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CHAPITRE XIII

Au moment de parler pour la première fois de la compression appliquée au traitement des anévrysmes, il ne sera pas déplacé de caractériser en quelques mots les principales méthodes dans lesquelles on fait intervenir les moyens compressifs. Ces méthodes, très- différentes les unes des autres, ont, pendant longtemps, porté le nom commun de traitement par la compression, et ce n'est pas un mince embarras pour ceux qui font des recherches bibliographiques.

On doit distinguer d'abord la compression médiate, qui s'applique sur la surface des téguments, de la compression immédiate, qui s'applique dans le fond d'une plaie ou d'une incision préalable.

La compression immédiate peut être appliquée au niveau même de l'anévrysme, ou , sur l'artère dénudée, à quelque distance de

(1) Larrey. Clinique chirurgicale. Paris, 1829, T. 111, p. 139, 149, 154 et 156.

la tumeur. Eu d'autres termes, elle peut être directe ou indirecte.

Directe, elle constitue simplement un procédé, et un procédé très-défectueux, de la méthode de l'ouverture du sac. Quelques chirurgiens du dernier siècle, après avoir incisé l'anévrysme, s'opposaient à l'hémorrhagïe en appliquant directement et immédiatement sur l'orifice de l'artère des rondelles d'agaric ou des boulettes de papier mâché, qu'ils soutenaient ensuite par des compresses graduées et par un bandage suffisamment serré. Il est clair que je n'ai pas à revenir ici sur ce procédé, dont j'ai dit quelques mots en parlant de la méthode d'Antyllus.

La compression immédiate indirecte n'est qu'un procédé de la méthode dite de la ligature. Au reste, la ligature elle-même n'est, à proprement parler, qu'une compression immédiate circulaire. Ce que j'ai à en dire trouvera sa place dans le chapitre de la Méthode d'Anel.

Aujourd'hui , la compression immédiate ne porte plus le nom de compression; on la fait rentrer, à juste titre, dans les deux méthodes de la ligature et de l'ouverture du sac; mais il n'en était pas de même il y a cinquante ans, et celui qui ignorerait cette circonstance s'exposerait à commettre bien des confusions bibliographiques.

Je préviens une fois pour toutes que, lorsque je dirai simplement compression , cela désignera i'une des méthodes de la compression médiate.

La compression médiate comprend trois méthodes, qui sont : la compression directe , la compression indirecte et la compression générale du membre.

La compression directe s'exerce sur la tumeur.

La compression indirecte s'exerce sur le tronc artériel, soit audessus , soit au-dessous de la tumeur.

La compression générale du membre n'a pas besoin d'être définie. Je dois dire seulement qu'elle peut se pratiquer de deux manières : tantôt elle consiste dans l'application d'un bandage qui commence à l'extrémité du membre et qui remonte jusqu'audessus de l'anévrysme. Ce bandage, en passant au niveau de la tumeur, exerce sur elle une compression directe. Il ne s'adresse pas aux troncs artériels; il a pour but seulement, tout en

comprimant la tumeur, de s'opposer à l'engorgement passif du membre. La compression générale, ainsi pratiquée, rentre dans l'étude de la compression directe.

D'autres fois, au contraire, le bandage est construit de telle sorte qu'il exerce à la fois une compression directe sur l'anévrysme et une compression indirecte sur le tronc artériel. Cette modification de la compression générale constitue le procédé de Guattani; elle agit tantôt comme la compression directe, et tantôt comme la compression indirecte. Elle est abandonnée aujourd'hui et n'offre plus qu'un intérêt historique. Je ne m'en occuperai donc pas ici; mais je me réserve de lui accorder l'attention qu'elle mérite lorsque j'écrirai l'histoire de la compression indirecte (1).

Après ces ^explications générales, je vais étudier la compi'ession médiate directe, ou, plus simplement, la compression directe.

La compression directe est fort ancienne, et, si quelque chose a lieu de nous étonner, c'est qu'elle ne soit pas plus ancienne encore. Il est hors de doute que cette méthode a dû se présenter avant toutes les autres dans le traitement des plaies artérielles, et qu'elle a dû être inventée avant même qu'il y eût des chirurgiens. De la plaie artérielle à l'épanchement sanguin (anévrysme faux primitif) , et de l'épanchement sanguin à l'anévrysme enkysté, la transition est si insensible, que les premiers chirurgiens ont certainement été conduits à appliquer au traitement des anévrysmes traumatiques une méthode qui guérit si souvent les blessures des artères.

On ne trouve cependant aucune mention de la compression directe dans les écrits des anciens. Est-ce parce qu'on aurait craint de faire rentrer clans les vaisseaux le sang vicié de l'anévrysme? C'est possible; mais j'ai peine à croire que cette méthode n'ait pas été essayée instinctivement, ne fût-ce que par les malades eux-mêmes; et, si elle amis tant de temps à trouver place dans la chirurgie, il ne faut en accuser que son peu d'efficacité.

Les auteurs qui confondent les anévrysmes avec les plaies ar-

(1) Voy. plus loin , chapitre XIX , § 1, période italienne.

térielles ont attribué à Galien l'invention de la compression directe (1). Ils auraient pu remonter aussi bien jusqu'à Hippocrate (2). Il est vrai que Galien cite un cas où cette compression a pleinement réussi à guérir une piqûre récente de l'artère humérale au pli du coude , et qu'il décrit avec soin le bandage qu'on doit appliquer en pareil cas (3) ; mais, parmi les anciens, je ne trouve aucun auteur qui ait parlé de traiter par la compression les anévrysmcs proprement dits.

Cette méthode est indiquée pour la première fois par les Arabes. Avicenne, dans son chapitre De fluxu sanguinis, parle de l'anévrysme, qu'il appelle emborisma, et ajoute incidemment: quod possibile est quiescere cum compressions (h). Il est digne de remarque qu' Avicenne n'indique aucun autre traitement. Quiescere désigne-t-il une guérison ou une palliation pure et simple ? Pour répondre à cette question , il faudrait consulter le texte arabe, ce que je n'ai pas fait, et pour cause.

Le texte de Guy de Chauliac est beaucoup plus précis (5) :

« Sa curation (il s'agit de l'anévrysme) est doublement faicte : « l'vne des manières est, compression faict auec vn emplastre « astringent et la ligature à mode de rompure. » Suit la description de la seconde manière, c'est-à-dire de l'ouverture du sac, avec une de ces grossières fautes d'histoire qu'on commettait si volontiers au xiv° siècle.

Ainsi , du temps de Guy de Chauliac , la compression directe avait bien réellement pour but de guérir les anévrysmes. L'emplâtre astringent ne faisait sans doute pas grand'chose ; mais, ce qui était beaucoup plus efficace, c'était une ligature à mode de rompure, c'est-à-dire un bandage semblable à ceux qu'on appliquait alors sur les hernies (6).

(1) Scarpa. Réflexions et observ.sur l'anévrysme, trad. Delpech. Paris, 1809, p. 361, ch. XI, § U.

(2) Hippocrate. De uleeribus, § 12. Ed. Van der Lindcn. Naples, 1757, in-4°, p. 290.

(3) Galien. Metliodus medendi, lib. V, cap. III , IV et VII. Ed. Froben. Bàle, 1549, info!., T. VI, col. 118, C, et col. 123, E.

{!*) Avicenne. Lib. IV, Feu. IV, Traci. II, Cap. XVI, trad. Alpago. Bâle, 1556, in-fol., p. 872, F.

(5) Guy de Chauliac. Edit. Laurent Joubert, Traiclé II, Doct. II,Chap. IV. Tournon, 1611, in-8°, p. 173.

(6) Rompure, en latin viipltira, signifie hernie. Les brayers dont on se servait alors se composaient d'une pelote maintenue par une courroie.

Après Guy de Chauliac, le seul arabiste qui fasse mention de la compression est Léonard Bertapaglia , qui ne parle évidemment que d'après Avicenne. Les admirateurs du moyen âge ne seront pas fâchés de trouver ici le texte même de Bertapaglia, qui était, comme on le sait, un des chirurgiens les plus illustres du xve siècle :

« Multotiens accidit quod artaria disrumpitur absque quod

« disrumpatur illud quod est supra ipsam Ex flobotonria apo-

« risma est apostcma lene ex sanguine et cum ventositate quod « possibile est quiescere cum compressione (1). » Le style est h la hauteur de l'orthographe. Il n'est pas inutile d'ajouter que aporisma vient de aneurysma en passant par emborisma. Ainsi se dégradaient à la fois le langage et la science. Il était temps, en vérité, que le moyen âge finît.

On voit, d'après cela, combien Sprengel a été mal inspiré lorsqu'il a attribué l'invention de la compression directe à Jean de Vigo (2). Par un malheur singulier, il se trouve que Vigo n'a pas dit un mot de l'anévrysme. Dezeimeris a relevé cette erreur; mais il en a commis une autre en accordant la priorité à l'abbé Bourdelot (3). Le fait est que depuis la Benaissance on n'avait pas cessé de traiter les anévrysmes par la compression. Les uns, comme Paré, Wiseman , Sennert (U) , ne l'employaient que comme moyen palliatif; les autres, tels que Tulpius, Pilas, Barbette, Lazare Bivière (5), en attendaient une cure radicale. Tulpius avait ainsi guéri sans retour un anévrysme de la main ; Bivière et Pilas, des anévrysmes du pli du coude. On avait encore un succès de Fabrice de Hilden, mais, lorsque le chirurgien

(1) Bertapaglia, lib. II, De Vulneribus , cap. XX.— Dans la collection des Arabistes publiée par Locatelli. Venise, 1498, in fol., p. 249, recto, col. 2.

(2) Sprengel. Hist. de la midccine, trad. fr. Paris, 1815, in-S°, T. VII, p. 337.

(3) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, T. III , p. 07 ( 1833).

(4) Les Œuvres d'Ambroisc Paré. Paris, 1614, in-fol., p. 285, liv. VII, chap. XXXIV (plaque de plomb). — Richard Wiseman. Chirurgical Treatises. Lond. , 1734, in 8% Vol. I , Book I , Chap. XVI (la lre édit. est de 1676). — Sennert. Practica medica , lib. V, pars I, cap. XLII (Wïttemberg, 1634). — Dans Opéra omnia. Lyon, 1650, in-fol., T. III , p. 308. Sennert repousse toute opération, et n'admet d'autre traitement que la compression directe.

(5) Nie. Tolpius. Observât, medicœ (1641), lib. IV, cap. XVII. Leyde , 1739, in-8", p. 304.— Joh. Pilas. Miscell. Acad. nat. curiosorum. Iena, 1671, in-4°, obs. CVI1I, p. 180.— P. Barbette. Clùrurgia. Leyde, 1672, in-12, p. 157, pars II, lib. I, cap. XVI. — Lazare Rivière. Opcra medica universa. Lyon, 1679, in-fol., p. 525, col. 1, cenlur. III, obs. XLI1I. L'observation est de l'année 1644.

appliqua la compression , l'anévrysme avait déjà cessé de battre (1). Ce fait, par conséquent, n'était pas démonstratif.

Quoi qu'il en soit, la compression directe prit un nouvel essor à partir de 1681 , lorsqu'on connut la célèbre observation de Bourdelot : celui-ci avait imaginé, pour se guérir d'un anévrysme traumatique du coude, un bandage particulier connu plus tard sous le nom de ponton. La guérison n'avait été complète qu'au bout d'un an (2) ; mais la position éminente du malade (que M. Porter, par parenthèse, a pris pour le célèbre Bourdaloue !) (3) donna à cette observa lion un grand retentissement. On commençait d'ailleurs à ouvrir les yeux sur les dangers de l'ouverture du sac ; on était môme porté à les exagérer, car depuis la découverte de la circulation du sang, on croyait que l'oblitération artérielle devait presque infailliblement produire la gangrène. Il était donc naturel qu'on accueillît avec faveur une méthode plus douce qui promettait de guérir les anévrysmes sans faire oblitérer les artères.

En même temps que Bourdelot , Boyer publia un autre fait analogue qui remontait déjà à une quinzaine d'années (h). Bientôt Bommelius fit connaître un autre succès (5). La compression directe entra ainsi dans la pratique et on ne s'occupa plus que de la perfectionner.

Bien que Guy de Chauliac eût clairement parlé d'un appareil semblable aux bandages herniaires , on n'avait employé depuis lui que des compresses graduées recouvertes ou non d'une plaque de métal , et serrées par de simples tours de bandes. Le ponton de Bourdelot ressemblait fort aux brayers du xiv siècle; c'était une pelote fixée par deux courroies ; seulement cette pelote était creusée d'une demi-gouttière parallèle à la direction de l'artère (6). On espérait ainsi comprimer l'anévrysme

U) Fabrice de Hilden. Obseru. chirurg., cent. III, obs. XLIV. Francfort, 1649, in-fol.,

(2) Bourdelot. Lettre à Blègny, rédacteur du Journal de médecine, T. IU , p. 127 de ce recueil, mais 1681, reproduite dans Planque, Bibliothèque de médecine, ai t. Anévrysme, T. II , p. 481. Paris , 1749 , in-4°.

(3) Porter. Ubscrv. on Aneurism. Dublin, 1839-1840, in-8°, p. 104.

(4) Blêgny. Zodiacus mcdico-gallicus, mars 1681, 3e observ., T. III, p. 42.

(5) Miscellanca curiosa medico-physica, DccasII, an. VII, 1688, in-4°, p. 390, obs. CCVJII.

(6) Le ponton est représenté dans le Cours d'opération de Dionis, fig. 44, A, B,C. Bruxelles, 1608, in-8°, p. 477, et p. 481 pour la description.

sans aplatir le vaisseau, et guérir la tumeur sans porter atteinte à la circulation. — Cette forme de la pelote était parfaitement inutile et fut bientôt abandonnée. Puis on éprouva le besoin de communiquer à la pelote des mouvements indépendants , et on imagina dans ce but un grand nombre d'appareils que je me garderai bien de décrire en détail. Presque tous se composaient d'une partie extérieure fixée autour du membre à l'aide de courroies, et d'une pelote mise en mouvement par une vis. 11 est juste de dire que déjà , au milieu du xvir siècle , Scultet avait imaginé , pour arrêter les bémorrbagies des artères du poignet, un instrument fort remarquable pour l'époque. Une étroite plaque de métal, mise en jeu par une vis, et supportée par un large brassard métallique, descendait sur l'artère ouverte, qu'elle comprimait énergiquement sans gêner la circulation dans les autres vaisseaux (1). Il ne s'agissait que d'appliquer cette idée a la compression des anévrysmes. Heister donna le signal. Il imagina un demi-cercle de fer fixé autour du coude par deux courroies et supportant une pelote articulée, mue par une vis (2). Senff fit construire un instrument plus simple , mais plus défectueux, qui a cependant joui d'une grande célébrité (3). Ce nouveau compresseur fut plus tard modifié par Hagemeier, au dire d'Ernest Platner, qui parle en même temps d'un très-mauvais appareil imaginé par Acrel (k). L'instrument de Vallant , de Lyon , était bien supérieur au précédent. C'était un anneau métallique qui jouait librement autour du coude et qui était percé d'un écrou pour le passage de la vis de pression. Le Ring tourniquet des modernes diffère à peine de cet appareil, aussi simple qu'ingénieux. Il serait possible que Foubert fût l'inventeur du compresseur annulaire; il dit s'en être servi en 1732; mais il ne l'a

(1) Sccltet. ïi'Atrenaldc chirurgie, trad. Deboze. Lyon, 1675, in--'i°, p. A7, Tab. XV11I, fig. &..

(2) Heister. Institutiones chirurgicœ. Amsterdam, 1739, in-4°, T. I, p. 651, Tab. XI, fig. 8 et 9. La lre édit. allemande est de 1718.

(3) Senff, dansZicH. Platner, Institutiones ckirurgiœ rationalis, § M2. Leipsick, 1758, in -8°, p. 228 et Tab. II, fig. 10. La lre édit. est de 1745. L'appareil de Senff, légèrement modifié par Plenck , fui accepté en 1807 par Frcer, qui proposa de l'appliquer au traitement des anévrysmes par la compression indirecte. Voy. plus loin chap. XIX, $ 1, fig. 15,1a représentation de cet instrument célèbre, et lisez en note l'origine des corruptions étranges qu'un a fait subir au nom de Senff.

(&) Ernest Platner. Sitpplementa in Zac. Platn. Insiit. Leipsick, 1773, in-S", p. 87 et 88.

fait connaître qu'en 1753 (1), tandis que l'auteur d'une thèse soutenue à Paris en 1750 en fait honneur à \ allant (2). Au surplus, cela importe assez peu.

Jusqu'alors on ne s'était occupé que des anévrysmes du pli du coude. Foubert annonça en terminant son mémoire qu'il avait fait construire des compresseurs annulaires pour le bras et pour la cuisse. En 1768, Arnaud, réfugié à Londres pour ses méfaits (3), fit connaître deux nouveaux compresseurs pour la cuisse et pour le jarret (4), Plus tard, Ravaton imagina à son tour deux appareils destinés l'un à l'anévrysme du pli du bras, et l'autre à l'anévrysme de la partie supérieure de l'axillaire (5). On finit ainsi par avoir des compresseurs pour la plupart des anévrysmes externes.

Malgré cette grande richesse instrumentale , il ne paraît pas que la compression directe ait fourni beaucoup de succès. Aussi commença-t-on à l'abandonner dès que les progrès de l'anatomie et de la médecine opératoire eurent diminué les difficultés et les périls immédiats de l'ouverture du sac. La méthode compresshe était donc bien près de disparaître, ou plutôt d'être reléguée au nombre des moyens palliatifs , lorsque Guattani lui fit subir d'importantes modifications, en combinant la compression directe avec la compression indirecte. Je ne crois pas devoir parler ici de ce nouveau procédé , qui se rattache surtout à l'histoire de la compression indirecte , et qui sera étudié dans un autre chapitre. Depuis Guattani la compression directe, soit seule, soit combinée à la compression indirecte, soit combinée à la compression générale du membre, a été appliquée bien des fois ; elle a fourni quelques succès, mais elle a provoqué de nombreux accidents. Cette méthode aurait peut-être survécu si elle n'eût eu d'autre rivale que l'ouverture du sac, mais elle n'a pu supporter le parallèle avec la ligature, et la plupart des praticiens y ont maintenant renoncé.

(1) Mèm. Acad. de chirurgie, T. II , p. 5^1 et 5Wt. Paris, 1753, in-4°.

(2) Franc. Thierry. Questio medico-chirurg., praeside Hazou. Paris, 1750, in-V, dans Haller , Diaputalioncs clrirurg. Lausanne, 1756, in-4", T. V, p. 216.

(3) Voy. sur l'exil d'Arnaud , le Journal de chirurgie de Malgaigne, 1845, T. III, p. 191. (4; Arnaud. Mémoires de chirurgie. Londres, 1768, in-4°, T. I, p. 186 et p. 193, pi. IV

(5) Ravaton. Pratique moderne de lu chirurgie. Paris. 1776, in-12, édit. Sue, T. lli p. 517 et 522, pi. XVUI et XIX.

MODE d'action. 275

Avant de nous demander si cette proscription est suffisamment justifiée, étudions les effets et le mode d'action delà compression directe.

On a proposé d'employer cette méthode tantôt comme moyen palliatif, afin d'arrêter ou de ralentir le développement des anévrysmes, tantôt comme moyen curatif. Dans le premier cas, on se contente de fixer au niveau de la tumeur une plaque de plomb qui se moule sur la surface du membre; clans le second cas, on exerce une pression plus énergique, à l'aide d'une pelote ou de compresses graduées, dont l'action se concentre presque exclusivement sur la tumeur anévrysmale.

La compression palHutive s'oppose effectivement à l'ampliation que le sac pourrait prendre du côté de la surface du membre; mais elle n'arrête pas pour cela les progrès de la tumeur, qui continue à se développer librement dans les autres directions. Il est très- douteux qu'elle retarde la marche de l'anévrysme, et elle a l'inconvénient de favoriser les ravages qu'il tend à exercer sur les parties profondes, muscles, nerfs, os et articulations. En outre, elle empêche la peau de fuir devant les pulsations du sac, accélère ainsi le moment où la tumeur devient adhérente aux téguments, et semble, par conséquent, de nature à provoquer la rupture de l'anévrysme à l'extérieur. Je n'hésite pas à la rejeter entièrement.

La compression curative, exercée avec assez de force pour vider le sac et pour empêcher le sang d'y rentrer, n'expose pas A ces inconvénients, mais elle en présente plusieurs autres.

Si la tumeur est petite, régulière, superficielle et peu éloignée du squelette, il suffit d'une pression modérée pour la maintenir réduite. Les anévrysmes commençants du pli du bras présentent en général ces conditions favorables. La compression directe s'applique alors sans difficulté et est presque toujours supportée sans accidents. Roux cite cependant un cas où cette compression, quoique peu serrée, produisit sur la tumeur une eschare qui fut suivie d'hémorrhagie (1). Il est assez rare qu'il en soit ainsi; le plus souvent la compression est inoffensive; mais on a

^1) I\odx. Quarante aimées de pratique chirurgicale, T. il, Malad. des artères, p. 77, 9« obs. Paris , 1855 , in-8°.

remarqué qu'elle ne produisait ordinairement aucun résultat durable, la tumeur tendant à reprendre tous ses caractères dès que le membre est remis en liberté.

Dans le cas qui précède, la compression n'a d'autre inconvénient que d'être peu efficace. Il n'en est plus de même lorsque l'anévrysme est volumineux ou profond, et lorsqu'il est nécessaire de recourir à une striction considérable pour empêcher le sang d'y pénétrer. C'est alors surtout qu'on observe de nombreux accidents, faciles à prévoir, du reste. La douleur rend trèssouvent la compression Intolérable. Les cbairs froissées ont la plus grande tendance à s'enflammer et à se spbacéler. Il est rare, d'ailleurs, quel que soit le moyen employé, qu'on arrive a vider entièrement la tumeur. La circulation continue encore dans l'anévrysme ; le sac, simplement aplati, ne cesse pas de se développer en largeur; souvent la poche, ainsi comprimée, se rompt latéralement et donne lieu à de graves épanchements dans le tissu cellulaire. Eniin , on ne peut exercer une compression énergique sur toute la surface d'un anévrysme volumineux sans gêner à un haut degré la circulation collatérale et sans exposer à la gangrène la partie inférieure du membre. Tous ces accidents n'ont été que trop souvent constatés, et ils ont suffi pour jeter un discrédit presque complet sur la méthode de la compression directe.

Il n'est pas douteux, cependant, que, même dans ces conditions défavorables, quelques malades ont pu être guéris; mais il est rare que la guérison des anévrysmes volumineux puisse être attribuée à la seule compression directe. Le plus souvent on y a joint la méthode de Valsalva, ou la compression indirecte suivant le procédé de Guattani.

Quoi qu'il en soit, il suffit que la compression directe réussisse quelquefois pour qu'il soit intéressant d'étudier le mécanisme suivant lequel elle agit.

Le but des chirurgiens arabes était simplement de condamner la tumeur au repos. Emborisma quod possibile est quiescere cum compressione (Avicenne). Au xvir siècle, on avait la prétention de faire revenir l'artère dilatée à son état primitif, par une rétraction pure et simple : Tunicœ laxatœ et expansée in pristinum suum station restûutœ fuërimt et patiens ab omni mali meta liber

evasit (1). On s'explique difficilement comment Rommelius a pu s'exprimer ainsi à propos d'un anévrysme traumatique qui n'était évidemment dû ni au relâchement ni à l'expansion des tuniques artérielles. Quoi qu'il en soit, l'auteur avait pour but de guérir l'anévrysme sans oblitérer le tronc artériel.

Telle était aussi l'intention de Bourdelot, puisqu'il avait ménagé sur sa pelote compressée une demi-gouttière parallèle à la direction de l'artère iiumérale, atin de comprimer la tumeur sans intercepter la circulation dans ce vaisseau. Tous ceux qui appliquaient alors la compression directe croyaient qu'elle guérissait les anévrysmes en respectant toujours le calibre de l'artère adjacente. On en doutait si peu que Brisseau, pratiquant l'autopsie du corps de Bourdelot , d'après une clause du traitement de l'illustre défunt, n'eut pas même la curiosité de regarder dans quel état était l'artère Iiumérale au pli du coude.

Parmi les auteurs du xvnr siècle, il en est bien peu qui se soient expliqués catégoriquement sur le mode d'action de la compression directe. Cependant, lorsqu'on lit les observations publiées à cette époque, on arrive bientôt à reconnaître qu'on acceptait partout la théorie suivante : La compression refoule le sang dans l'artère ; le sac reste vide. S'il s'agit d'un anévrysme vrai ou par dilatation, le sac revient sur lui-même, recouvre peu à peu sa tonicité perdue, et l'artère finit par redevenir exactement ce qu'elle était auparavant. S'il s'agit d'un anévrysme faux ou par épanchement, les bords de la plaie artérielle se cicatrisent à la longue, et l'ouverture se referme soit par une cicatrice ordinaire, soit par un caillot solide qui finit par s'organiser (2). Dans tous les cas, l'anévrysme guérit d'une manière complète, et l'artère conserve sa perméabilité.

Arnaud, qui connaissait l'existence des concrétions anévrysmales spontanées, ajouta quelques détails à la théorie reçue. Suivant lui, la compression, après avoir fait rentrer dans l'artère le sang liquide, repoussait la partie coagulée dans l'orifice de l'anévrysme et l'y maintenait fixée jusqu'à ce que le bouchon ar-

(1) RojiiiELics , dans Miscellan. curiosa vieil, plujsica, 1688, in-Ji", ois. CCV1U , y. 301. '2) J.-ï.. Petit. Mém. Acad. des sciences, 5e menu sur les hémorrluiçics, 1735, édition in-12 de Hollande, T. II, p. 601.

tificiel y eût contracté des adhérences solides (1). Du reste, il pensait, comme tout le monde, que l'artère demeurait constamment perméable.

Loin de compter sur les caillots de l'anévrysme pour obturer l'orifice du sac, Guattani les considérait au contraire comme un obstacle à la cicatrisation; la compression, à ses yeux, avait pour but de résoudre les caillots, de les rendre liquides, et de leur permettre de rentrer dans l'artère, traciu temporis paulatim in sérum converso, et ad permeandum idoneo reddito sanguineo grumo (2). Guattani explique ailleurs, en parlant d'un volumineux anévrysme du jarret, pourquoi la compression ne pouvait guérir cette tumeur que fort lentement : in hoc aneurysmate , ob voluminis amphtudinem longius requiri temporis spatium , ut polyposa sanguinea massa dissolveretur (3). Cette théorie étrange n'empêchait pas les malades de Guattani de guérir à la faveur de ces mêmes caillots qu'il avait la prétention de faire dissoudre; l'un d'eux même conserva après sa guérison une tumeur grosse comme une châtaigne , et tellement dure qu'elle ressemblait à une exostose, exostosim mcntiebatur (/*).

On se demande comment Guattani n'a pas été frappé par l'évidence de ce fait. Quoi qu'il en soit , pour lui comme pour tous ses contemporains, la compression directe devrait sa supériorité à l'état de perméabilité où elle laissait l'artère, circonstance qu'on croyait propre à écarter les chances de la gangrène.

Mais l'anatomie pathologique ne tarda pas à reconnaître que, contrairement à toutes les théories reçues , la compression directe déterminait le plus souvent l'oblitération du tronc artériel au niveau de l'anévrysme.

D'un excès on tomba aussitôt dans l'excès opposé : Flajani (5) et Scarpa (6) prétendirent qu'aucun anévrysme ne pouvait guérir sans que l'artère correspondante ne fût complètement oblitérée

(1) Arnaud. Mém. de chirurgie, T. I, p. 190 et 191. Londres, 1768, in-W.

(2) Gcattam. De extcrnis Aneurysmatibus. Rome, 1772, in-ft°, dans la collection de Lauth, De Aneurysmatibus scriptores. Strasbourg , 1785, in-4°, p. 129.

(3) Loe. cit., p. 139.

(4) Loc. cit. , p. 134.

(5) Flajani. Reflessioni generali sopra l'Aneurisma (tel braccio , dans Collezione d'osservazioni e riflessioni di chirurgia. Rome, an VI, in-8°, T. II, p. 55.

(6) Scarpa. De l'anérrysme, trad. fr. par Delpech, voy. surtout chap. VIII, % 1 , p. 218. Paris, 1809, in-8°.

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