‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 146 sur 220 · HÉMORRHAGIE CONSÉCUTIVE · texte numérisé non relu

HÉMORRHAGIE CONSÉCUTIVE

que le sang venait du bout périphérique, puisque l'anévrysme avait été oblitéré au moyen d'une injection coagulante pratiquée quarante-huit heures après la ligature. Le texte de l'observation permet de croire que le tronc de la sous-clavière avait été oblitéré en même temps que l'anévrysme (1). Le dernier cas d'hémorrhagie grave s'est présenté à l'Hôtel-Dieu , sur un opéré de Roux , et pendant la vie on a pu croire que le sang venait par le bout supérieur de l'artère liée; mais l'autopsie a démontré qu'il n'en était rien. Voici le fait , tel qu'il a été présenté à la Société analomique par M. Figuière, interne du service :

Le 29 mars 1843, Roux lia la fémorale entre un anévrysme inguinal et un anévrysme poplité , espérant guérir à la fois l'anévrysme inférieur par la méthode d'Anel, et l'anévrysme supérieur par la méthode de Brasdor. Son attente fut trompée : l'anévrysme inguinal s'accrut, et finit même par se rompre sous les téguments. Cette rupture permit au sang de s'infiltrer de proche en proche jusqu'à la plaie de la cuisse; le 18 mai, c'est-à-dire cinquante jours après la ligature, une faible hémorrhagie se déclara, et se changea bientôt en un simple suintement sanguinolent. Le 23 mai, la tumeur de l'aine, devenue diffuse, avait fait des progrès inquiétants , et Roux lia l'artère iliaque externe. Malgré cela , une hémorrhagie considérable se fit jour, le 29 mai, à travers la plaie de la première ligature; le lendemain, Roux prolongea cette incision en haut jusqu'au pli de l'aine, et opéra l'anévrysme inguinal par la méthode ancienne, en appliquant deux ligatures nouvelles, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de l'origine de la fémorale profonde. L'hémorrhagie ne revint pas ; mais le malade succomba dans la journée. — A l'autopsie, on trouva que le sac de l'anévrysme inguinal s'était rompu dans le tissu cellulaire, et avait fourni le sang des hémorrhagies. La plus inférieure des deux ligatures qui avaient été appliquées le jour de la mort du malade, avait été placée au-dessous de l'origine de la fémorale profonde. « Elle « a bien embrassé ce qui pouvait être l'artère, mais ce n'était « qu'un tissu compacte, sans apparence d'aucun canal sanguin; « de ce point jusqu'au-dessous de la première ligature, c'est-à-dire « jusqu'à la partie moyenne de la cuisse, l'artère est convertie en

(1) Voy. plus haut, p. W9.

630 MÉTHODE DE BRASDOR.

« un tissu grisâtre, dur, criant sous le scalpel, et parsemé de « points osseux. On voit très-bien la place où ont été posés les « deux fils pour la ligature de l'artère, au bas du triangle inguinal, « et c'est dans ce point qu'elle est le mieux oblitérée. » Ainsi, le bout supérieur de la plus ancienne ligature était solidement et depuis longtemps oblitéré lorsque les hémorrhagies survinrent; celles-ci ne venaient donc pas de l'artère, mais du sac rompu de l'anévrysme inguinal. Les pièces furent présentées à la Société anatomique et décrites dans le Bulletin (1). Dix ans plus tard, Roux rédigea à son tour cette observation d'après ses souvenirs, et se laissa aller à croire que l'hémorrbagie avait été fournie par le bout supérieur, non oblitéré, de l'artère crurale (2) ; mais cette assertion est en contradiction avec la description précise et très-autbentique des pièces que M. Figuière montra à la Société anatomique : c'est ce qui m'a décidé à donner ici quelques détails sur ce fait singulier.

Je puis donc dire que je ne connais aucun cas où l'hémorrhagie, consécutive à la ligature pratiquée suivant la méthode de Brasdor, ait été positivement fournie par le bout supérieur ou cardiaque de l'artère, [et je crois pouvoir en conclure que les hémorrhagies par le bout cardiaque sont plus rares à la suite de cette méthode qu'à la suite de la méthode d'Anel.

Les chances de la gangrène se réduisent également à fort peu de chose. Sur les trente-trois cas de ligature qui composent mon relevé , il n'y a pas eu un seul cas de gangrène. Il est vrai que dix-huit fois la ligature a été appliquée sur la carotide , circonstance très-favorable au maintien de la circulation ; mais la gangrène ne s'est pas manifestée non plus dans les quinze cas où la ligature a été placée sur la sous-clavière , l'axillaire ou la fémorale.

Celte innocuité sous le rapport de la gangrène s'explique aisément. Si la ligature est pratiquée suivant le procédé de Brasdor, elle ne produit qu'une seule oblitération, et le sang, pour revenir dans le membre, ne parcourt qu'un seul cercle de collatérales. Dans le procédé de Wardrop, il peut se faire qu'une deuxième

(1) Bulletin de lu Société anatomique, 1843, p. 211-222.

(2) Roux. Quarante années de pratique chirurgicale, Paris, 1855, in-8°, T. 11, p. 188.

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