RÉFUTATION DE PLUSIEURS HYPOTHÈSES
à-dire au niveau de l'origine de la carotide primitive du même côté.
Le fait d'A. Cooper me semble donc rentrer dans la catégorie de ceux que M. Bérard a décrits. Mais même en l'interprétant comme l'a fait Hogdson, il est simplement étranger à la question en litige. Il ne s'agit pas de savoir en effet si l'anévrysme d'une énorme artère peut faire oblitérer une artère quinze ou vingt fois plus petite qu'il rencontre et qu'il comprime en se développant. Il s'agit de savoir si un anévrysme peut posséder une force d'expansion suffisante pour supprimer le passage du sang dans sa propre artère. La même fin de non-recevoir s'applique au troisième fait que Hogdson a invoqué à l'appui de sa théorie.
Ce troisième et dernier fait est plus nul encore que les deux précédents. Un gros anévrysme de l'aorte ascendante avait détruit la partie supérieure du sternum , et remontait jusqu'au menton. Le malade mourut par suite de la compression de l'œsophage et de la trachée. L'artère sous-clavière était oblitérée depuis son origine jusqu'à la naissance de l'artère thyroïdienne inférieure. Hogdson ne manqua pas d'attribuer cette oblitération à la pression que l'anévrysme de l'aorte avait exercée sur le tronc de la sous-clavière. — Pure hypothèse que réfute suffisamment la suite de l'observation. « L'artère sous-clavière gauche, aussitôt a après son origine, était dilatée sous la forme d'une tumeur qui « ressemblait beaucoup à une grosse châtaigne. — Ce petit ané- « vrysme était presque rempli par des couches de coagulum, et « l'artère sous-clavière gauche , depuis l'endroit où elle sortait a de ce petit sac était entièrement fermée par une substance « ligamenteuse consistante. Les artères vertébrale, mammaire in- « terne et intercostale supérieure étaient très-contractées et rem- « plies d'une substance semblable (1). » En d'autres termes, le malade avait eu deux anévrysmes parfaitement distincts l'un de l'autre. Le premier occupait l'aorte ascendante et avait déterminé Ja mort; le second, situé plus loin, non sur l'aorte, mais sur l'origine de l'artère sous-clavière , était un anévrysme fusiforme oblitéré spontanément par des caillots fibrineux. Le dépôt de la fibrine avait rempli en même temps le tronc de la sous-clavière ,
(1) IIODGSON. LOC. Cit., 19e obg,, p, 150.
depuis son origine jusqu'à la naissance de la thyroïdienne inférieure. Il n'y avait rien là que de très-naturel ; ce phénomène est même tellement commun que M. Bérard, se basant sur un grand nombre d'observations, a pu croire qu'il se produisait inévitablement dans tous les cas de ce genre (1). Le troisième fait d'Hogdson n'a donc aucune valeur.
Il est inutile, je pense, d'insister plus longtemps pour réfuter une théorie qui repose sur des bases aussi fragiles. Quant au mécanisme invoqué par A. Cooper, il ressemble tellement au précédent qu'on est presque autorisé à le rejeter du même coup. Mais il y a une autre circonstance qui explique l'erreur de ceux qui l'ont admis. Lorsqu'un anévrysme se rompt sur les téguments, les tissus , au sein desquels le sang fait une prompte irruption , ne tardent pas à s'enflammer. Très-souvent les malades succombent; lorsqu'ils survivent, ils conservent en général une tumeur pulsalile plus volumineuse qu'auparavant; mais quelquefois aussi les battements s'arrêtent, et la guérison peut être ainsi obtenue. On a attribué ce résultat à la compression que le sang épanché exerce de toutes parts sur l'artère. Ce serait acceptable si celte compression existait seule ; mais l'épanchement s'accompagne d'un travail inflammatoire qui est bien capable à lui seul d'expliquer la guérison. C'est ce qui eut lieu dans le cas unique cité par M. Crisp (2). Un anévrysme inguinal se rompit sous les téguments; la cuisse se gonfla et devint douloureuse, l'anévrysme cessa de battre seulement le quatrième jour, c'est-à-dire lorsque l'inflammation fut arrivée à son apogée.
Si j'insiste tant sur la réfutation de l'hypothèse qu'ont adoplée successivement Ev. Home , Hodgson , A. Cooper, et tous les auteurs modernes , c'est d'abord parce qu'elle est fausse ; ensuite et surtout parce qu'elle a exercé une déplorable influence sur la thérapeutique des anévrysmes. On est parti de là pour supposer que la méthode de la compression indirecte agissait en faisant oblitérer les artères dans le point où on appliquait la pelote ; on en a conclu que celle-ci devait agir avec une grande force pour froisser les parois artérielles, pour les mettre en contact intime,
(1) Voy. plus haut, p. 139.
(2) Crisp. On Diseascs of (lie Blood'Vessets. Lond., 18Ï7, in-8°, p. 178.