‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 158 sur 220 · INCONVÉNIENTS DE LA COMPRESSION TOTALE · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS DE LA COMPRESSION TOTALE

En outre , la compression totale expose la peau à plusieurs accidents, dont le plus léger est dénature à interrompre le traitement et à en compromettre le résultat. La rubéfaction douloureuse, la vésication, l'excoriation delà peau, se produisent promptement sous l'influence d'une pression trop énergique , et rendent nécessaire l'ablation des pelotes. Ces phénomènes surviennent surtout lorsqu'une cicatrice préalable occupe la région sur laquelle la compression doit s'exercer. On connaît la fréquence des cicatrices inguinales consécutives aux adénites suppurées. Or c'est précisément sur le pli de l'aine et au niveau même du point occupé par ces cicatrices , que doit porter la principale pression dans le traitement des anévrysmes des membres inférieurs , qui sont de beaucoup les plus fréquents des anévrysmes chirurgicaux. Il arrive quelquefois que la compression partielle ellemême est difficilement supportée en pareil cas, et il est clair que la compression totale offre , sous ce rapport , des inconvénients beaucoup plus graves.

Si les cicatrices inguinales sont communes , il est bien plus commun encore de trouver au-devant de l'artère quelques ganglions plus ou moins engorgés , dont la présence gêne beaucoup l'action des pelotes. Pour exercer la compression totale, il faut, pour ainsi dire , écraser ces masses ganglionnaires , ce qui détermine promptement une tuméfaction douloureuse et inflammatoire. On a même vu des ganglions parfaitement sains le premier jour s'engorger et s'enflammer bientôt sous l'influence d'une pression trop énergique. La compression partielle , convenablement ménagée, n'expose pas à ces accidents.

La compression totale est fréquemment suivie , lorsqu'elle se prolonge pendant plusieurs jours, de l'engorgement œdémateux et douloureux de la totalité du membre , ce qui résulte de l'obstacle opposé par la pelote inguinale au retour du sang vers le cœur et à la circulation de la lymphe. Non-seulement la compression partielle permet très-souvent d'éviter la production de ce phénomène , mais encore elle a fréquemment un résultat précisément inverse, c'est-à-dire qu'elle dissipe promptement l'œdème symptomatique dû à la compression que la tumeur exerce sur la veine adjacente. Par exemple, s'il s'agit d'un anévrysme poplité, il suffit d'amoindrir légèrement l'énergie des pulsations

pour que le sac, moins distendu, revienne un peu sur lui-même et rende aussitôt le passage libre dans la veine poplitée. C'est ce qui a eu lieu, par exemple, sur les malades n° 49, n° 65, n° 67, et sur un grand nombre d'autres. Ces exemples prouvent combien on a eu tort de considérer l'œdème préalable du membre comme constituant une contre-indication à la compression. Ceux qui ont commis cette erreur avaient en vue la compression totale , et ne connaissaient sans doute pas les effets de la compression partielle.

Je n'ai pas fini d'énumérer les accidents auxquels expose la compression totale. Il est possible qu'un érysipèle surgisse sous une pelote trop serrée , et c'est à cette cause qu'il faut attribuer la mort d'un des malades de M. Bellingham. On employait la compression partielle depuis plus de deux mois , lorsque le malade, impatienté de la longueur du traitement, et croyant accélérer sa guérison , serra lui-même les vis de son appareil avec une grande force ; la peau , ainsi froissée , devint le point de départ d'un érysipèle qui détermina la mort six jours après (1).

Enfin, le plus fâcheux de tous les accidents de la compression totale, c'est, sans contredit, la gangrène de la peau. Cette circonstance a bien des fois compromis le succès de la méthode compressive; alors, en effet, on est obligé, avant de reprendre le traitement, d'attendre la chute des eschares, puis la cicatrisation des ulcères qui en résultent; et, pour avoir voulu accélérer la guérison , il se trouve précisément qu'on l'a rendue beaucoup plus tardive. Un malade de Liston (n° 96), chez lequel la compression avait été assez forte pour produire des eschares sous la pelote et même sous la contre-pelote , finit néanmoins par guérir sans opération. Mais il arrive quelquefois que les progrès de l'anévrysme ne permettent pas d'attendre le moment où la compression serait de nouveau applicable, et l'on est obligé alors d'affronter les dangers de la ligature. Le malade n° \h, imbu d'une théorie erronée, crut qu'il guérirait d'autant mieux que la Compression serait plus énergique : il serra si bien son appareil , qu'il finit par le casser ; une eschare se forma sous chaque pelote , et on dut en venir à la ligature. Le n° 58 avait un anévrysme

(I) J'ai déjà parlé de ce malade, p. 7'i6 ( lre autopsie).

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