CAILLOTS PASSIFS. — HÉMORRHAGIES PAU LE SAC
instant plus énergique au-dessus de lui, par suite de la dilatation des collatérales. Il n'en faut pas davantage pour expliquer la fréquence des hémorrhagies consécutives à la rupture du sac.
L'époque où cède le caillot passif, qui sépare seul le malade de l'hémorrhagie , est très-variable : tantôt il ne résiste que quelques heures, d'autres fois il se maintient pendant plusieurs jours; beaucoup de malades , enfin , guérissent ou meurent sans éprouver la moindre hémorrhagie. Citons quelques exemples à l'appui de ce qui précède.
Birch avait appliqué le procédé d'Anel au traitement d'un anévrysme fémoral. Le neuvième jour, la tumeur s'enflamma; le malade éprouva bientôt des accidents généraux formidables. Le quatorzième jour, la poche anévrysmale se rompit; il s'écoula de la sérosité et du sang grumeleux. Il n'y eut pas d' hémorrhagie immédiate; mais, le soir, un filet de sang artériel se fit jour à travers la plaie, et le malade, déjà presque anéanti par les graves accidents qu'il avait éprouvés, succomba en quelques instants (1). Dans un cas d'anévrysme poplité recueilli à Deal Naval Hospital, la chute d'une eschare formée sur la tumeur après la ligature , laissa écouler une matière fétide. On injecta du lait tiède dans le sac, et, le soir même, il survint une hémorrhagie si effrayante, que le chirurgien se crut obligé de couper la cuisse. Le malade mourut (2). L'hémorrhagie survint vingt-quatre heures après l'ouverture du sac chez un homme à qui M. Solly avait lié la carotide vingt-cinq jours auparavant. Le jet de sang fut si fort, qu'il s'élança à 3 pieds. Les tamponnements, les styptiques , le perchlorure de fer, n'empêchèrent pas l'hémorrhagie de reparaître les jours suivants, et le malade mourut le trentième jour après la ligature (3). Ce fut seulement trois jours après l'incision du sac, et trente-neuf jours après la ligature, que survint l'hémorrhagie sur un opéré de M. Porter. Malgré tout ce qu'on put faire, de nouvelles hémorrhagies se succédèrent les jours suivants, et finirent par tuer le malade (U). Dans un cas d'Hodgson, l'hémorrhagie eut lieu six jours après l'ouverture d'un anévrysme poplité,
(1) Journal de Vanclermondc. Paris, 1787, in-12, T. LXX, p. 467.
(2) American Journal of 31 éd. Se., 1749, vol. XVI11, p. 329, a" 38 de Morris.
(3) Médical Times and Gazette, 1853, vol. II, p. 579.
(-0 Porter. Obscrv. on Aneurism. Dublin, 1840, in-8", p. 154.
et trente-neuf jours après la ligature de l'artère fémorale. Elle se reproduisit un grand nombre de fois jusqu'à la mort du malade, qui survint douze jours |plus tard (1). M. Seutin lia la fémorale pour un anévrysme poplité. Le fil tomba le dixième jour; et la plaie fut complètement cicatrisée le vingt-sixième jour. Tout permettait de croire que le malade était guéri; mais, quelque temps après, la tumeur s'enflamma, il fallut l'ouvrir pour donner issue au pus et au sang grumeleux qu'elle renfermait. Le septième jour après cette incision, une grave hémorrhagie se déclara. On agrandit l'ouverture, on tamponna exactement le fond de la plaie, et cette fois, du moins , le malade se rétablit (2). Un opéré de Larrey fut moins heureux. L'anévrysme, qui occupait encore le creux du jarret, diminua de volume après la ligature de la fémorale, mais resta fluctuant et finit par se rompre. Larrey débrida l'ouverture et fit l'extraction des caillots ; au bout de plusieurs jours, une hémorrhagie se déclara , et le malade succomba vingt-un jours après la ligature (3). On voit que cette grave variété d'hémorrhagies consécutives peut se manifester à des époques trèsvariables. Le malade y reste exposé jusqu'à ce que la plaie de l'abcès soit cicatrisée. Dans un cas de M. Coates, cet accident se déclara pour la première fois vingt jours après l'incision du sac , et se renouvela à plusieurs reprises jusqu'à la mort de l'opéré (U).
Les chances d'hémorrhagie par le sac sont d'autant moindres, que l'inflammation et la rupture de l'anévrysme surviennent à une époque plus éloignée du jour de la ligature; mais elles ne disparaissent jamais complètement, et il se trouve précisément que celui de tous les opérés qui a éprouvé les accidents les plus tardifs a succombé à une hémorrhagie consécutive. M. Peace lia l'artère iliaque primitive au mois d'août 18ZT2, sur un homme atteint d'anévrysme inguino-iliaque ; cinq mois après le malade fut considéra comme guéri. Sa tumeur, en effet, était réduite à un petit volume, elle diminuait toujours et était tout à fait indolente. Cela dura jusqu'au mois de novembre 18^3, mais alors, plus de qua-
(1) IIodgson. Malad. des artères, tr. fr., T. 1, p. 361.
(2) The Lancel , 1851 , vol. II , p. 320.
(3) Journal de Scdillot , T. LXV1 , p. 399 ( 1819 ).
(4) Journal de Sédillot, 1822, T. LXXX , p. 413.