‹ Des aneurysmes et de leur traitement [electronic resource]Chapitre 96 sur 243 · INCERTITUDE DE LA GALVANO-PUNCTURE · texte numérisé non relu

INCERTITUDE DE LA GALVANO-PUNCTURE

la partie liquide de l'anévrysme : l'autopsie le démontra plus tard. La galvano-puncture manqua donc complètement son but; maigre cela, il survint une inflammation phlegmoneuse du tissu cellulaire ; un abcès se forma sur le trajet de l'une des aiguilles, et le malade succomba sept jours après l'opération (1).

On voit que la galvano-puncture est loin d'être inoffensive. Mais après avoir passé en revue les accidents primitifs ou consécutifs auxquels elle donne lieu, je dois ajouter que ces accidents ne se présentent pas toujours , et que beaucoup d'entre eux ne sont pas un obstacle absolu à la guérison. La galvano-puncture est une méthode défectueuse sous beaucoup de rapports , mais elle a donné bon nombre de succès. Tout permet de croire qm des recherches ultérieures, en en perfectionnant l'application, la rendront à la fois plus efficace et moins dangereuse; et je ne serais pas étonné que tôt ou tard elle ne devînt supérieure à la ligature ; aujourd'hui déjà, elle est presque capable d'entrer en parallèle avec elle ; elle a de plus l'avantage d'être applicable à certains anévrysmes inaccessibles à la plupart des autres méthodes. Au reste, j'apprécierai , dans le dernier chapitre de cet ouvrage , les indications relatives qui résultent du siège spécial des différents anévrysmes.

Un reproche qu'on peut adresser à la galvano-puncture , c'est son peu d'efficacité. Il ne faut peut-être pas en juger d'après les résultats publiés jusqu'à ce jour. Les tâtonnements inséparables du début d'une méthode expliquent bon nombre d'insuccès; malheureusement, on peut dire que ces tâtonnements durent encore : c'est qu'en effet il y a bien des inconnues dans la solution du problème. Il faut trouver d'abord le meilleur mode d'application de l'électricité ; ce n'est pas là le point le plus difficile. Puis il faut déterminer le degré d'intensité des courants, la durée de leur action, l'intervalle qu'on doit mettre entre deux séances lorsqu'on n'obtient pas l'oblitération du premier coup. Or, j'ose dire que sur ces questions épineuses la science n'a pas encore dit son premier mot. Rien ne varie comme les conditions individuelles qui favorisent ou neutralisent l'action immédiate de l'électricité sur le sang. Je me trompe ; il y a une chose qui varie bien plus

(1) Annales de thérapeutique de Roguetta. Paris, 1846, T. IV, p. 38\

W-i GALVANO-PUNCTURE.

encore : c'est la susceptibilité des tissus chez les divers malades, la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils se laissent sphacéler au contact des aiguilles conductrices, et leur tendance à s'enflammer, par suite de l'irritation galvanique. Deux individus, deux anévrysmes , sont dans des conditions en apparence identiques. La galvano-puncture est appliquée de la même manière, par le même chirurgien , et elle donne cependant des résultats très-différents. La coagulation s'effectuera bien dans le premier cas ; elle manquera tout à fait dans le second. L'un des malades aura des eschares ; l'autre n'en aura pas , et ce sera peut-être celui-ci qui aura à supporter la réaction inflammatoire la plus vive. En un mot , et malgré des recherches nombreuses qui remontent déjà à près de vingt-cinq ans, ce qui arrête encore l'essor de la galvano-puncture , c'est l'impossibilité d'en calculer les chances , c'est l'incertitude des résultats , c'est une trop large part faite à l'inconnu.

Malgré ces conditions défavorables , la galvano-puncture a guéri beaucoup de malades et ne doit pas être dédaignée. 11 serait facile de faire le relevé des observations publiées , et de comparer le nombre des succès à celui des insuccès; mais cette voie ne servirait qu'à nous égarer. Déjà, en 1851, M. Boinet a entrepris cette tâche , et je ne crains pas de dire que cela l'a conduit à porter sur la galvano-puncture un jugement beaucoup trop sévère. Avant de condamner ou d'absoudre une méthode par des calculs numériques, il faut attendre qu'elle ait été appliquée scientifiquement un grand nombre de fois, et surtout il faut faire abstraction des premiers faits recueillis à une époque où cette méthode n'était encore soumise à aucune règle. Ainsi , les cinq tentatives antérieures au premier succès de M. Pétrequin ne doivent pas , ne peuvent pas entrer en ligne de compte. Les malades chez lesquels MM. Pétrequin etVelpeau laissèrent plusieurs aiguilles à demeure après la galvanisation , ne peuvent pas plus figurer sur le tableau que celui qui conserva pendant plusieurs jours cinquante épingles dans la cuisse (1). Les deux cas d'anévrysme de l'aorte thoracique, traités par MM. Giniselli et Bossé,

Voy. plus haut, p. 302, 8« obs. (cas anonyme). — Bull, de la Soc. de chirurgie, T. I, p. IM. in-S° (cas de Vclpcau). — Enfin, pour le cas (le Pétrequin, voy. plus haut, p. 237 et 36b,

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