COAGULATION IMMÉDIATE
gnetta, il est bien certain que la galvano-puncture est susceptible de produire la coagulation du sang. Cela est démontré non-seulement par les observations recueillies sur l'homme, mais encore par les expériences directes faites sur les animaux. Hâtons-nous d'ajouter, cependant, que la circonstance d'un liquide qui se renouvelle, et qui est encore soumis aux lois de la vie, rend le problème beaucoup plus compliqué qu'on n'a paru le croire.
L'analyse des observations démontre que la galvano-puncture agit de deux manières sur les anévrysmes, et cette proposition trouverait, s'il en était besoin, une nouvelle confirmation dans l'étude des varices traitées par la même méthode.
Tantôt, en effet, L'anévrysme se solidifie instantanément pendant la durée du courant galvanique : au moment où on retire les aiguilles , on reconnaît que la tumeur est ferme, irréductible et privée de battements. Ce résultat est le plus désirable, mais il ne se présente guère que lorsque l'anévrysme est peu volumineux.
Tantôt , au contraire , la galvano-puncture n'a aucun effet immédiat et se borne à rendre la tumeur un peu plus solide sans lui enlever les caractères propres aux anévrysmes. C'est seulement au bout d'un ou plusieurs jours que le sac se remplit d'une masse solide et que les pulsations s'arrêtent.
Dans le premier cas, l'oblitération est due à l'action coagulante de l'électricité ; dans le deuxième cas, elle dépend de l'inflammation que l'électricité a provoquée. J'aurai donc à étudier successivement la coagulation immédiate et la coagulation consécutive du sang dans les anévrysmes traités par la galvano-puncture.
1° Coagulation immédiate. Tous ceux qui ont fait des expériences sur l'albumine ou sur le sang retiré des vaisseaux ont été frappés de la ténuité du coagulum qui se forme autour de chaque aiguille; aussi M. Pétrequin a-t-il conseillé de changer souvent la direction des aiguilles et celle des courants , afin de multiplier les sources du caillot. Il espère qu'en agissant ainsi , les noyaux solides formés en divers sens et en plusieurs points finiront par se confondre en un coagulum commun (1). M. Ciniselli ne partage pas cette opinion ; il pense que le courant électrique se borne à faire déposer dans le sac un filament fibrineux qui s'é-
(1) Journal de Malgaigne, 1846 , T. IV, |p. Ub.
310 GALVANO-PIWCTURE.
tend de l'aiguille positive à l'aiguille négative ; il en conclut qu'il faut introduire plusieurs aiguilles et alterner la direction des courants, afin d'obtenir plusieurs filaments fibrineux entre-croisés, propres à interrompre le mouvement de l'ondée sanguine et à favoriser la coagulation (1). Ces filaments fibrineux, acceptés depuis par M. Pétrequin , sont entièrement hypothétiques. Personne ne les a vus, et je me demande sur quoi M. Giniselli se base pour en admettre l'existence.
On peut même dire, d'une manière générale, que la galvanopuncture ne réussit pas à séparer la fibrine des autres éléments du sang. La masse solide qui se dépose autour des aiguilles, chez les animaux soumis à cette méthode, est rouge ou noirâtre, trèsfragile, et ressemble beaucoup aux caillots passifs ordinaires. C'est ce que j'ai toujours vu, et ce que tout le monde a vu, à l'exception de M. Abeille. Ce chirurgien a trouvé sur des chiens, 24 ou 48 heures après la séance galvanique, un caillot solide formé de couches concentriques et adhérant aux parois vasculaires. La coagulation avait été instantanée, et devait par conséquent être attribuée à la seule influence de l'électricité (1). Ces expériences demandent à être contrôlées par de nouveaux essais. Mais tout le monde sait combien le sang du chien diffère de celui de l'homme sous le rapport de la plasticité. Puis les conditions ne sont pas les mêmes dans une artère et dans une poche anévrysmale. Enfin, l'étude des effets produits par la galvano-puncture sur les anévrysmes et même sur les varices prouve que l'électricité n'agit pas en faisant précipiter la fibrine du sang sous forme de caillots actifs.
Ce qui distingue les caillots actifs , c'est leur fermeté, leur disposition lamellée , leur permanence , leur prompte rétractilité , leur innocuité complète. Le caillot galvanique — qu'on me passe ce néologisme dont je montrerai plus loin l'utilité — le caillot galvanique, dis-je, ne possède aucune de ces propriétés. Trèssouvent il se laisse dissocier et entraîner en quelques heures par le courant sanguin ; lorsqu'il persiste, il donne fréquemment lieu à l'inflammation consécutive, à la suppuration, à la gangrène; enfin lorsqu'une cause quelconque permet de le soumettre à une étude
(1) Loc. cit., T. IV, p. 149.
(2) Archives générales de médecine, sér. IV, X8M , T. XX , p. 492-3.
directe , on trouve qu'il est constitué par une substance molle et homogène , absolument différente de celle des caillots actifs. A l'appui de cette assertion, je pourrais invoquer un grand nombre de faits : il me suffira d'en citer quelques-uns.
J'ai dit que le caillot galvanique offrait peu de stabilité et qu'il se laissait aisément dissocier et entraîner par les ondées sanguines. Cela n'est pas seulement très-réel , c'est encore très-fréquent. C'est la règle la plus ordinaire , lorsque la galvano-puncture n'a fait oblitérer qu'incomplètement la poche anévrysmale. Très-souvent, même lorsque cette méthode est appelée à échouer, la tumeur devient un peu plus dure à la fin de la séance, mais cet état, dû à la coagulation partielle du sang, n'est que passager, et, au bout de quelques heures ou de quelques jours, l'anévr y sme reprend ses premiers caractères. Le malade sur lequel M. Phillips avait appliqué lagalvano-puncture et que M. Liston traita ensuite par la ligature, présenta ce phénomène (1). Pareille chose eut lieu sur un septuagénaire traité par M.Capelletti. La première séance galvanique rendit la tumeur plus dure et moins pulsatile , mais au bout de peu de jours les caillots avaient disparu. Une deuxième séance, qui eut lieu dix-sept jours après la première , eut un résultat plus durable (2). J'ai vu moi-même, à la Pitié, dans le service de M. Laugier, un anévrysme du tronc brachio-céphalique sur lequel M. Wertheimber appliqua la galvano-puncture suivant son procédé. La tumeur devint manifestement plus dure à la fin de la séance ; mais le lendemain ou le surlendemain au plus tard , elle avait recouvré sa première mollesse.
Cette dissolution consécutive du caillot galvanique a été évidente dans un cas recueilli par M. Voillemier. L'observation étant encore inédite, je crois devoir la reproduire ici :
9e Observation (Voillemier). — Anévrysme variqueux du pli du coude. — Galvano-puncture. — Coagulation partielle immédiate. — Dissolution ultérieure des caillots. — Compression directe. — Guérison, ,
Dauteur, âgé de 30 ans, fabricant de peignes, entré à la Pitié le 1 5 novembre 1847, salle Saint-Gabriel, n° 37.
Il y a cinq semaines, cet homme fut trouvé dans sa chambre dans un état
(1) Voy. plus haut, page 30&,
(2) Obs, 21 au Mcm> de Boinet ( Mèm. Soc, cliirn T. 1JI, p, M),
312 GALVANOPUNCTURE.
d'asphyxie produite par les vapeurs de charbon. Un médecin fut appelé et pratiqua une saignée sur la veine médiane basilique du bras gauche. Le sang coula en abondance et ne fut arrêté qu'avec difficulté. Le lendemain , le membre thoracique, depuis le poignet jusqu'à l'aisselle, était le siège d'un gonflement considérable avec coloration bleu-foncée des téguments. Le malade souffrit beaucoup pendant trois jours (cataplasmes). Le cinquième jour, le sang commença à se résorber. Le neuvième jour, la douleur avait disparu; la tuméfaction était presque entièrement dissipée, et il ne restait plus qu'une tumeur grosse comme un œuf de pigeon, située sous la cicatrice de la saignée.
Dauteur reprit ses travaux habituels pendant quelque temps ; mais la tumeur fit des progrès : les doigts devinrent froids et engourdis. Ce fut alors que le malade se décida à entrer à l'hôpital.
Au pli du coude du côté gauche, sur le trajet de la médiane basilique, existe une tumeur plus grosse qu'un œuf de pigeon, plus rapprochée du bord interne que du bord externe du membre, acuminée et surmontée d'une petite cicatrice. La couleur de la peau n'est pas altérée ; les veines superficielles ne sont le siège d'aucune dilatation appréciable.
La tumeur est complètement réductible, puisa tile, et présente des mouvements d'expansion bien manifestes. En exerçant sur elle une légère pression , on sent un frémissement vibratoire très-prononcé. Ce frémissement se prolonge le long de l'artère humérale jusqu'à la partie moyenne du bras , il manque tout à fait à l'avant-bras. Si on comprime l'humérale, la tumeur s'affaisse ; si on applique une ligature circulaire sur le membre immédiatement au-dessus de la tumeur, la tumeur devient plus ferme, plus tendue, les pulsations paraissent plus fortes et le frémissement plus prolongé.
Le pouls radial est légèrement affaibli. — L'auscultation révèle l'existence d'un bruit de souffle continu dont l'intensité redouble à chaque diastole ; ce souffle se prolonge le long du bras, sur le trajet de Tarière humérale. — Il n'y a aucune douleur; le malade n'éprouve que quelques légers picotements au-dessus de la tumeur. Les mouvements des doigts sont parfaitement libres.
M. Voillemier, après avoir reconnu à ces caractères l'existence d'un anévrysme variqueux, se décida à tenter l'application de l'électro-puncture.
Le lundi 22 novembre, il enfonça dans le sac, à chacune des extrémités de la tumeur, une longue aiguille d'acier. Il mit ces aiguilles en communication avec les rhéophores de la machine de Lebreton. L'opération fut prolongée pendant six minutes. Pendant toute la durée de cette application, le malade éprouva des douleurs très-vives , et son bras fut le siège de tremblements convulsifs (1).
(t) La machine de Lebreton donne des courants d'induction. Ces courants sont instantanés, niais se répètent plusieurs fois par seconde. Cela explique le tremblement consécutif des muscles du bras chez l'opéré de M. Voillemier.
*A la fin de la séance, la peau était rouge autour des deux piqûres. La tumeur, devenue un peu douloureuse, présentait au toucher une solidité pâteuse ; elle n'était plus que partiellement réductible. L'état des battements n'est pas indiqué dans l'observation ; il est probable qu'on avait comprimé l'humérale pendant la durée de l'électrisation, et qu'on n'avait pas cru devoir remettre ce vaisseau en liberté avant l'application du bandage , de peur de faire dissoudre les caillots.
On applique un bandage roulé sur toute la longueur du membre.
Le 23, on lève l'appareil. La tumeur est aplatie, beaucoup moins grosse qu'avant l'opération. Les battements ne se voient plus à l'œil ; on les sent avec le doigt, mais on constate qu'ils sont notablement affaiblis. Le frémissement vibratoire est également devenu beaucoup moins intense. M. Voillemier et les personnes qui assistent à la visite cherchent vainement le bruit de souffle.
On applique de nouveau le bandage roulé , et on serre un tourniquet sur l'artère humérale, à cinq travers de doigt au-dessus de la tumeur.
Le 24, le malade a fort peu souffert; il a très-bien dormi. On ne change pas l'appareil.
Le 25, on enlève le bandage. Le frémissement et les battements ont entièrement disparu, mais on entend un très-léger bruit de souffle. On réapplique la bande roulée, et on remplace le tourniquet, qui tient mal , par une compresse graduée fixée, au moyen de la bande, sur le trajet de l'artère humérale.
Le 26, le malade a beaucoup souffert pendant la nuit, et a été obligé d'enlever lui-même son bandage. Les battements sont revenus, mais il n'y a ni frémissement ni souffle. On replace le bandage roulé qu'on ne change pas le lendemain.
Le 28, les battements sont plus sensibles. Lne petite phlyetène, produite sans doute par un pli de la bande , apparaît au sommet de la tumeur.
Le 29, la persistance des battements décide M. Voillemier à exercer sur la tumeur une compression plus énergique. Une pièce d'agaric est appliquée sur la peau, et recouverte d'une lame de plomb qui est à son tour recouverte de compresses graduées. On fixe le tout au moyen d'une bande très-serrée. Le soir, le malade enlève lui-même sa bande, à cause de la douleur.
Le 30, on applique de nouveau le même pansement que le malade enlève encore pendant la nuit.
Le 31, on réapplique le bandage compressif , puis on le recouvre d'une bande dextrinée, pour empêcher le malade de déranger les pièces de l'appareil , qui reste en place pendant quatre jours consécutifs.
4 Décembre. On fait comprimer l'artère humérale par un aide , puis on
314 GALVANO-PUNCTURE.
change le bandage sans examiner l'état des battements. Le nouvel appareil reste encore en place pendant cinq jours.
Le 9, on examine la tumeur, qui est trouvée plus petite. Il n'y a plus ni frémissement ni souffle , mais on y sent encore de très-légers battements. Même passement compressif.
Le 12 , on trouve que la tumeur a encore diminué ; elle ne fait plus qu'un relief de 2 centimètres environ. Il n'y a plus ni frémissement, ni souffle, ni battement. En un mot , tous les caractères des anévrysmes ont disparu.
A partir de ce jour, la tumeur continua à décroître ; les pulsations ne se montrèrent plus, et le malade sortit de l'hôpital parfaitement guéri, le 31 janvier 1848.
Cet homme fut revu par M. Voillemier trois mois après, puis au bout d'un an. La guérison ne s'était pas démentie.
Je pense que dans le cas qui précède la compression directe a été l'agent principal de la guérison ; mais l'action de cette méthode a été singulièrement favorisée par les modifications que l'action de l'électricité avait déjà fait subir à la tumeur. On remarquera qu'ici encore, comme dans les faits de M. Nélaton (1), les signes caractéristiques de la plilébartérie, savoir le frémissement et le souffle , ont disparu avant les battements. En d'autres termes, selon toutes probabilités , l'anévrysme variqueux a été transformé en anévrysme artériel.
Quant à la coagulation électrique, elle n'a été que partielle: l'état de la tumeur a été d'abord considérablement modifié; tout permettait de compter sur une guérison prochaine; mais, à partir du cinquième jour, les caillots ont commencé à se dissoudre, et la récidive eût sans doute été complète si M. Voillemier n'eût employé la compression directe, qui a définitivement guéri le malade.
Les caillots galvaniques disparaissent donc très-facilement et très-promptement. Il n'est même pas nécessaire pour cela que l'oblitération de l'anévrysme soit incomplète. Il arrive fréquemment que les battements reviennent spontanément après avoir complètement disparu. C'est ce qui eut lieu sur un malade de M. Hamilton. Un anévrysme de la carotide fut entièrement solidifié en une seule séance. L'opération avait été pratiquée le 15 mai 1846; les pulsations reparurent le surlendemain. Il est
(1) Voy. plus haut, p, 291,
vrai qu'elles s'éteignirent de nouveau quelques jours plus tard (1). Mais il n'en fut pas de même dans un cas recueilli à l'hôpital Beaujon dans le service de M. Robert. Le galvanisme, appliqué pendant dix minutes par M. Debout, solidifia instantanément et entièrement la tumeur. La guérison semblait assurée; malgré cela , le caillot fut graduellement et complètement entraîné au bout de peu de jours, et la galvano-puncture compta un insuccès de plus (2).
Ce ne sont pas seulement les caillots déposés clans le sac qui peuvent ainsi disparaître; ceux qui se déposent dans les troncs artériels subissent quelquefois le même sort. L'action de l'électricité peut s'étendre jusque dans l'artère, qui s'oblitère dès le premier jour, et qui redevient ensuite perméable. Au reste, la disparition du caillot artériel n'est pas toujours suivie de la récidive de l'anévrysme ; il est arrivé plusieurs fois que la tumeur a conservé toute sa solidité, et a fini par guérir entièrement, malgré le retour des battements dans l'artère adjacente. Je citerai, entre autres, un malade guéri en 1849 par M. Pétrequin. Une seule séance de ïk minutes oblitéra complètement et définitivement un anévrysme traumatique du coude, gros comme un œuf de poule. L'artère radiale cessa aussitôt de battre; "les pulsations n'y reparurent que le quatrième jour. Le onzième jour on reconnut que l'humérale était oblitérée au niveau de la tumeur et, audessus d'elle, dans une étendue d'un pouce et demi. Puis on trouva le quarantième jour que cette artère était redevenue entièrement perméable clans toute sa longueur, quoique l'anévrysme fût toujours bien guéri (3). Pareille chose eut lieu dans un cas d'anévrysme de l'artère sous-clavière traité par M. Abeille (U).
Après cela , il est inutile d'insister davantage sur le peu de solidité des caillots galvaniques , mais je me hâte de dire que ces caillots persistent souvent, surtout lorsqu'ils remplissent entièrement le sac et l'artère. Qu'on se garde de croire toutefois que la
(1) Dublin Quarlerly Journal, 1846, vol. II, p. 539.
(2) Il s'agissait d'un anévrysme traumalique du pli du bras {Bulletin de thérapeutique, 1853, T. XLIV, p. 402).
(3) Ach. Meige. De l'application de la galvano-pimcture au traitement des anévrysmes. Th. Paris, 1851, n" 253, p. 27 (31eobs.). — Le même fait est rapporté dans le T. XXXVU du Bulletin de thérapeutique, 1849, p. 348.
14) Archives générales, sér. IV, T. XX, p. 491, 1849,
316 GALVANO-PUNCTURE.
guérison soit assurée pour cela. Ainsi que M. Gérard l'avait parfaitement prévu , le caillot galvanique se comporte souvent comme un corps étranger irritant , et peut provoquer une inflammation formidable. M. Pétrequin a publié l'histoire d'un aumônier, âgé de trente-deux ans , et guéri d'un anévrysme traumatique du coude par la galvano-puncture (1). Je trouve dans la thèse de M. Constant Roux, interne à l'Hôtel -Dieu de Lyon, quelques détails de plus sur cette observation. « A la suite de la «galvano-puncture, la tumeur devint dure et tendue; nous sa- « vous que les accidents inflammatoires furent tellement intenses, « qu'ils mirent les jours du malade en danger, mais la guérison « eut lieu (2). » Il découle de là que la tumeur s'enflamma vivement, sans toutefois suppurer. Un malade de M. Dieulafoy, de Toulouse , fut moins heureux. L'inflammation ne s'alluma que douze jours après la séance galvanique , mais elle fut tellement violente que la tumeur entra en suppuration. On lia alors l'humérale, puis le sac s'ouvrit spontanément, le pus et les caillots qu'il contenait s'écoulèrent, et, malgré la ligature qui avait été pratiquée, le bout inférieur de l'artère ne tarda pas à verser du sang dans le sac. Cette hémorrhagiefut arrêtée par le tamponnement, et le malade finit par guérir (3). Le résultat fut plus fâcheux sur un malade de M. Pétrequin , atteint d'anévrysme poplité. La tumeur avait été oblitérée complètement en 16 minutes. Tout alla bien pendant neuf jours, mais le dixième jour il survint une inflammation violente accompagnée d'une fièvre intense ; les piqûres faites par les aiguilles se mirent à suppurer, le membre s'engorgea et l'homme mourut (U).
Ces exemples, que je croirais superflu de multiplier, prouvent que les caillots galvaniques se comportent de la même manière que les caillots passifs ordinaires; et on doit déjà s'attendre à leur trouver une composition bien différente de celle des caillots fibrineux. Je ne connais qu'un seul cas où on ait eu l'occasion de les examiner directement, sur un malade amputé quelque temps
(1) Arch. génèr.t sér. IV, T. XIII , p. 529 ( 1847 ).
(2) Thèse inaug. do Constant Roux. Paris, 1848, n° 168, p. 12.
(3) Frêd. Dassieh. Sur la saignée dû bras et ses accidents , Th. de Montpellier, 1850, n° 74 , p. 56.
(4) Meige. Thèse citée. Paris, 1851, p. 32 , 35e obs.
après l'application de l'électricité. Cette dissection n'est certes pas la seule qui ait été faite. Plusieurs malades ont succombé à la suite de la galvano-puncture; mais, chez les uns, la suppuration s'était emparée du sac et avait dénaturé les caillots ; chez les autres, l'oblitération de l'anévrysme avait été due à l'inflammation consécutive et non à l'action directe de l'électricité. Ces observations, par conséquent, ne prouvent rien sur la nature des caillots galvaniques. Quoi qu'il en soit, le fait suivant montre que ces caillots sont très-mous; qu'ils ne se résorbent pas vite, et qu'ils ne durcissent pas en vieillissant.
M. Constant Roux raconte l'histoire d'un malade atteint d'anévrysme traumatique du coude, qui fut traité, selon toutes probabilités, à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Le nom du chirurgien n'est pas indiqué , mais il n'est pas impossible de le deviner. L'anévrysme était gros comme une noix. La galvano-puncture fut appliquée pendant vingt minutes; la tumeur devint solide, et, pour empêcher le retour des battements, on plaça un compresseur sur l'humérale , le long du bras. L'action de cet instrument fut sans doute trop énergique, puisque la main et la partie inférieure de l'avant-bras furent frappées de sphacèle. On attendit que la gangrène fût limitée ; et , un mois après la séance de galvanopuncture, on pratiqua l'amputation du bras au tiers inférieur. Le malade guérit et se hâta de traîner la chirurgie devant les tribunaux. — La dissection du membre amputé montra que l'artère était oblitérée au niveau de l'anévrysme par un caillot non organisé, c'est-à-dire sans doute rouge et peu consistant. La tumeur était encore grosse comme une noix , et par conséquent n'avait subi aucune diminution appréciable. Ses parois étaient minces. « Tout l'intérieur était rempli d'un caillot mou d'un rouge bru- « nâtre, dont les couches externes n'avaient pas plus de solidité «que les internes (1). » Ces caractères ressemblent à ceux des caillots passifs.
L'analogie qui existe entre les caillots galvaniques et les caillots passifs ordinaires ne peut donc être méconnue. Cette analogie, pourtant, ne va pas jusqu'à l'identité. — Les caillots passifs se composent d'une masse de globules emprisonnée dans un réseau
(1) Thèse de Constant Roux. Paris, 18G8, n° 168, p. 13 tî lû.
318 GALVANO-PUNCTURE.
de fibrine. La plus grande partie du caillot galvanique est également formée par les globules ; tout permet de croire qu'il s'y joint une certaine quantité de fibrine solidifiée. Mais il y a un troisième élément qui constitue le caractère distinctif du caillot galvanique, c'est l'albumine coagulée.
Les expériences nombreuses faites par les auteurs que j'ai déjà cités, notamment par MM. Gérard et Clavel, prouvent en effet que la coagulation de l'albumine joue un rôle important dans la formation du caillot galvanique. J'ai répété un grand nombre de fois ces expériences , dans des conditions très-diverses , et tout récemment je les ai reprises avec mon collègue M. Jules Régnauld, agrégé à la faculté de médecine. Nous avons essayé l'action du galvanisme sur plusieurs substances albumineuses , sur le blanc d'œuf , sur le sérum du sang , sur le sang simplement défibriné. Nous nous sommes servis de presque toutes les piles, nous avons employé des conducteurs de toute sorte , et nous nous sommes efforcés de découvrir les conditions les plus favorables à la coagulation de l'albumine. Le travail que nous avons entrepris et qui embrasse plusieurs questions très-diverses , n'est pas encore complètement terminé , et ne saurait , d'ailleurs , à cause de sa longueur, trouver place dans cet ouvrage. Je me bornerai r 3n consigner ici les principaux résultats, en laissant de côté tout ce qui ne se rapporte pas directement à la coagulation du sang (1).
Lorsqu'on plonge les deux pôles dans le sérum du sang , on Voit en quelques secondes survenir les deux phénomènes suivants : 1° dégagement de bulles gazeuzes ; 2° coagulation de l'albumine.
Le dégagement de gaz est dû à la décomposition de l'eau. L'oxygène se porte au pôle H- , l'hydrogène au pôle — . Lorsqu'on se sert d'un conducteur en platine ou en tout autre métal inoxydable, le volume de l'hydrogène dégagé est exactement double de celui de l'oxygène ; mais lorsqu'on se sert d'aiguilles oxydables, notamment d'aiguilles de fer ou d'acier, une partie de l'oxygène se combine avec le métal de l'aiguille positive ; aucune combinaison de ce genre n'a lieu au pôle —, et il en résulte que
(î) Je dois dire que l'albumine de l'œuf et celle du sang ne se comportent pas de la même manière en présence des courants électriques. Celle différence explque peut-être la divergence des résultais obtenus par les expérimentateurs.
le dégagement gazeux est trois ou quatre fois plus considérable au pôle — qu'au pôle -K Quelquefois môme il est presque nul à ce dernier pôle.
Les bulles d'hydrogène sont excessivement petites, et forment autour de l'aiguille négative une mousse blanche , volumineuse et diffluente. Les bulles d'oxygène sont beaucoup moins nombreuses et beaucoup plus grosses ; elles forment autour de l'aiguille positive une petite masse cylindrique très - transparente , qu'on a comparée à de la dentelle. Lorsqu'on déplace l'aiguille négative , on n'entraîne pas la mousse , qui n'adhère nullement à cette aiguille; la dentelle, au contraire, suit les mouvements de l'aiguille positive.
Le deuxième phénomène est la coagulation de l'albumine. Cette coagulation commence quelques secondes après le dégagement gazeux ; elle ne s'effectue qu'au niveau de l'aiguille positive et s'y manifeste sous la forme d'un flocon blanc, très-peu résistant sans cloute, mais assez solide pourtant et assez adhérent à l'aiguille pour qu'on puisse les déplacer ensemble dans le liquide et les attirer ensemble hors du vase. Le volume de ce coagulum n'est jamais bien considérable , mais si on le sépare de l'aiguille p? une légère traction, un nouveau flocon semblable au premier ne tarde pas à se former à sa place.
Aucune coagulation véritable ne s'observe autour de l'aiguille négative; la présence de la mousse a pu faire croire à cette coagulation , mais en regardant de plus près on constate aisément qu'il n'existe autour du pôle — aucun floon solide.
La cause de ce phénomène ne saurait être douteuse. Les sels neutres du sérum sont décomposés par le galvanisme; l'acide se porte au pôle + , l'alcali au pôle — . Le papier réactif permet de s'en assurer. L'acide fait coaguler l'albumine ; mais l'alcali n'exerce aucune action coagulante. Voilà pourquoi les résultats obtenus autour des deux aiguilles sont si différents.
M. Werner Steilin, qui a fait sur ce sujet des recherches intéressantes, a cru remarquer que la décomposition de l'eau , celle des sels et la coagulation de l'albumine étaient d'autant plus prononcées que l'aiguille positive était formée d'un métal plus oxydable. Ainsi une aiguille de zinc donne des résultats supérieurs à ceux d'une aiguille de fer, et lorsqu'on èrfl ploie aux deux pôles
320 OALVANO-PUNCTURE.
des aiguilles de platine, l'eau , les sels et l'albumine ne subissent aucun changement (1). Ces assertions ne s'accordent pas avec ce que j'ai vu. L'action chimique de la pile s'exerce très-bien sur l'albumine au moyen d'aiguilles d'or, d'argent et de platine. Cette action , il est vrai , est plus rapide , et peut être plus énergique lorsqu'on se sert d'aiguilles très-oxydables, mais la différence est loin d'être aussi considérable que l'a dit M. Steilin. D'où vient la supériorité des aiguilles de fer ou d'acier sur les aiguilles de platine ? Est-ce parce que celles-ci conduisent moins bien l'électricité? Est-ce parce que l'affinité du fer pour l'oxygène, et celle de l'oxyde de fer pour les acides favorisent la décomposition de l'eau et des sels neutres ? Est-ce enfin parce que le chlorure de fer, qui ne tarde pas à se former au niveau du pôle +, et aux dépens de l'aiguille de fer, exerce sur l'albumine une action coagulante ? Il est probable que ces diverses conditions , qui agissent toutes dans le même sens, s'unissent pour constituer la supériorité des aiguilles oxydables.
On vient de voir que la différence des résultats obtenus au pôle et au pôle — dépend de la décomposition des sels neutres, de l'action coagulante des acides et de l'impuissance des alcalis. Non-seulement les alcalis ne coagulent pas l'albumine, mais encore la chimie nous enseigne qu'ils ont la propriété de redissoudre cette substance lorsqu'elle a été solidifiée par l'action de l'alcool, de la chaleur ou des acides. On en a conclu que, pour faire redissoudre le caillot galvanique, il suffisait d'intervertir les pôles, et on en a tiré le précepte de ne jamais alterner la direction des courants dans la galvano-puncture. Je suis loin de m'inscrire en faux contre ce précepte qui repose sur des bases très-scientifiques ; mais je ne suis pas convaincu qu'il ait toute l'importance qu'on lui a attribuée. A plusieurs reprises , nous avons soumis, M. Régnauld et moi, le caillot de l'aiguille positive à l'action du pôle négatif, et jamais nous n'avons réussi à le redissoudre. Il est vrai que nous n'avons pas prolongé l'expérience plus de vingt minutes. La dissolution se serait peut-être produite plus tard; mais ce résultat tardif n'aurait eu pour nous aucun intérêt,
(1) Werner Steilin. De la galvano-puncture dans le traitement des anéirysmes et des varices (en allemand ). Extrait dans Union médicale y 1853, p. 623.
puisque nous avions dépasse* les limites ordinaires de la durée de la galvano-puncture. Il nous a paru aussi plusieurs fois que le coagulum avait acquis un volume plus considérable sous l'influence de l'alternation des courants; mais en y regardant de plus près, nous avons reconnu que ce résultat était dû au développement de petites bulles d'hydrogène dans l'épaisseur du coagulum primitif.
Tels sont les effets du galvanisme sur le sérum du sang. Si on répète ces expériences sur le sang défibriné , on obtient des résultats un peu différents; la coagulation fait toujours défaut autour de l'aiguille négative, mais le caillot du pôle -+- est plus volumineux, plus résistant, et présente une coloration d'un noir rougeâtre. C'est parce que l'albumine du .sérum, en se coagulant, emprisonne les globules. Il est même probable que l'albumine contenue dans les globules se coagule aussi. Au reste, quelque forte que soit la tension de la pile employée (on sait que la tension est en raison directe du nombre des éléments de la pile) , le caillot ne dépasse jamais certaines limites. J'en ai obtenu un qui avait le volume d'une amande retirée de sa coque ; je m'étais servi d'une pile de Volta à cent éléments ; au bout de vingt minutes , le caillot avait déjà les dimensions qu'il devait conserver ensuite ; l'expérience fut prolongée encore pendant six heures , sans changement bien notable. Le caillot ne devint ni plus gros ni plus ferme ; il prit seulement une teinte noire , comme charbonneuse, dans la partie qui correspondait à la surface du liquide, et qui était par conséquent en contact avec l'air atmosphérique. — Ce caillot est le plus gros que j'aie pu produire.
Très-souvent, môme dans les conditions qui paraissent les plus favorables , le caillot ne dépasse pas le volume d'un haricot , et lorsqu'on songe à la petitesse de ce caillot, à sa grande mollesse, à son excessive friabilité , on ne comprend pas qu'on puisse , même en multipliant le nombre des aiguilles , obtenir dans un vaisseau ou dans un anévrysme une masse coagulée capable de résister à l'effort de la colonne sanguine.
Et cependant, sur les artères des animaux, la galvano-puncture donne une coagulation immédiate, complète et définitive. Dans les veines variqueuses de l'homme , le caillot galvanique se laisse le plus souvent redissoudre à la longue , mais il résiste du moins
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pendant quelques semaines ou quelques mois. Il suffît de cinq à dix minutes sur les veines les plus dilatées pour obtenir un caillot considérable qui intercepte complètement le cours du sang et qui «distend le vaisseau sous forme d'un gros cordon solide et passablement dur. Dans les anévrysmes enfin , la galvano-puncture peut en une seule séance donner un caillot volumineux, qui remplit le sac en totalité, et qui, dans certains cas, suffit pour l'oblitérer définitivement.
Comment expliquer cette contradiction ?
Pourquoi, sur le sang vivant, les caillots galvaniques sont-ils en général plus volumineux et plus résistan ts que sur le sérum et sur le sang défibriné?
C'est parce que le sang vivant renferme un élément de plus, dont les propriétés diffèrent essentiellement de celles de l'albumine. C'est la fibrine, dont on n'a pas assez tenu compte, et dont la coagulation vient se joindre à la coagulation chimique de l'albumine. C'est ce qui rend si difficile l'étude de la galvano-puncture. Les expériences faites sur le sang contenu clans les vaisseaux ne peuvent être suivies dans toutes leurs phases, à cause de l'opacité des tissus; on a cru pouvoir les remplacer par des expériences faites à ciel ouvert dans une capsule de verre, et on a été conduit à faire reposer les principes de la galvano-puncture sur des observations trompeuses. — Voilà pourquoi cette méthode, malgré les applications nombreuses qui en ont été faites , en est encore à sa période de tâtonnements. Je suis loin de blâmer les expériences de laboratoire; j'en ai fait moi-même un grand nombre; je reconnais qu'elles ne sont pas sans utilité, mais elles sont tout à fait insuffisantes, et tous les préceptes qui ne reposent que sur cette base, sont par cela même sujets à contestation.
Toutes les fois que les conditions de la vie interviennent, les phénomènes perdent la régularité et la constance qui appartiennent aux actions purement physiques ou chimiques. C'est ce que prouve l'étude de la galvano-puncture. Les effets des courants électriques sur le sang retiré de la veine sont invariables ; sur le sang vivant , ils changent pour ainsi dire avec chaque individu.
La galvano-puncture des anévrysmes produit deux phénomènes bien distincts : un phénomène chimique , la coagulation de l'albumine, et un phénomène vital , la coagulation de la fibrine.
La coagulation de l'albumine ne fait jamais défaut. La coagulation de la fibrine , au contraire , est essentiellement variable ; elle peut être très-prononcée ; elle peut manquer tout à fait.
Lorsque la coagulation fibrineuse ne se produit pas, les effets immédiats de la galvano-puncture sont à peine appréciables. Le petit caillot albumino-sanguin qui se forme autour de l'aiguille positive n'est ni assez volumineux pour oblitérer la tumeur, ni assez dur pour en augmenter notablement la consistance , ni assez résistant pour supporter le choc du sang. L'anévrysme peut sembler, à la fin de la séance , un peu plus pâteux et un peu moins réductible qu'auparavant ; mais quelques heures suffisent pour remettre les choses dans leur état primitif.
Lorsque, au contraire, le sang est très-apte à subir la coagulation fibrineuse, l'anévrysme peut se solidifier entièrement en une seule séance. Le caillot , formé à la fois de globules, de fibrine et d'albumine, ne résiste pas toujours à l'effort du sang; il peut se laisser dissocier et entraîner au bout de quelques jours , comme aussi il peut persister et amener une guérison définitive ; mais quoi qu'il doive arriver ultérieurement, on trouve à la fin de la séance que la tumeur est devenue ferme, irréductible, sans souffle et sans pulsations.
Enfin, dans les cas intermédiaires, le caillot galvanique, à la fois fibrineux , albumineux et sanguin , ne remplit qu'une partie du sac, et on trouve, en terminant l'opération, que la tumeur est devenue plus ferme, moins réductible et moins pulsatile; après quoi , les jours suivants , le caillot peut persister ou disparaître.
A quoi tiennent ces différences ? Elles ne dépendent ni du volume de l'anévrysme, ni de la durée de la galvanisation, ni de la nature de la pile ou des aiguilles qu'on emploie. La lecture des observations prouve que dans des conditions en apparence identiques on obtient les résultats les plus disparates, et cela ne peut être attribué qu'à la constitution individuelle du sang.
Je pense donc que l'action chimique de la pile sur l'albumine n'est que l'une des causes de la coagulation galvanique, et que la cause principale est la solidification de la fibrine. Gomment et pourquoi cette solidification se produit- elle ? L'action chimique de la pile y est-elle pour quelque chose ? ou tout dépend-il d'une action physique particulière, de la chaleur développée par le cou-
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rant, de l'espèce de battage que fait subir au sang le dégagement incessant des bulles gazeuses ? Je l'ignore ; mais ce que je puis affirmer, c'est que la cause qui fait précipiter la fibrine diffère de celle qui fait coaguler l'albumine. En voici la preuve : on a vu plus haut que , dans le sang défibriné , il ne se produit aucune coagulation au niveau de l'aiguille négative. Eh bien ! quoi qu'on en ait dit , l'observation faite sur le vivant prouve que l'aiguille négative s'entoure aussi d'un caillot. Ce phénomène n'est pas facile à constater sur les anévrysmes ; il est même impossible le plus souvent de savoir si les caillots qui occupent le sac se sont formés autour de l'un ou l'autre pôle. Mais la galvano-puncture des varices permet d'étudier isolément les effets produits par chaque aiguille, et de reconnaître que, quelquefois au moins (je n'ose pas dire toujours , n'ayant pas observé par moi-même un nombre suffisant de faits ), la coagulation s'effectue autour de l'aiguille négative tout aussi bien qu'autour de l'aiguille positive. Au mois de septembre dernier, pendant mon intérim à l'hôpital des Cliniques, j'ai enfoncé quatre aiguilles d'acier dans une trèsgrosse varice située au niveau du genou, chez une femme atteinte d'ulcère variqueux. Les aiguilles étaient séparées les unes des autres par des intervalles de 3 à 4 centimètres. Les trois aiguilles supérieures furent mises en communication avec le pôle positif d'une pile de Volta (75 couples de ^3 millimètres); l'aiguille inférieure seule fut mise en rapport avec le pôle négatif. La séance dura douze minutes. Quand je retirai les aiguilles , je reconnus que chacune des trois aiguilles positives avait produit un caillot cylindrique long d'environ 1 centimètre ; un caillot exactement semblable par sa consistance et son diamètre, mais presque deux fois plus long que les précédents, s'était formé autour de l'aiguille négative. Entre ces quatre bouchons , le sang de la veine était resté liquide, mais le lendemain il était coagulé ; de sorte que la veine, dans tout l'intervalle compris entre les deux aiguilles extrêmes, élait transformée en un cordon solide renflé au niveau de chaque piqûre. Tous ces caillots persistèrent pendant trois semaines , après quoi ils commencèrent à se dissoudre : un mois après la galvanisation, les varices avaient récidivé, et le caillot négatif n'avait résisté ni plus ni moins que les autres. Au reste, il fut évident pour moi et pour les personnes qui sui-