HÊMORRHAGÏES PAR LE SAC. — TRAITEMENT. 5 M
mois déjà le siège d'un oedèmo notable (l). Nous jugeâmes, M. Thierry et moi, qu'il y avait lieu d'appliquer la compression indirecte ; mais ce traitement exige une surveillance continuelle; le malade demeurait trop loin de nous pour qu'il nous fût possible de le voir régulièrement; il était logé dans une arrière-boutique étroite, humide et sans fenêtre, enfin il était trop peu intelligent pour manier lui-même les tourniquets. Nous lui proposâmes donc de le faire entrer à l'hôpital Saint-Louis, mais il s'y refusa obstinément, sous prétexte que son frère était mort de fièvre typhoïde à la Charité.
Cependant, la tumeur croissait rapidement depuis quelques jours, et il fallait agir promplement ; nous nous décidâmes donc à essayer la compression , au risque de compromettre cette méthode par une application imparfaitement dirigée.
Le 12, j'appliquai sur la cuisse mon appareil à gouttière, destiné à exercer la compression alternative , suivant le procédé de Belmas(2j ; l'une des vis se trouva trop courte, et l'appareil ne put être complètement mis en place que le lendemain. Je tâchai de faire comprendre au malade qu'il fallait diminuer, et non supprimer les battements de l'anévrysme, et qu'il fallait serrer et relâcher alternativemeut les pelotes ; mais je ne pus y réussir. Un barbier du voisinage fut alors initié au maniement de l'appareil, et il fut convenu qu'il viendrait toutes les deux heures serrer et relâcher alternativement la pelote inguinale et la pelote fémorale.
Le soir, la tumeur avait déjà un peu diminué; le malade et son barbier, satisfaits de ce résultat, voulurent obtenir mieux encore, et serrèrent vigoureusement la pelote inférieure qui resta en place pendant toute la nuit.
Le lendemain 14, je trouvai l'appareil serré à fond ; la tumeur était notablement affaissée , mais en relâchant la pelote inférieure, je reconnus qu'une phlyctène existait déjà au niveau de l'anneau du troisième adducteur ; la phlyctène rompue, le derme parut insensible. Quelques heures d'une compression trop bruta'e avaient suffi pour produire en ce point une eschare largo de plus de 2 centimètres.
Je proposai de nouveau au malade de le conduire à l'hôpital; il refusa encore. Alors je pris le parti de faire la compression intermittente avec la seule pelote inguinale. Le barbier reçut une nouvelle leçon ; il promit d'agir avec plus de modération, et effectivement tout alla bien pendant deux jours. Le 16, je trouvai le malade dans un état satisfaisant. La peau de l'aine était intacte et la tumeur avait un peu rétrogradé.
Je ne pus revenir que le 19. Ce jour-là les choses avaient changé de face;
(1) Pour plus de détails 'sur la symptomatologie et sur les antécédents , voy. l'observation de ce malade, publiée par M. Parisot, dans la Revue mèd. clnrurg., nov. 1835, T. XVIII,
(2) Voy. plus loin pour la description de cet appareil , cliap. XIX , § 5.
la pelote inguinale avait à son tour produit une eschare. Le barbier m'assura qu'il n'avait commis aucune imprudence ; mais je jugeai que l'expérience avait duré assez longtemps. Je signifiai au malade qu'il n'était plus possible de le traiter chez lui , et cette fois je le décidai à entrer à l'hôpital Saint-Louis, où il fut reçu le 21 juin dans le service de M. Malgaigne.
Pendant les premiers jours on comprima directement la tumeur du jarret avec un gros tampon de charpie serré au moyen d'une bande. Le 30, les eschares étaient tombées, mais les plaies n'étaient pas encore guéries. On enleva la compression directe. Il n'était pas possible décomprimer la fémorale avec des tourniquets ; néanmoins je mis mon compresseur en place , j'appris au malade à comprimer lui-même son artère avec les doigts dans les points où la peau était intacte, et, pour rendre la manœuvre moins fatigante, je lui conseillai de faire descendre la pelote sur les doigts chargés de la compression. 11 promit d'exécuter cette manœuvre avec persévérance pendant plusieurs heures chaque jour; mais soit qu'il tînt mal sa promesse, soit que la compression, fréquemment interrompue, fût insuffisante, la tumeur fit de rapides progrès ('I).
Le 4 juillet le malade découragé cessa de comprimer son artère ; déjà le genou se remplissait d'eau.
Le 5, les symptômes s'aggravèrent;
Le 6, M. Richard, sous les yeux de M. Malgaigne, lia l'artère fémorale au sommet du triangle inguinal, la tumeur cessa aussitôt de battre.
Le soir de l'opération l'hydarlhrose avait déjà diminué.
Le 10, la tumeur toujours immobile et sans pulsation , commença à se ramollir; elle était du reste beaucoup moins volumineuse qu'avant l'opération. (Application permanente déglace sur la tumeur. )
Le 15, M. Malgaigne fait enlever la glace.
Le 20, la tumeur est le siège d'une fluctuation évidente.
Le 22, chute de la ligature sans hémorrhagie.
Le 27, la tumeur est toujours molle et fluctuante ; M. Malgaigne la ponctionne avec un trocart à hydrocèle, et en retire une cuillerée environ de sang coagulé semblable à de la gelée de groseille.
Le 30, fièvre, frisson, douleur et chaleur au niveau de l'anévrysme; la tumeur s'accroît.
Le 4 août, M. Malgaigne incise le sac, et en retire deux verres de sang mêlé de pus et de gaz. Injection détersive matin et soir dans le sac ; amélioration notable de l'état général.
Le 7, les plaies sont belles ; le jarret est revenu à son volume normal ; on continue les injeclions.
(1) A partir du 1" juillet , je ne pus continuer à suivre le malade. J'extrais la fin de l'observation de l'article de M, Paiisot, Hev, mêd. </»>., T. XVJ1J , p. 311,