ÉTAT DE L' ARTÈRE SOUS LA PELOTE
par accollement et adhésion intime de ses parois. Cette oblitération est due à la compression exercée sur la veine par la .tumeur. On ne trouve aucune artère collatérale d'un volume notable.
Si on eût soupçonné l'existence de la lésion articulaire, l'amputation aurait été, dès le premier jour, jugée indispensable. Aucune méthode, en effet, ne pouvait réussir. La compression indirecte a produit tout ce qu'aurait pu produire la ligature , c'est-à-dire la coagulation passive du sang dans ce vaste anévrysme diffus.
Mais en voilà bien assez sur les anévrysmes diffus. Hâtons-nous d'en finir avec le mode d'action de la compression indirecte.
Quelle que soit l'espèce d'anévrysme, et quelle que soit la nature de la coagulation , jamais l'artère ne s'oblitère sous les pelotes compressives. Freer, de Birmingham , ayant réussi deux fois à faire oblitérer l'artère radiale des chevaux au moyen d'un tourniquet fortement serré pendant quatre jours (1), on crut pendant longtemps que pareille chose devait se produire chez l'homme, et j'ai déjà montré combien cette idée préconçue nuisit au développement de la compression indirecte. Or, je ne connais chez l'homme qu'un seul exemple prouvant la possibilité de l'oblitération d'une artère comprimée à travers la peau. M. J.-P. Dur rapporte dans sa thèse qu'un enfant âgé de 12 ans , atteint de fracture de la clavicule, fut traité par l'appareil de Desault. La pression considérable et prolongée exercée par cet appareil , détermina le long du bras la formation d'une eschare sous laquelle l'artère numérale était oblitérée. La chute de cette eschare ne donna lieu à aucune hémorrhagie, et les battements de l'artère radiale finirent même par reparaître (2). L'âge du sujet, la finesse de la peau , l'étendue des surfaces comprimées , la durée et la violence de la compression expliquent sans doute ce résultat ; mais on remarquera que les conditions sont bien différentes dans la compression méthodique des artères. On ne peut pas toujours éviter la formation des eschares, mais jamais on n'a l'imprudence d'exercer une pression capable de produire une mortification profonde. Je devrais dire presque jamais , car voici une observation que Boyer a passée sous silence, et que Boux a heureusement sauvée de l'oubli :
(1) Voy. plus haut, p. 686.
(2) J.-P. Dur. Thèses de Paris, 1835, n° 20, p. 7.
4 G8 Observation (Boyer) (1). — Anévnjsme poplUé. — Compression de la fémorale. — Eschare sons la pelote. — L'artère est ouverte à la chute de l 'eschare. — Hèmorrhagie. — Mort.
Vers 1814, un homme atteint cl'anévrysme poplité entra à la Charité. Sachant qu'on pouvait le guérir par la compression , il refusa de se laisser opérer par l'ouverture du sac. On appliqua un instrument à pelote au-dessous de la partie moyenne de la cuisse. La peau s'enllamma légèrement. On déplaça l'appareil pour le mettre un peu plus haut : même accident. Alors on appliqua la compression au sommet du triangle inguinal. Une eschare se forma en ce point. « Cette eschare comprenait , outre la peau et les parties « immédiatement subjacentes, la paroi antérieure de l'artère crurale. Au « moment où elle se détacha , une hèmorrhagie que nous avions prévue eut a lieu. Il fallut faire la ligature là où l'artère était ouverte. » La ligature fut assez difficile à cause de l'état des parties. Une hèmorrhagie consécutive se manifesta, et le malade mourut.
Je laisse à deviner avec quelle véhémence on avait dû comprimer pour produire, au sommet du triangle inguinal, une eschare pénétrant jusqu'à l'artère fémorale inclusivement. Malgré cette manœuvre imprudente, la compression ne réussit même pas à faire oblitérer le vaisseau. Il est clair, par conséquent, qu'une pelote bien appliquée doit respecter la perméabilité de l'artère ; c'est ce que démontrent toutes les autopsies, et l'examen fait pendant la vie sur une multitude de malades. Cette circonstance précieuse permet de rendre au cours du sang toute sa force au moment où le caillot de l'anévrysme se prolonge dans l'artère adjacente et en détermine l'oblitération. Elle diminue à tel point les chances de la gangrène, que sur ï\k malades chez lesquels l'oblitération des anévrysmes a été obtenue par la seule compression (voy. le 2e tableau), la gangrène n'a eu lieu que deux fois (n° 10 et n° 26). On peut dire que cet accident est aussi rare ici qu'à la suite des guérisons spontanées naturelles.
Non-seulement l'artère comprimée reste perméable, mais encore ses parois gardent toute leur intégrité. Ainsi s'évanouissent diverses objections théoriques qu'on avait d'abord dirigées contre la compression indirecte. On disait que l'action des pelotes devait modifier les tuniques artérielles , les rendre friables et impropres à supporter la ligature ultérieure devenue nécessaire lorsque la
(1) Roux. Nouveaux Éléments de miel, opératoire. Paris, 1813, in-8°, T. 1 , 2e par., p. 717.