ARMATURES A RESSORT
L'année suivante , Verdier construisit un ressort beaucoup plus solide , qui prenait un point d'appui sur une forte ceinture pelvienne. Une articulation placée sur le ressort , à peu de distance de la pelote , permettait de donner à celle-ci la direction convenable, et une vis, située sur la pelote même, servait à graduer la pression à volonté (1). Verdier réussit ainsi à comprimer, pendant cinq années consécutives , l'artère iliaque externe. Le tourniquettruss de Charles Todd offrait quelque ressemblance avec l'appareil précédent; mais il était bien moins énergique, et péchait surtout par la construction vicieuse de la pelote (2).
Depuis la renaissance de la compression indirecte, on a fait plusieurs tentatives avec les armatures à ressort. M. Brainard , dès 1843, chercha à arrêter la marche d'un anévrysme de la partie supérieure et externe de la cuisse, en comprimant la fémorale avec un ressort d'acier. La tumeur, consécutive à une fracture du fémur, semblait occuper l'artère circonflexe antérieure. Au bout de quelques jours, il n'y avait aucune amélioration, et M. Brainard lia avec succès l'artère iliaque externe (3). Ce fut encore avec un ressort que M. Lyon , en 1843 , tenta de faire rétrograder un anévrysme du tronc brachio-céphalique, en comprimant la carotide suivant la méthode de Vernet. J'ai déjà parlé de cette tentative, qui ne fut suivie que d'une amélioration passagère (4). M. Syme, en 1851, fut plus heureux; il réussit à faire oblitérer en vingt-quatre heures un anévrysme de la main, en comprimant l'artère radiale avec un petit ressort d'acier (n° 143 du 2e tableau).
Au mois de novembre 1854, M. Maisonneuve fit une dernière tentative qui ne réussit pas à réhabiliter les appareils à ressort. Je donnerai ici un extrait de cette observation dont on n'a publié jusqu'ici que des fragments peu exacts :
50e Observation (Maisonneuve). — Anévrysme poplité. — Compression Je la fémorale suivant le procédé de Belmas, puis compression simple au moyen d'un ressort. — Formation d'une eschare. — Ligature. — Mort.
Leroux, scieur de long, 57 ans, entré à l'hôpital de la Pitié le G novembre 1854 (salle Saint-Louis, n° 28). Anévrysme poplité reconnu deux moisaupa-
(1) V oy. plus haut , p. 712 , fig. 21.— (2) lbid., p. 705, fig. 19.
(3) American Journal of Mcd. Sciences , 2e série, vol. VI, 1843, p. 359. Je n'ai connu ce fait que depuis la publication de la première édition de ce travail. Voilà pourquoi il ne figure pas sur mon tableau.
\U) Voy. plus haut, p. 795. ;
ravant. La tumeur a 14 centim. de long sur 7 de large; elle est circonscrite, pulsatile, entièrement réductible, donne à la main un léger frémissement, et à l'oreille un bruit de souffle simple ; œdème commençant de la partie inférieure du membre ; engourdissement du pied ; crampes de temps à autre.
Le 47 novembre, M. Maisonneuve applique sur la fémorale mon compresseur à deux pelotes (4 )..
Le 19, les battements semblent déjà moins forts.
Le 20, la tumeur est plus dure et n'est plus complètement réductible. Le malade supporte assez bien l'action des pelotes.
Le 21, œdème de la jambe et du pied. On interrompt la compression.
Le 22, la compression est reprise, mais avec une seule pelote.
Cependant M. Maisonneuve, qui dès le premier jour avait trouvé les armatures de mon appareil trop compliquées , avait fait construire un très-fort ressort d'acier, destiné à embrasser le bassin et terminé par une très-petite pelote conique et extrêmement dure. Ce nouvel appareil fut appliqué le 23: 11 comprimait totalement l'artère fémorale dans l'aine.
Le 24, la peau était déjà un peu excoriée. On enleva l'appareil.
Le 29, l'excoriation était guérie ; on fit de nouveau la compression ; mais le 1er décembre, au bout de quarante-huit heures une eschare existait déjà sous la pelote. On renonça dès lors à la compression.
Le 5 décembre, M. Maisonneuve lia la fémorale. Le malade mourut de gangrène neuf jours après cette opération.
M. Maisonneuve a pensé que ce fait déposait contre la méthode de la compression indirecte, tandis qu'il dépose simplement contre la ligature , qui a tué le malade , et contre l'appareil , qui a produit une eschare en quarante-huit heures. Tant qu'on s'était contenté de la compression partielle , double et alternative , la peau avait conservé son intégrité , et l'état de la tumeur s'était amélioré; mais l'action du ressort lit échouer le traitement.
Les armatures à ressort ont l'avantage d'exercer une compression élastique ; mais on verra bientôt qu'il est possible d'obtenir un résultat analogue en combinant aux autres appareils l'écrou mobile de M. Carte. A côté de cet avantage, qui, par conséquent, ne leur est pas* exclusif, les armatures à ressort ont de nombreux inconvénients. La plupart d'entre elles manquent de force et de précision ; on ne peut les rendre efficaces qu'en prenant des ressorts très-épais et très-énergiques; c'est ce qu'a fait M. Maisonneuve, et on a vu que la pelote produisit promptement une
(I) Voy. plus loin, p. 831 , fig. 39.