‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 159 sur 220 · COMPRESSION EN DEUX TEMPS · texte numérisé non relu

COMPRESSION EN DEUX TEMPS

de la partie supérieure de la fémorale; on plaça au-dessus du pubis une pelote qui fut trop serrée et qui produisit une cschare. Il fallut lier l'iliaque externe. L'anévrysme s'oblitéra, mais l'eschare, s'étant détachée quelques jours après, mit à nu la partie supérieure du sac, qui s'enflamma et se rompit dans la plaie. Il n'y eut heureusement aucune hémorrhagie; le malade en fut quitte pour une grave suppuration, et finit par guérir. Cet exemple prouve qu'il faut éviter, autant que possible, d'appliquer la compression trop près des poches anévrysmales. Je rappellerai enfin un cas plus malheureux encore, tiré de la pratique de Boyer. L'eschare produite par la compression totale avait pénétré jusqu'à l'artère fémorale; lorsqu'elle se détacha, l'artère se rompit et donna lieu à une hémorrhagie mortelle (1). Tant d'accidents fâcheux prouvent qu'il n'est pas prudent d'avoir recours à la compression totale, et que la compression, pour garder toute sa supériorité sur la ligature, doit être pratiquée d'une manière moins brutale, soit que l'on se contente de diminuer le passage du sang (compression 'partielle), soit qu'on l'intercepte d'une manière progressive, en accroissant chaque jour la force de la pression (compression graduelle).

En agissant ainsi on ménagera la peau, on soustraira la plupart des malades aux vives douleurs qui ont fait si souvent échouer la méthode compressive; on obtiendra des résultats moins prompts peut-être que ne le sont quelquefois ceux de la compression totale, mais plus certains et plus stables, et l'on écartera autant que possible les chances de l'oblitération du sac par des caillots passifs.

Je crois avoir prouvé que la compression totale constitue un procédé vicieux lorsqu'on l'applique d'emblée. Mais elle ne doit pas pour cela être entièrement rejetée; elle devient très-acceptable, au contraire , lorsqu'on n'y arrive que par degrés, comme dernier terme de la compression graduelle. Alors, en effet, elle accélère beaucoup la guérison , sans exposer à l'oblitération défectueuse que produisent les caillots passifs. Lorsque le sac , à la faveur d'une compression partielle continuée pendant quelque temps, est déjà en partie comblé par des caillots fibrineux, la for-

(1) l'oij. plus haut, p. 772, obs. M.

ination des caillots passifs n'est plus à craindre; on dirait que les couches fibrincuses déjà déposées exercent une sorte d'attraction élective sur la fibrine du sang qui traverse encore l'anévrysme; peut-être ce phénomène est-il dû à l'irrégularité de la couche fibrineuse la plus interne , et à la facilité bien connue avec laquelle les caillots actifs se déposent à la surface des corps étrangers contre lesquels le sang vient se heurter. Quelle que soit , du reste, l'explication que l'on adopte, il est certain qu'en pareil cas Ja coagulation continue à s'effectuer par le même mécanisme, c'est-à-dire par des caillots actifs. La tendance que je signale est tellement prononcée, qu'elle suffit quelquefois à elle seule pour achever la cure , quoique la compression ait été abandonnée avant la cessation des battements. Je connais plusieurs cas où il en a été ainsi (nos Uo , h&, 118, 125, 135). Ces faits prouvent que le dépôt fibrineux , commencé sous l'influence de la compression, peut continuer après l'ablation des appareils, et même lorsque les malades commettent l'imprudence de reprendre leurs occupations avant d'être guéris. Il est clair que dans ces conditions l'oblitération est lente et incertaine, qu'il ne serait pas sage d'y compter, et qu'il est de rigueur de continuer la compression jusqu'au moment où les battements sont tout à fait éteints. Cela a l'avantage de rendre le guérison plus sure et plus rapide. Mais il est possible d'abréger encore la durée du traitement; il suffit, pour cela, de changer la compression partielle en compression totale dès qu'on reconnaît, à la diminution des battements et à la dureté de la tumeur, qu'il y a déjà dans le sac une quantité notable de fibrine.

Il est remarquable, en effet, qu'en agissant ainsi on obtient des guérisons très-promptes. Personne, que je sache, n'a érigé en procédé régulier cette manière d'appliquer la compression; mais il est arrivé plusieurs fois que des circonstances accidentelles ont permis aux chirurgiens d'employer la compression totale pour des anévrysmes déjà traités pendant quelque temps par la compression partielle. J'ai rassemblé un assez bon nombre de faits de ce genre, et les résultats ont été assez frappants pour que j'en dise quelques mots. Le malade n° 121 avait subi la compression partielle pendant trois semaines à Reading Hospital; sa tumeur avait diminué; mais il avait perdu patience, avait exigé sa

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