APPAREILS A PELOTES MULTIPLES
Le bord externe de la gouttière est rectiligne et parallèle à l'axe du membre. Le bord interne, au contraire, est échancré à sa partie supérieure, pour permettre à la gouttière de remonter jusque
Fi g. 39.
Nouvel appareil pour la compression de l'artère fémorale dans tous les points de sa longueur.
sous la fesse. Si l'on se contentait de cette disposition , l'instrument ne pourrait s'adapter que d'un seul côté, soit sur le membre droit , soit sur le membre gauche. On évite ce petit inconvénient, en faisant échancrer les deux extrémités du bord interne de la gouttière. Une gouttière ainsi construite peut servir indistinctement dans tous les cas, quel que soit le côté malade. Il suffit, lorsqu'on veut la transporter du côté droit au côté gauche , de placer l'extrémité supérieure en bas, et réciproquement.
La gouttière présente sur son côté externe une rainure longitudinale où s'adaptent les armatures. Une vis de pression permet de fixer chaque armature à volonté sur tous les points de la longueur de la gouttière. On peut ainsi placer deux ou plusieurs pelotes, les porter plus haut ou plus bas, comprimer l'artère où l'on veut et en autant de points qu'on le veut; si la peau menace de s'enflammer en un point, on peut faire la compression au-dessus ou au-dessous , et cela sans déranger le reste de l'appareil. Enfin, cette gouttière, si avantageuse lorsqu'on veut appliquer le procédé de Belmas, est encore très-bonne lorsqu'il s'agit d'un anévrysme fémoral trop rapproché du tronc pour qu'on puisse placer deux pelotes superposées. On en est quitte alors pour enlever l'armature de la pelote inférieure. Si l'anévrysme
est situé un peu plus bas, on peut rapprocher les pelotes presque jusqu'au contact, l'une appuyant sur le pubis, et l'autre immédiatement au-dessous. En un mot, il n'y a pas un seul anévrysme du membre inférieur, parmi ceux qui réclament la compression, qui ne soit susceptible d'être traité par ce nouvel appareil.
J'ai déjà décrit et figuré (fig. 33 et 35) le modèle des armatures que j'ai fait adapter à cette gouttière et les modifications que j'ai fait subir à l'écrou mobile de Carte. Sans avoir rien imaginé et sans avoir fait autre chose que de choisir et de combiner les meilleurs et les plus simples des mécanismes connus , je crois avoir obtenu un appareil supérieur à tous ceux qu'on a employés jusqu'à ce jour.
Cet appareil se prête mieux que les autres à tous les modes de compression. Lorsqu'une fois le chirurgien a mis les pelotes en place, il fixe toutes les tiges articulées, et laisse au malade le maniement des tourniquets. La gouttière ne pouvant se déplacer, et les pelotes ne pouvant se mouvoir que dans une direction perpendiculaire à celle du vaisseau, on peut être certain que, dans les manœuvres alternatives de relâchement et de pression , la pelote retrouvera toujours le point précis sur lequel on l'avait d'abord appliquée. Cet avantage n'existe pas dans les autres appareils fémoraux, qui doivent leur fixité à l'action opposée de la pelote et de la contre-pelote , et qui peuvent tourner librement autour du membre lorsque la grande vis est relâchée. Il en résulte que lorsqu'on les emploie — et l'on ne pouvait s'en passer jusqu'ici dans l'application du procédé de Belmas — on est obligé de conserver toujours un certain degré de pression , sous peine de les voir glisser et abandonner l'artère chaque fois qu'on alterne le jeu des pelotes. Les tissus subjacents ne recouvrent donc jamais toute leur liberté, ce qui atténue beaucoup les bienfaits de la compression alternative.
L'appareil que M. Matthieu a récemment construit et que j'ai fait représenter sur la fig. 36, se compose, comme le mien, d'une grande gouttière munie d'une coulisse sur laquelle on adapte les armatures. Cet appareil me paraît fort bon ; mais je n'ai pas encore eu l'occasion de l'employer.