CONCLUSION
particulière mise en évidence par les résultats de la ligature ultérieure.
La mortalité, clans ces 127 cas, ne s'est pas élevée à 5 pour 100. Il n'y a eu, en eflél, que six morts imputables au traitement : quatre ont été consécutives à la compression seule (nos 10, 18, 26 et 80), et deux à la ligature ultérieure (nos 101 et 73).
Enfin, sur les quatre cas de mort produite par la compression seule, il n'y en a qu'un dont on puisse accuser cette méthode (n° 18, érysipèle développé sous la pelote). Quant aux nos 10, 26 et 80, qui sont morts par suite de l'oblitération de leur anévrysme, ils seraient, morts, à plus forte raison, si on les eût soumis à la ligature, ainsi que le démontre la nature des accidents qui les ont emportés.
Après ce qui précède, il serait superflu d'établir un long parallèle entre la compression et la ligature. La première de ces méthodes, lorsqu'elle est convenablement appliquée, réduit la mortalité à moins de 5 pour 100; tandis que la seconde, d'après les statistiques les plus favorables , la porte au delà de 25 pour 100. Cette seule considération doit suffire pour fixer à jamais sur la compression la préférence des chirurgiens. Celui qui, clans l'état actuel des choses, traiterait d'emblée par la ligature un des anévrysmes qui se prêtent à l'emploi de la compression , ferait acte d'ignorance ou d'inhumanité , et serait inexcusable dans les deux cas. Ajoutons à cela que la compression est moins effrayante pour les malades; qu'elle les guérit plus promptement que la méthode d'Anel; qu'elle réduit au minimum les chances de la coagulation passive, qu'elle n'expose ni aux inflammations phlegmoneuses , ni aux hémorrhagies consécutives, ni aux abcès du sac, ni à la gangrène du membre, accidents qui torturent, estropient ou muLilent si souvent les opérés assez heureux pour survivre à la ligature; ajoutons enfin que les récidives sont probablement plus rares, et, à coup sûr, aussi rares après la compression qu'après l'opération pratiquée suivant le procédé de Hun ter, et nous arrivons à cette conviction que la compression est supérieure à la ligature non-seulement sous le rapport de l'innocuité, mais encore sous tous les autres rapports.
Je me trompe ; il y a une circonstance qui déposerait en faveur de la ligature , si la science pouvait tenir compte de l'amourpropre et de la paresse des chirurgiens : la ligature est une opération éclatante, rapide, et propre à remplir les spectateurs d'admiration. Lorsque le vaisseau est convenablement lié, le chirurgien a presque fini sa tâche; sa conscience est tranquille; il n'est plus comptable de ce qui adviendra plus tard : que son malade meure ou qu'il guérisse , sa responsabilité est à couvert. Combien est plus délicate la position de celui qui a recours à la compression indirecte ! Ici, il n'y a plus de gloire à acquérir; au lieu d'une opération théâtrale, et faite une fois pour toutes, ce sont des manœuvres simples, lentes, assidues, et rebutantes par leurs détails minutieux. Mille incidents peuvent survenir, et les obstacles qui en résultent ne peuvent être levés qu'à l'aide d'une attention incessante , d'une habileté soutenue , et d'une connaissance approfondie de toutes les faces de la question. Et avec tout cela , la crainte de ne pas réussir, et l'idée que la plupart des insuccès et des accidents de la compression peuvent être rejelés sur la faute des chirurgiens, et l'incertitude qui s'empare de l'esprit au moment où on va renoncer à une compression qu'on croit inefficace, et où on se demande si on a bien fait tout ce qu'on pouvait et devait fait pour soustraire les malades aux chances aventureuses de la ligature! Quelle responsabilité! quelle préoccupation.! et comme on s'explique bien la répugnance avec laquelle de très-habiles chirurgiens ont accueilli la renaissance de la compression indirecte !
Ces hésitations pouvaient avoir leur raison d'être il y a quelques années, et méritaient peut-être certains ménagements, lorsque la supériorité de la compression n'était pas encore établie sur des preuves irrécusables. Aujourd'hui il n'en est plus de même. Les faits ont parlé; le doute n'est plus permis. Il faut que la compression , dans le traitement des anévrysmes des membres , remplace désormais la ligature, comme la ligature, à la fin du dernier siècle, a remplacé l'opération par l'ouverture du sac. C'est un devoir pour tout chirurgien digne de ce nom, de faire profiter les malades des immenses bienfaits de la nouvelle méthode, et de commencer par l'étudier, jusque dans ses moindres détails.
Cette étude était inaccessible jusqu'ici à la plupart des lecteurs
français. II n'existait, dans notre langue, aucune monographie sur ce sujet important, que nos livres classiques ont à peu près complètement passé sous silence. J'ai voulu combler cette lacune , et mon but sera atteint si j'ai réussi à épargner aux chirurgiens de mon pays une partie des veilles que ce travail m'a coûtées.