HÉMORRHAGIES PAR LE SAC. — TRAITEMENT
moyen d'une forte suture entortillée. 11 ne songeait nullement à obtenir la réunion immédiate. Il espérait seulement que les caillots hémostatiques auraient le temps de se former avant que les épingles n'eussent coupé la peau; mais son attente fut trompée et le malade succomba, treize jours plus tard, à des hémorrhagies répétées (1).
Le fer rouge a réussi dans le cas de M. Morrison. Anévrysme inguinal ; ligature de l'iliaque externe le 12 mars 1837. La tumeur s'enflamme et suppure; on l'ouvre le 25 mars. Le 31 mars hémorrhagie parle sac. Le 2 avril l'hémorrhagie reparaît, large incision, on cherche vainement à lier la fémorale profonde. Le 12 avril, nouvelle hémorrhagie qu'on arrête au moyen du cautère actuel. Le sang reparaît le 14 avril. On suppose qu'il est fourni par l'artère circonflexe, mais on ne peut réussir à lier ce vaisseau. Alors on cautérise, pour la seconde fois, l'intérieur du sac avec le fer rouge. L'hémorrhagie ne revient pas; guérison (2). J'ai lieu de croire que M. Morrison est jusqu'ici le seul chirurgien qui se soit servi, en pareil cas, du cautère actuel, et le succès qu'il a obtenu est encourageant. Mais ce moyen, toujours effrayant pour les malades , expose à léser les veines et les nerfs qui avoisinent le sac, inconvénient des plus sérieux lorsque l'anévrysme occupe la carotide. D'ailleurs, on ne peut pratiquer la cautérisation avec quelque exactitude que lorsque le sac est largement ouvert et en quelque sorte étalé, et je doute qu'il fût possible d'y réussir dans le cas où l'hémorrhagie serait fournie par le sac d'un anévrysme poplité.
Restent les moyens coagulants tels que les divers styptiques et, en particulier, les solutions de perchlorure de fer. Je suis disposé à leur donner la préférence quoiqu'ils aient complètement échoué entre les mains de M. Solly. Ce chirurgien avait lié la carotide pour guérir un anévrysme de la partie supérieure de ce vaisseau. Le malade alla bien pendant quelque temps , mais le vingt-unième jour le sac s'enflamma, prit un accroissement considérable et donna lieu à des accidents de suffocation. Le vingt-quatrième jour il fallut pratiquer une incision qui donna issue à des gaz
(1) Porter. Observ. on Aneurism. Dublin, 1839-1840, iii-8", p. 154-162.
(2) American Journal of Med. Sciences, vol. XXII , 1838 , ser. I ; — et ser. Il, vol. XIII , p. 22 (1847).
fétides et à une grande quantité de caillots passifs en état de putréfaction, sans mélange de pus; le malade se trouva notablement soulagé, mais le lendemain, vingt-quatre heures après l'incision, une hémorrhagie des plus considérables se déclara. Le sang jaillissait à une distance de trois pieds. La plaie fut aussitôt tamponnée au moyen d'une éponge imbibée d'acide gallique. L'hémorrhagie s'arrêta; le lendemain, sans enlever l'éponge, on injecta dans le sac un peu de perchlorure de fer, Malgré cela , de nouvelles hémorrhagies survinrent les jours suivants, et le malade succomba trente jours après la ligature. A l'autopsie, on reconnut que le bout supérieur de la carotide était parfaitement perméable ; c'était par là que le sang était revenu dans le sac (1).
Cette observation ne prouve rien contre l'efficacité du perchlorure de fer. Le tamponnement fut fait avec une éponge imbibée d'acide gallique, liquide coagulant sans cloute, mais bien inférieur aux sels ferreux. Le perchlorure fut, il est vrai, injecté dans le sac, mais le tamponnement, qui était resté en place depuis la veille, l'empêcha de pénétrer jusque dans l'artère. Je dirai toute à l'heure comment je conseille d'employer le perchlorure; mais auparavant je veux faire connaître un cas malheureux qui s'est produit l'année dernière, à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Malgaigne. Le tamponnement au perchlorure fut mis en usage, l'hémorrhagie ne revint pas, mais le malade, dont la jambe était déjà menacée de gangrène par suite du traitement antérieur, mourut quelques heures après.
14e Observation. — Anévrysme poplité. — Tentative de compression indirecte. — Ligature de la fémorale. — Oblitération par des caillots passifs. — Inflammation de la tumeur. — Incision. — Hémorrhagie par le sac. — Mort.
Le 9 juin 1855, M. Thierry me pria de voir avec lui un malade atteint d'anévrysme poplité. Cet homme, nommé François Certe , était âgé de 35 ans; il était Auvergnat, et exerçait la profession de marchand de charbon dans une des banlieues de Paris. Le début de son affection remontait au mois de janvier 1855. La tumeur, plus grosse que le poing, remplissait tout le creux poplité du côté droit, présentait deux bosselures latérales sur les côtés du genou, et était entièrement réductible; la jambe et le pied étaient depuis plusieurs
(1) Cas de Solly, Mal. Times and Gazelle , 1853, vol. II, p. 5"39.