devant la Faculté de médecine, pour ou contre la galvano-puncture (3), et à un rapport important, lu par M. Boinet à la Société de chirurgie (U).
Quel que soit l'avenir de cette méthode, il importe d'établir
(1) Gazzetta medica Italiana. Milano, 1846. — Dans Journal de chirurgie de Malgaignc, Paris, 1846, T. IV, p. 148.
(2) Soc.med. fis. di Milano, 28 mai 1846, dans Gazz. medica di Milano,. 13 juin 1840. — Rognetta. Annales de thérapeutique. Paris, 1846-47, T. IV, p. 262.
(3) Constant Roux (interne de l'IIôtel-Dieu de Lyon). Thèse de Paris, 8 août 1848 , n° 168. — Achille Meige. De l'application de la gatuano-puncturejau traitement des anévrysmes , Th. Paris, 1851, n° 253. — Lapanne. Traitement des anèv. par Céleclropuncture. Paris , 1851.
(4) Boinet. Rapport sur le traitement des anèo. par la galvano-puncture, 9 juillet 1851. Dans Mémoires delà Soc. de chirurgie. Paris, 1853, in-4",)T. III, p. T\. fin rapport;, un pou trop sévère peut-être , renferme trente-ilenx observations,
308 GALVANO-PUNCTURE.
les droits de chacun de ceux qui ont contribué à en doter la chirurgie. Or, il est incontestable que la première idée appartient à M. Alph. Guérard (1831) ; que la première expérience sur les animaux a été exécutée par MM. Guérard et Pravaz ; que la première tentative faite sur l'homme appartient à un chirurgien anonyme des hôpitaux de Paris, cité, en 1837, clans la thèse de M. Clavel; qu'enfin le premier succès est dû à M. Pétrequin. M. Pétrequin a encore droit à nos éloges pour la persévérance de ses recherches; ses nombreuses publications ont fixé l'attention des chirurgiens sur la nouvelle méthode, et ont été le point de départ d'un grand nombre de travaux utiles. C'est là la part légitime qui revient au chirurgien de Lyon. Il a eu tort, sans doute, de se faire illusion sur la nouveauté de sa méthode, et d'accepter de mauvaise grâce les réflexions historiques qui lui ont été adressées; mais M. Rognetta est allé beaucoup trop loin, en réclamant pour son compatriote, M. Ciniselli, le mérite, assez mince du reste, d'avoir obtenu le premier succès. M. Pétrequin a évidemment devancé M. Ciniselli de plusieurs mois, et M. Rognetta, en contestant la nature anévrysmale de la petite tumeur traumatique de la tempe, guérie à l'Hôtel-Dieu de Lyon, le 10 septembre 1845, a montré plus de patriotisme que d'impartialité (1).
Ceci dit sur l'origine du traitement des anévrysmes par la galvano-puncture, étudions les effets de cette méthode , et demandons-nous d'abord par quel mécanisme elle agit.
M. Rognetta admet que l'électricité est capable de faire coaguler l'albumine du sang dans un vase inerte; mais, aveuglé par ses croyances ultra-vitalistes, il affirme énergiquement que rien de pareil n'est possible sur le sang vivant contenu dans les vaisseaux. Suivant lui, l'électricité n'agit que par le calorique qu'elle développe , en cautérisant , en rôtissant à la fois et les parois de l'anévrysme, et celles de l'artère, et le sang qui y est contenu (2). Il n'est pas douteux que les courants galvaniques dégagent de la chaleur, et qu'ils peuvent, par un mécanisme que j'étudierai plus loin, amener la mortification des tissus. Mais, en dépit de tous les raisonnements et de toutes les exclamations de M. Ro-
(1) ftOGNETTA. Aimâtes de thérapeutique. Pari?, 1840-/i7, T. IV, p. 201.
(2) hoc. eu., p. m-m.