STATISTIQUES. — GANGRÈNE
Ces 2QU cas de ligature et ces 31 cas de gangrène se répartissent de la manière suivante (1) :
Anévrysmes artériels poplités (dont un fémoro-poplité). . 156 cas. Gangrène 28 cas ou plus de 18 °/«,v
Anévrysmcs artériels fémoraux 20 — 0 — 0 %..
Anévrysmes des artères de la jambe 6 — 0 — 0 "/..
Anévrysmes variqueux 5 — 3 — 60 "/»•
Affections autres que l'anévrysme 17 — 0 — 0 %.
Total.... 204 31
Je ne dirai rien des anévrysmes variqueux dont j'ai parlé dans le paragraphe précédent. En faisant abstraction de cette première catégorie de faits, nous trouvons que la gangrène a fait défaut dans tous les cas où il n'y avait pas d'anévrysme , dans tous ceux où l'anévrysme était fémoral , dans tous ceux enfin où il occupait les artères de la jambe.
Les anévrysmes poplités ont fourni à eux seuls tous les cas de gangrène, dans l'effrayante proportion de 18°/0. L'un des malades n'a eu qu'une gangrène partielle du pied , et a guéri sans amputation {n° 16). Un autre (n° 97), après avoir subi la ligature de la fémorale, avait déjà le pied en gangrène , et il aurait peutêtre pu guérir, si le chirurgien, M. Macfarlane, n'avait pas cru devoir lier l'artère fémorale du côté opposé pour guérir un deuxième anévrysme poplité. Celte deuxième opération, pratiquée 1x6 jours seulement après la première , fut également suivie de sphacèle , puis d'amputation , et enfin de mort. Six autres malades ont été amputés sans succès; 6 fois l'amputation consécutive a été suivie de guérison, et IU fois enfin les malades sont morts sans ampu-
(1) Je rappellerai que j'ai dû faire subir de légères modifications aux chiffres de M. Norris. J'ai compté vingt anévrysmes fémoraux au lieu de vingt-deux, parce que le n°9 du tableau est un cas de plaie récente, et ne rentre pas dans la catégorie des anévrysmes, tandis que le n° 91 est un cas d'anévrysme fémoro-poplité que j'ai cru devoir réunir à la liste des anévrysmes poplités. La tendance à la gangrène étant proportionnelle à la distance qui sépare les deux oblitérations superposées, les anévrysmes fémoro- poplités , qu'on traite par la ligature de la fémorale au sommet du triangle inguinal, se rapprochent beaucoup plus des anévrysmes poplités que des anévrysmes fémoraux.
Par suite de ce double changement, j'ai porté de 10 à 17 le nombre des cas où la ligature a été faite pour des affections autres que l'anévrysme, et de 155 a 150 le nombre des anévrysmes poplités. (f oy. plus haut, p. G87, en note, et p. 525.)
tation. En réalité, par conséquent, sur 28 cas de gangrène, il y a eu 7 guérisons dont 6 ont été achetées au prix de l'amputation du membre.
Cette fréquence de la gangrène dans les cas d'anévrysme pofilité se conçoit aisément. La tendance à la mortification résulte de la production successive de deux oblitérations superposées et de l'obstacle que rencontre la formation du deuxième cercle de collatérales, lorsque la deuxième oblitération vient à s'établir au-dessous de la première. Lorsqu'il n'y a pas d'anévrysme, il ne se produit qu'une seule oblitération et un seul cercle anastomotique; la gangrène est très-rare. Sur 17 cas, un accident n'est pas survenu une seule fois. Les anévrysmes des artères de la jambe exposent également très-peu à la gangrène (0 cas sur 6), parce que la deuxième oblitération atteint seulement une artère de troisième ordre, et ne gêne que modérément le cours du sang. Pourquoi maintenant les anévrysmes fémoraux sont-il si rarement suivis de gangrène (0 cas sur 20) ? C'est parce que la ligature, appliquée à peu de distance du sac, ne laisse au-dessus de la tumeur que des collatérales peu nombreuses et peu importantes ; la circulation anastomotique qui commence à s'établir immédiatementaprès l'opération, va donc aboutir presque en totalité dans le tronc de l'artère, au-dessous del'anévrysme, et l'oblitération consécutive de ce vaisseau au niveau de la tumeur, n'exerce sur le cours du sang qu'une faible influence. En d'autres termes, le procédé qu'on emploie dans le traitement des anévrysmes fémoraux se rapproche beaucoup du procédé d'Anel , et en partage l'innocuité sous le rapport de la gangrène. On applique au contraire le procédé de Hunter dans toute sa pureté lorsqu'on opère les anévrysmes du jarret, et c'est alors qu'on voit le sphacèle survenir plus de 18 fois sur 100.
Je n'ai pas pu faire intervenir dans ce relevé les cas de récidive dont la proportion relative m'est inconnue. Je me bornerai à rappeler que j'ai pu rassembler 22 cas d'anévrysmes artériels récidives après la ligature.
Tels sont les résultats de la méthode d'Anel appliquée au traitement des anévrysmes artériels. Les chiffres seraient beaucoup plus effrayants encore si on réunissait dans un même groupe les anévrysmes artériels et les anévrysmes artério-veineux. Je n'ai