CAILLOTS PASSIFS. — HÉMORRHAGIES PAR LE SAC
torze mois après l'opération, la tumeur s'accrut, atteignit le volume d'une orange, devint molle, fluctuante, et souleva la peau qui prit une teinte violacée. 11 n'y avait du reste ni souffle ni pulsations. Quelques jours après le sac s'ouvrit spontanément, puis il survint une hémorrhagie qu'on arrêta au moyen de la compression directe, mais de nouvelles hémorrhagies se produisirent bientôt et le malade mourut (1).
Le diagnostic des hémorrhagies par le sac est en général fort simple; néanmoins, lorsque l'anévrysme se rompt avant d'avoir suppuré, on peut prendre pour une hémorrhagie le brusque écoulement des caillots passifs ramollis qui remplissaient la tumeur. Cette erreur a été plusieurs fois commise, notamment dans le cas de M. Moulaud de Marseille (2) ; mais il est toujours facile de l'éviter en tenant compte de la couleur et de la consistance du liquide qui s'échappe à travers l'ouverture ; ce liquide est noir, grumeleux et n'offre aucune ressemblance avec le sang artériel. D'ailleurs, l'affaissement de la tumeur est toujours proportionnel au volume des matières évacuées, et cela suffit amplement pour éviter toute méprise.
Il y a pourtant une circonstance qui pourrait rendre incertain le diagnostic de ces héinorrhagies. Lorsque la ligature est pratiquée très-près de l'anévrysme, la tumeur se rompt quelquefois dans la plaie de l'opération, et lorsqu'une hémorrhagie se manifeste, on peut se demander si elle vient du sac ou du bout supérieur de l'artère liée. Je prévois telles circonstances où cette incertitude pourrait être fort pénible pour le chirurgien, mais je n'y insiste pas plus longtemps parce que, dans tous les cas publiés jusqu'à ce jour, le diagnostic a été tout à fait évident.
Le pronostic des hémorrhagies par le sac est extrêmement fâcheux ; c'est peut-être le plus grave de tous les accidents de la méthode d'Anel. Sur les dix-neuf malades dont j'ai rassemblé les observations, treize ont succombé, un quatorzième a subi l'amputation de la cuisse, et l'observation s'arrête là, d'où il est permis
(1) American Journal ofMed. Sciences, 1847, vol. XIII, p. 25.
(2) Cas de Moulaud (anév. inguinal; ligature de l'iliaque externe. Le neuvième joui, rupture du sac dans la plaie de l'opération. Le contenu du sac continue à s'écouler pendant plusieurs jours jusqu'à ce que la tumeur ait entièrement disparu; guérison). Buititins de la Faculté de médecine, 1817, T. V, p. 534.
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de conclure que l'issue n'a pas été favorable (1). Un quinzième malade a subi la désarticulation de l'épaule, et a du moins survécu (2). Les quatre autres malades ont guéri sans amputation, mais deux d'entre eux n'avaient que des anévrysmes de l'artère radiale, et se trouvaient par conséquent dans des conditions fort avantageuses (3).
Contre ce redoutable accident la chirurgie ne dispose que de ressources bien infidèles. Dans les cas déjà cités d'A. Cooper et de M. Lawrie, et dans le cas anonyme recueilli à Deal Naval Hospital (k), on a été obligé de sacrifier le membre; l'un des malades est mort, l'autre a guéri, et on ne sait ce que le troisième est devenu. Mais l'amputation est un moyen aussi incertain que cruel et n'est d'ailleurs applicable qu'à un certain nombre d'anévrysmes. L'application d'une deuxième ligature au-dessus de la première arrête pour un temps l'hémorrhagie, mais celle-ci reparaît presque inévitablement au bout de quelques jours. Je ne connais aucun cas où ce traitement ait réussi. M. Chaumet, chirurgien de l'hôpital Saint-André, à Bordeaux, est parvenu dans un cas d'anévrysme traumatique de la radiale au poignet, à réprimer définitivement, au moyen de la ligature de la cubitale, une hémorrhagie consécutive fourme par le sac entr'ouvert, hémorrhagie qui durait déjà depuis cinq jours, et qui s'était manifestée vingt-six jours après la ligature de la radiale (5). Ce succès est encourageant; je ferai pourtant remarquer qu'un anévrysme situé sur le trajet d'une arcade artérielle se trouve dans des conditions toutes spéciales. J'ai malheureusement lieu de croire que partout ailleurs l'application d'une seconde ligature indirecte serait presque toujours incapable d'arrêter définitivement rhéinorrhagie du sac.
La ligature directe de l'artère immédiatement au-dessus et immédiatement au-dessous du sac aurait plus de chances de succès si elle était applicable ; mais comment trouver et isoler le vais-
(1) Cas d'A. Coopef. , cité dans Hodgsuîv , MalacL des artères, tr. fr., T. I , p. 363-364.
(2) Cas de Lawrie , dans London Med. Gazette, 1842 , T. XXXI , p. 710.
(3) Cas de Chacmet, dans Compte rendu de la clinique de l'hôp. Saint-André pour 1839. Bordeaux , 1840, in-8°, p. 83 ; — et cas de Liston , dans Edinburgk Médical and Surgit al Journal, 1827, T. XXVII , p. k.
(X) American Journal of Med. Sciences, 1849, vol. XVIU, p. 329 ( u" 38 de M. îxorris). (5) Chaumet, loc. cit., p. 91 et 92.