‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 11 sur 220 · ANÉVRYSMES CONSÉCUTIFS A LA LIGATURE · texte numérisé non relu

ANÉVRYSMES CONSÉCUTIFS A LA LIGATURE

le malade semblait sur le point de guérir, lorsqu'un troisième anévrysme se montra au-dessus de la troisième ligature. 11 fallut l'opérer encore ; cette fois, l'incision remonta jusque dans l'aisselle; ce fut l'artère axillaire qui fut liée, et malgré la gravité de ces opérations réitérées, le malade finit par guérir complètement (1).

M. Ch. Delacour, professeur suppléant à l'École de médecine de Rennes, a observé un fait qui présente quelque analogie avec celui de Waa^. Ce fait, communiqué à la Société de chirurgie depuis plus wwrois ans (2), n'a pas encore été publié, et c'est ce qui me décide à en donner ici le résumé. Je profite de cette circonstance pour remercier M. Delacour de l'empressement avec lequel il a mis à ma disposition cette observation importante.

Ire Observation (Delacour). — Amputation de la jambe. — Anévrysme de la libiale postérieure dans le moignon. — Ligature de la fémorale. — ■ Guérison.

Le nommé Saulnïer, aubergiste, âgé de 51 ans, fit une chute de haut vers le mois de décembre '1851, et se fractura la jambe un peu au-dessous de la partie moyenne. La fracture était compliquée de plaie, et donna lieu à une hémorrhagie immédiate très-considérable. Le traitement fut dirigé d'abord par un officier de santé. La plaie suppura abondamment et saigna presque tous les jours pendant longtemps.

Vers la lin d'avril 1 852 , la plaie n'était pas cicatrisée, et les fragments du tibia étaient nécrosés ; malgré cela , le malade voulut recommencer à marcher. Mais, le 30 avril , il fit une chute, et une hémorrhagie considérable se fit jour à travers la plaie.

Ce fut alors que MM. les docteurs Brûlé et Delacour furent appelés. Ils firent d'abord quelques tentatives pour conserver le membre ; mais un phlegmon diffus envahit l'extrémité inférieure de la jambe, et cette circonstance , jointe aux délabrements considérables qui existaient déjà , rendit l'amputation indispensable.

Cette opération fut faite le 15 mai , par M. Delacour, qui coupa la jambe au lieu d'élection. 11 fallut lier les trois artères principales de la jambe et les deux jumelles. Une boulette de charpie fut placée au centre du moignon , dont les bords furent rapprochés au moyen de trois bandelettes de diachylon.

L'appareil fut levé le troisième jour. Tout alla bien pendant quelque temps , mais dès l'après-midi du treizième jour ( 27 mai ) , il survint une

(1) Warnee. Cases of Surgery, traduction française. Paris, 1757, in-12, p. 73-76. L'auteur dit simplement qu'il fit Yopération de l'unévrysme; mais si on se transporte à l'époque où il écrivait, on ne peut douter qu'il n'ait pratiqué l'opération par l'ouverture du sac.

(2) Bulletin de la Soc. de chirurgie, T. III. Paris, 185?, in-8", p. 274.

liO ÉTI0L0G1E DES ANÉVRYSMES.

hémorrhagie artérielle d'environ 200 grammes. M. Delacour, appelé en toute hâte, enleva l'appareil. Le sang ne coulait plus. Deux ligatures, celles de la péronière et de la tibiale antérieure, tenaient encore. Les trois autres étaient tombées.

M. Delacour établit sur le fond de la plaie une compression légère avec de la charpie sèche, et plaça sur la cuisse un tourniquet d'attente.

Le 29 mai , nouvelles hémorrhagies , arrêtées de la même manière.

Le 3 juin, une demi-heure après le pansement, le sang s'échappe encore. M. Delacour enlève l'appareil. Il trouve que toutes les ligatuM^sont tombées, que l'hémorrhagie est arrêtée, et que le bout de l'artère tibiale postérieure bat dans le fond de la plaie avec une force insolite. ( Pansement avec l'eau de Rabel étendue ; limonade sulfurique ; extrait de quinquina à l'intérieur.)

Le 5 , on trouve que l'angle antérieur du tibia est nécrosé.

Le 7, autre hémorrhagie de 100 à ISO grammes. Cette fois, le sang est noirâtre , comme veineux. On ne peut découvrir le vaisseau qui donne le sang. L'artère tibiale postérieure bat toujours au fond de la plaie, et , les jours suivants, ce vaisseau semble s'avancer vers la surface du moignon.

Le 22, M. Delacour trouve la plaie en bon état; mais l'artère tibiale postérieure se termine en un renflement cylindrique large de 4 centimètre et battant avec une force très-grande. A une heure de l'après-midi , hémorrhagie abondante, très-manifestement artérielle. Le malade serre son tourniquet et envoie chercher M. Delacour, qui trouve l'hémorrhagic arrêtée. Le pansement enlevé et le moignon mis à nu, on relâche le tourniquet; aussitôt le sang jaillit au niveau de la tumeur qui termine la tibiale postérieure. M. Delacour resserra provisoirement le tourniquet , envoya chercher MM. Duval et Brûlé. Le malade était presque exsangue ; on jugea que la ligature de la fémorale était indispensable, et, séance tenante, M. Delacour lia ce vaisseau à la partie moyenne de la cuisse.

Avant de serrer le fil , on constata que la tumeur anévrysmale du moignon s'était accrue depuis le matin et battait avec assez de force pour imprimer au doigt des mouvements appréciables à la vue. Dès que le fil fut lié, la tumeur s'affaissa et cessa de battre.

Cette opération fut couronnée d'un plein succès. La ligature tomba le dix-septième jour. Un fragment nécrosé du tibia se détacha vers le commencement de juillet, puis les deux plaies marchèrent vers la cicatrisation.

Vers le 1o juillet, le malade commença à se lever sur un fauteuil.

Le 1 9 , il fit quelques pas avec des béquilles.

Le 20, trois ou quatre grammes de sang s'écoulèrent par la plaie de la cuisse ; même phénomène le 21 et le 22 juillet; on plaça sur cette plaie un petit disque d'agaric.

Enfin, la cicatrisation fut complète le 5 août.

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