ACCIDENTS PRODUITS PAU LES ESCHARES
Si la couche isolante était suffisamment épaisse et suffisamment solide, je suis convaincu qu'on éviterait toujours la mortification des tissus dans la galvano-puncture des anévrysmes. Malheureusement, ces conditions sont peu compatibles avec la petitesse obligée des aiguilles ; le vernis peut manquer en certains points ; ailleurs , il peut n'offrir qu'une épaisseur illusoire : souvent il se brise ou se déplace pendant l'introduction de l'aiguille. Aussi , quelque soin qu'on puisse y mettre , arrive-t-il souvent que le vernis isolant ne préserve pas les tissus d'une manière suffisante, et M. Pétrequin, lui-même, a plus d'une fois produit des eschares plus ou moins profondes (1).
L'action préservatrice du vernis isolant prouve une fois de plus que la cautérisation n'est pas le résultat de l'élévation de température. Il est bien clair qu'une mince couche de laque serait incapable de s'opposer au rayonnement de la chaleur.
Ceci dit sur la production des eschares , étudions les conséquences qui peuvent résulter de leur présence.
Lorsqu'elles sont superficielles , elles laissent en tombant de petites plaies qui se cicatrisent en général assez bien ; mais lorsqu'elles pénètrent jusque dans le sac, il n'en est plus de même. Si la galvano-puncture a oblitéré incomplètement l'anévrysme, la séparation des eschares expose à de graves hémorrhagies. M. Centofanti cita au Congrès scientifique de Gênes, en 1846, un cas de ce genre, où il devint nécessaire de pratiquer la ligature (2). Lorsque l'anévrysme est déjà oblitéré en totalité , l'inflammation suppurative qui se produit sur le trajet des eschares a toutes chances de gagner le sac; l'air pénètre dans le foyer sanguin, et une suppuration abondante ne tarde pas à expulser les caillots. C'est ce qui eut lieu sur un étudiant en pharmacie traité par M. Pétrequin qui, par exception , s'était servi ce jour -là d'aiguilles non vernies. L'anévrysme était traumatique et occupait le pli du coude. Une anomalie artérielle excusait la maladresse du phlébotomiste. La tumeur datait de plus de trois mois et était grosse comme un œuf de poule. Galvano-puncture le 5 juin 1846. L'anévrysme est entièrement oblitéré au bout de vingt minutes :
(1) Mém. de lu Soc. de- cliirurg.^ T. III, p. SU.
(2) Arclu générales, 18U7, T. XIII, p. 529 (sét\ IV ).]
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légère inflammation les jours suivants. Le 10, cette inflammation est presque éteinte. Le 12 , les eschares se détachent et laissent des ouvertures par où s'écoule une abondante sérosité sanguinolente. Le 13, il sort un pus noirâtre et très-fétide. La compression exercée sur la tumeur expulse à l'extérieur des caillots noirâtres. La suppuration dure encore quelque temps ; le sac se vide entièrement et finit par se cicatriser (1). Une circonstance presque inexplicable de cette observation, c'est que, malgré la suppuration du sac, l'artère resta perméable. J'ai lu bien des observations d'anévrysmes , et je déclare que je ne connais aucun autre fait comparable à celui-là.
Tels sont les accidents auxquels peuvent donner lieu les eschares produites parla galvano-puncture. Mais la mortification de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané n'est pas la seule éventualité fâcheuse qui menace les malades traités par cette méthode. Il arrive quelquefois que l'électricité n'exerce aucune action coagulante sur le sang, et que, cependant, elle détermine dans les parties molles une inflammation plus ou moins vive. Cette inflammation peut se terminer par résolution, mais elle peut aussi donner lieu à la rupture de la tumeur et à une hémorrhagie dangereuse. M. Niccoli, de Livourne, en a observé un exemple sur un malade atteint d'anévrysme de la région sous-maxillaire. Il fallut lier la carotide : l'hémorrhagie continua ; alors on ouvrit largement le sac, et on arrêta le sang tant bien que mal. Le malade finit par guérir (2). Je dois ajouter que dans ce cas on avait appliqué la galvano-puncture à sept reprises dhTérentes dans une seule semaine; c'est une imprudence qu'on ne doit pas imiter.
Enfin , l'inflammation des tissus qui entourent le sac peut être assez intense pour compromettre par elle-même les jours du malade. Un anévrysme volumineux et ancien de la carotide fut traité par M. Giniselli , en présence de la commission nommée par le Congrès scientifique de Gênes. Une couche épaisse de caillots fibrineux tapissait la paroi interne du sac , de sorte que les aiguilles s'arrêtèrent clans cette couche et ne parvinrent pas dans
(1) Journal de chirurgie de Malgaignc, 18&6, T. IV, p. 246.
(2) Gazzetta med. Ital. Toscana, 1851.— Dans Gaz. mèd. de Paris, 1851, p. 570.