EFFETS DE LA LIGATURE ULTÉRIEURE
la suite de ce mode vicieux d'oblitération. Trois fois elles se sont lentement et même très-lentement résorbées, mais elles n'ont donné lieu à aucun accident (nos 56, 68 et 100). Dans les 2 autres cas, elles se sont accrues, et ont fini par s'ouvrir a l'extérieur (nos 101 et 131). Le n° 131 a guéri néanmoins; mais chez le n° 101 le sac s'est ouvert et le malade a succombé.
Or, quoique la ligature compte au nombre de ses inconvénients d'exposer à l'oblitération du sac par des caillots passifs ou à la non-oblitération, on est obligé de reconnaître que ces accidents , dans les conditions ordinaires, ne se présentent pas 6 fois sur 10. Comment se fait-il donc qu'ils aient atteint ce degré de fréquence, dans les cas où la ligature a succédé à une compression inefficace ?
Dira-t-on que c'est parce que la compression préalable avait dilaté les collatérales et nui à l'efficacité de la ligature ultérieure? Qu'on se détrompe : cette explication serait applicable tout au plus au cas unique (n° /il) où l'anévrysme a continué à battre; elle serait simplement absurde dans les cinq cas où les tumeurs ont été oblitérées par des caillots passifs. Ce mode d'oblitération, en effet, résulte d'une stagnation trop grande du sang dans la poche anévrysmale, et j'ai suffisamment prouvé que, si la ligature y expose plus que la compression , c'est parce qu'elle intercepte trop complètement et trop brusquement le cours du sang dans l'anévrysme. Or, il est bien clair que la- compression préalable, en dilatant les collatérales , rend moins complet l'obstacle que la ligature ultérieure oppose à la circulation , et que cette ligature a moins de chance alors que dans les cas ordinaires , de rendre le sang stagnant dans la poche anévrysmale et de l'y faire coaguler par le simple repos , sous forme de caillots passifs. Par conséquent, si on ne consultait que l'influence exercée par la compression préalable, on arriverait à dire qu'elle diminue , et non qu'elle accroît les chances de la coagulation passive. Ce n'est donc pas cette influence qu'il faut invoquer pour expliquer comment il se fait que le ligature , appliquée 10 fois à la suite d'une compression inefficace, ait réussi k fois seulement à provoquer la formation de caillots actifs ou fibrineux dans le sac anévrysmal.
La véritable cause de ce phénomène doit être cherchée ailleurs.
Je ne reproduirai pas les arguments que j'ai fait valoir plus haut pour établir que l'absence de coagulation active dépend quelquefois d'une disposition particulière du sang , d'un défaut de plasticité de nature inconnue , si on veut d'une sorte d'icliosyncrasie. — Dans tous les cas où cette idiosyncrasie a existé, la compression a échoué , et elle devait le faire. Il en a été ainsi sur 6 individus qui ont naturellement été soumis ensuite à la ligature , et cette opération n'a pas mieux réussi que la compression à faire déposer dans le sac des caillots actifs.
S'il était possible de prévoir l'existence de cette idiosyncrasie défavorable, il serait peut-être indiqué de recourir alors d'emblée à la ligature. Mais rien ne permet d'acquérir cette donnée avant l'opération, et comme, en outre, les cas de ce genre sont exceptionnels, ils ne sauraient nous empêcher d'ériger la compression en méthode générale dans le traitement des anévrysmes des membres.
En résumé , depuis 1842 jusqu'en mai 1854, la compression a été mise en usage 163 fois. Douze fois elle n'a pas été tolérée et j'ai démontré que presque toujours, si non toujours, on n'avait pas fait tout ce qu'on pouvait faire pour la rendre supportable et pour en assurer le succès. Restent 151 cas où la compression a été appliquée avec assez de persévérance pour qu'on ait pu en étudier les effets.
11 faut encore en retrancher 24 cas où la compression a échoué, parce qu'elle a été appliquée d'une manière vicieuse ou inopportune. Ces faits sont instructifs à plus d'un titre, maïs n'ont aucune valeur pour celui qui cherche à apprécier le degré d'efficacité de la compression.
Après cette double élimination , le nombre des faits probants se réduit à 127. Les résultats que la compression a fournis dans ces 127 cas nous donnent une idée approximative de ceux qu'elle est appelée à fournir à l'avenir, lorsque tous les chirurgiens seront familiarisés avec elle et l'appliqueront convenablement.
Sur ces 127 cas, la compression a été efficace 116 fois, c'est-àdire dans une proportion de plus de 91 pour 100. Onze fois seulement elle est demeurée inefficace et tout porte à croire que 6 fois, parmi les faits de cette dernière catégorie, l'insuccès de la compression a été dû à l'influence défavorable d'une idiosyncrasie