INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS
suffit quelquefois à elle seule pour donner lieu à ce fâcheux accident. Plusieurs malades ont ainsi succombé tout à coup entre les mains des chirurgiens, avant môme que l'opération fût terminée (1). D'autres fois, la rupture de l'anévrysme interne survient quelques jours seulement après la ligature, et s'explique encore par l'obstacle que le sang artériel rencontre au niveau du fil. L'influence de la ligature sur la rupture des anévrysmes internes est mise en évidence par un fait de M. O'Shaugnessy, de Calcutta. Ce chirurgien prit pour un anévrysme de la carotide un anévrysme de l'aorte qui faisait saillie sur le côté de la trachée. Dès lors , il crut devoir lier la carotide à sa partie supérieure, suivant la méthode de Brasdor. Le septième jour, le malade mourut subitement; l'anévrysme de l'aorte s'était rompu dans le médiastin (2).
Lorsqu'il y a chez le même malade deux anévrysmes externes, cela ne constitue pas une contre-indication à l'opération de la liga^ ture. Les anévrysmes doubles sont quelquefois superposés et susceptibles d'être maîtrisés par une seule ligature. Par exemple, la ligature de l'iliaque externe a guéri plusieurs malades atteints à la fois d'anévrysme inguinal et d'anévrysme poplité du même côté (3). Mais quand les anévrysmes ne sont pas situés sur le trajet du même tronc artériel, deux opérations deviennent nécessaires. C'est ce qui a lieu dans les cas assez fréquents où il y a un anévrysme dans chaque jarret. Beaucoup de malades ont ainsi été sauvés par la ligature successive des deux fémorales. Lorsqu'on se décide alors à employer la ligature, on doit toujours commencer par l'opération la plus urgente, et attendre que le malade soit guéri de la première ligature avant de pratiquer la seconde. En exécutant les deux opérations le même jour, on imprimerait à la circulation une secousse trop violente, qui pourrait devenir mor-
(1) Voy. entre autres les deux faits cités par Hodgson , Malacl. des art. et des veines, trad. fr., T. I , p. 408.
(2) Voy. plus haut, p. 305. — Dublin Mcd. Press, 5lh oct. 1843, et Gaz. méd. de Paris, mai 1843, p. 289.
(3) Dans le tableau de M. Norris sur la ligature de l'iliaque externe, on trouve quatre cas oîi cette opération a été faite sur des malades atteints à la fois d'anévrysme inguinal et d'anévrysme poplité du même côté. Les malades de MM. Newbrigging ( n" 23 ) , Wright ( n" 50 ) et James ( n° 104 ) ont guéri ; celui de M. F owler ( n" 112 ) est mort le trentième jour, par suite de la gangrène du membre. —G. Norris. On Tying tlic Iliac Arteries, dans American Journal of Med. Se., 1847, vol. XIII , p. 13 et sq.
telle, et qui pourrait même favoriser le développement d'un anévrysme interne. En effet, l'existence simultanée de deux anévrysmes est en général liée à une sorte de diathèse du système artériel. Souvent, en pareil cas, les tuniques de l'aorte sont altérées , et disposées à subir une dilatation anévrysmale dont on activerait beaucoup la formation en arrêtant brusquement la circulation dans deux artères importantes.
La crainte des conséquences que peut avoir la distension du système artériel produite par la ligature d'une grosse artère, a conduit quelques chirurgiens à préparer les malades en les soumettant, avant l'opération, à quelques moyens dérivés de la méthode de Valsalva. On a conseillé la diète, une ou plusieurs saignées, et la digitale à l'intérieur. Mais on a objecté, contre ce précepte, qu'en diminuant l'impulsion du sang, on rendait plus difficile la dilatation des collatérales, circonstance propre à favoriser la production de la gangrène. Je pense, pour ma part, que ces moyens préparatoires ne doivent être employés que fort rarement. Avant de se décider à pratiquer la ligature, il faut ausculter et percuter attentivement la poitrine , explorer l'aorte abdominale ; si on reconnaît l'existence d'un anévrysme interne , l'opération est contre-indiquée. Dans le cas contraire, on n'a pas besoin de soumettre le malade à un traitement débilitant qui aurait des inconvénients réels. Si, après l'opération, il survient, du côté de la tête ou de la poitrine, des symptômes résultant de la distension trop grande du système artériel, dont l'étendue n'est plus en proportion avec l'énergie du cœur, il est toujours temps d'ouvrir la veine et d'administrer la digitale. Ceci dit sur les préliminaires de la ligature, étudions les effets de la méthode d'Anel.