‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 68 sur 220 · PREMIER MÉCANISME · texte numérisé non relu

PREMIER MÉCANISME

comme un œuf de poule et occupait l'aine droite : la compression directe l'ut exercée avec un tourniquet à pelote. Au bout de deux mois, la tumeur s'entlamma à un haut degré, devint rouge, douloureuse et grosse comme un œuf d'oie; malgré cela, l'anévrysine ne s'oblitéra pas. On reprit la compression lorsque l'inflammalion fut passée. Celte fois, le malade la supporta sans inconvénient; la tumeur diminua progressivement et disparut peu à peu ; elle conserva ses battements jusqu'à la fin, car on lit dans l'observation qu'au mois de juin 1817 les pulsations disparurent, et qu'à cette époque il n'y avait plus aucun gonflement (1).

Ainsi, il n'est pas douteux que la compression directe peut provoquer l'inflammation des anévrysmes ; cette inflammation présente alors la même marche que les inflammations spontanées, c'est-à-dire qu'elle peut laisser persister l'anévrysme ou en déterminer l'oblitération par des caillots passifs.

La compression directe peut donner des résultats analogues par un mécanisme un peu différent. Il arrive quelquefois qu'elle détermine la rupture de la poche anévrysinale, et que le sang infiltré ou épanché dans le tissu cellulaire devient la cause de l'inflammation. C'est ce qui eut lieu sur un malade de M. Lyman Spalding. In anévrysme de la fémorale avait atteint le volume du poing. Le 1er janvier 1808, on appliqua la compression directe. Le lendemain, la tumeur avait acquis un volume double, elle était très-douloureuse, et avait déjà cessé de battre. Il est clair qu'il y avait eu à la fois rupture du sac, inflammation et oblitération par des caillots passifs. La suite le prouva bien. Au lieu de diminuer, la tumeur s'accrut , sans redevenir pulsatile. Trois mois après, elle s'enflamma de nouveau ; son sommet se couvrit de phlyetènes ; elle avait acquis le volume de la tête d'un enfant {sic). M. Spalding crut, malgré l'absence totale de pulsations, que l'anévrysme était encore perméable , et pour éviter la rupture et l'hémorrhagie, il se décida à pratiquer l'opération par l'ouverture du sac. Il incisa donc la tumeur el en retira environ deux pintes de caillots passifs. Mais quelle fut sa surprise en reconnaissant que l'artère oblitérée ne fournissait pas une goutte de

(t) Med. Cliirurg. Transactions, l.ond. , 1818, vol. IX, p. 2<j.

sang ! Il jugea superflu de lier ce "vaisseau, et il eut tort : l'artère était simplement bouchée.par des caillots passifs qui finirent par se dissoudre et qui laissèrent échapper le sang à deux reprises différentes. Malgré ces hémorrhagies et malgré l'abondance de la suppuration , le malade fut assez heureux pour se rétablir (1). Mais cette observation n'en est pas moins propre à mettre en évidence à la fois les inconvénients de la compression directe , ceux de l'inflammation anévrysmale et ceux de l'oblitération par des caillots passifs.

2° Le second mode d'action de la compression directe est le plus rare des trois. Des couches fibrineuses se déposent successivement dans le sac et finissent par le remplir entièrement comme cela a lieu dans la guérison naturelle. Il semble au premier abord qu'il y ait beaucoup de cas de ce genre dans la science ; mais en y regardant de plus près, on trouve que le plus souvent, sinon toujours, on a joint à la compression directe, soit la méthode de Valsalva , soit la compression indirecte , suivant le procédé de Guattani. Je ne veux pas nier la possibilité d'une semblable guérison, à la suite de la seule compression directe, mais j'avoue que je n'en connais aucun exemple concluant. Il suffit, d'ailleurs, d'y réfléchir un instant pour reconnaître que ce mode d'oblitération doit être bien rare. La compression directe expulse le sang contenu dans le sac, elle empêche la circulation anévrysmale et s'oppose par conséquent au dépôt graduel de la fibrine. Loin de favoriser l'action des autres méthodes, on peut dire qu'elle la contrarie au contraire, et si les malades de Guattani ont obtenu une oblitération fibrineuse, c'est malgré la compression directe qui n'a pas été exécutée avec assez de force pour empêcher le sang de pénétrer dans le sac. Beaucoup de chirurgiens sont disposés à combiner cette méthode avec les autres; on voit tout de suite combien cela est irrationnel. Par exemple, le meilleur moyen de faire échouer la compression indirecte est certainement d'y joindre un bandage cornpressif appliqué sur le sac. J'insiste fortement sur cette circonstance qui rend compte de beaucoup d'insuccès faussement attribués à la compression indirecte.

(1) Journal de Boyer, Corvisart et Leroux, T. XXV, p. BU (nov. 1812).

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