‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 182 sur 220 · APPLICATION DE L' APPAREIL · texte numérisé non relu

APPLICATION DE L' APPAREIL

pour activer les sécrétions intestinales et soustraire ainsi une. partie de la sérosité du sang. Mais ces garde-robes répétées ont l'inconvénient de tourmenter le malade et de le forcer à se soulever fréquemment dans son lit, ce qui ne peut se faire sans quelques efforts. Je rejette donc l'emploi des purgatifs, exception faite du cas où on est obligé de combattre la constipation.

Enfin on devra émousser la sensibilité du sujet, en lui administrant des préparations opiacées ; cinq centigrammes par jour d'extrait aqueux d'opium suffisent ordinairement, mais si on n'obtient pas l'effet désiré, on peut doubler ou tripler la dose. L'usage de ce médicament devient en général inutile au bout de quelques jours; cependant, chez certains sujets d'une irritabilité plus grande, il peut être nécessaire de le prolonger pendant toute la durée du traitement.

Je ne mentionne que pour mémoire les inhalations d'éther employées par M.Watson (de New-York) pour atténuer la douleur produite par l'action des pelotes. Bien que ce moyen ait réussi sur un malade (n° 158), et que la guérison ait été obtenue en douze heures, je ne crois pas qu'il soit prudent d'imiter la conduite du chirurgien américain.

Je rejette à plus forte raison les inhalations de chloroforme. M. Broke Gallway faisant allusion aux cas où des femmes en couches ont pu être maintenues sans accident sous l'influence de cet agent pendant un ou deux jours, pense qu'il n'y aurait aucun inconvénient à prolonger l'anesthésie pendant un temps beaucoup plus long (1). On me dispensera de réfuter cette proposition dangereuse.

Ce serait maintenant le moment de parler de la compression proprement dite, de l'application des tourniquets et de leur maniement. Mais les détails minutieux dans lesquels je suis entré plus haut sur le choix des appareils , sur le lieu où il faut les appliquer, et sur le mode de compression qui doit recevoir la préférence , me permettront de passer rapidement ici sur la partie mécanique du traitement.

On fera choix, toutes les fois que cela sera matériellement possible, de la compression double et alternative , c'est-à-dire du pro-

(1) Medieal Times ami Gazette, 185a, vol. I, p. A59.

cédé de Belmas. Toutes les fois que cela sera possible encore, on fera porter la compression sur lés points d'élection; on se servira de préférence d'un appareil à gouttière, d'armatures à tiges articulées et d'écrous mobiles à compression élastique. La gouttière étant appliquée, on accommodera chaque armature de telle sorte que la pelote corresponde exactement au vaisseau. Quelques tâtonnements sufliront pour cela. On fixera alors à l'aide des vis de pression les diverses pièces de l'armature. On s'assurera de nouveau que le jeu de la grande vis fait descendre la pelote sur l'artère; on rendra même pendant quelques instants la compression assez énergique pour supprimer entièrement les battements de l'anévrysme ; puis lorsqu'on aura ainsi la certitude que l'appareil est convenablement placé, on relâchera les pelotes et on se préparera à commencer la compression.

La peau sera exactement rasée et saupoudrée de fleur de farine ou de poudre de lycopode. On pourra même, pour la protéger mieux encore, la recouvrir d'une mince pièce d'amadou bien flexible , bien lisse et bien homogène , puis on serrera l'une des pelotes jusqu'à ce que les battements de l'anévrysme soient simplement affaiblis. Une théorie erronée a conduit M. O'Ferral à émettre un précepte inoffensif, mais parfaitement inutile. Croyant que l'oblitération des anévrysmes était due à des caillots passifs , ce chirurgien a conseillé de comprimer d'abord pendant quelques instants l'artère au-dessous du sac, d'attendre que la poche fût bien distendue par le sang, et d'appliquer alors les pelotes entre l'anévrysme et le cœur. Il espérait que le sang , emprisonné dans l'anévrysme , formerait bientôt un caillot assez gros pour l'oblitérer tout à fait (1). Ce précepte est entièrement illusoire; dès que l'obstacle inférieur est enlevé, le sac revient sur lui-même par sa seule élasticité , et les choses sont dans le même état que si on avait appliqué d'emblée l'appareil définitif. C'est ce qui a eu lieu heureusement sur le malade que M. O'Ferral a soumis â son inutile procédé (n° 116). Ce ne sont point des caillots passifs et instantanés, mais bien des caillots actifs parfaitement solides, qui se sont graduellement déposés clans l'anévrysme, et ont fini par l'oblitérer au bout de onze jours.

(1) Dublin Quarlcrly Journal, 18W5 , vol. II , p. 375^ et sq.

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