‹ Des anéurysmes et de leur traitementChapitre 76 sur 220 · INCERTITUDE DE LA GALVANO-PUNCTURE · texte numérisé non relu

INCERTITUDE DE LA GALVANO-PUNCTURE

la partie liquide de l'anévrysme : l'autopsie le démontra plus tard. La galvano-puncture manqua donc complètement son but; malgré cela, il survint une inflammation phlegmoneuse du tissu cellulaire ; un abcès se forma sur le trajet de l'une des aiguilles, et le malade succomba sept jours après l'opération (1).

On voit que la galvano-puncture est loin d'être inoffensive. Mais après avoir passé en revue les accidents primitifs ou consécutifs auxquels elle donne lieu, je dois ajouter que ces accidents ne se présentent pas toujours , et que beaucoup d'entre eux ne sont pas un obstacle absolu à la guérison. La galvano-puncture est une méthode défectueuse sous beaucoup de rapports , mais elle a donné bon nombre de succès. Tout permet de croire que des recherches ultérieures, en en perfectionnant l'application, la rendront à la fois plus efficace et moins dangereuse ; et je ne serais pas étonné que tôt ou tard elle ne devînt supérieure à la ligature ; aujourd'hui déjà, elle est presque capable d'entrer en parallèle avec elle ; elle a de plus l'avantage d'être applicable à certains anévrysmes inaccessibles à la plupart des autres méthodes. Au reste, j'apprécierai , dans le dernier chapitre de cet ouvrage , les indications relatives qui résultent du siège spécial des différents anévrysmes.

Un reproche qu'on peut adresser à la galvano-puncture , c'est son peu d'efficacité. Il ne faut peut-être pas en juger d'après les résultats publiés jusqu'à ce jour. Les tâtonnements inséparables du début d'une méthode expliquent bon nombre d'insuccès; malheureusement, on peut dire que ces tâtonnements durent encore : c'est qu'en effet il y a bien des inconnues dans la solution du problème. Il faut trouver d'abord le meilleur mode d'application de l'électricité ; ce n'est pas là le point le plus difficile. Puis il faut déterminer le degré d'intensité des courants, la durée de leur action, l'intervalle qu'on doit mettre entre deux séances lorsqu'on n'obtient pas l'oblitération du premier coup. Or, j'ose dire que sur ces questions épineuses la science n'a pas encore dit son premier mot. Rien ne varie comme les conditions individuelles qui favorisent ou neutralisent l'action immédiate de l'électricité sur le sang. Je me trompe ; il y a une chose qui varie bien plus

(1) Annales de thérapeutique de Rognetta. Paris, 1846, T. IV, p. 385»

W\ (iALVANO-PUNCTURE.

encore : c'est la susceptibilité des tissus chez les divers malades, la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils se laissent sphacéler au contact des aiguilles conductrices, et leur tendance à s'enflammer, par suite de l'irritation galvanique. Deux individus, deux anévrysmes, sont dans des conditions en apparence identiques. La galvano-puncture est appliquée de la même manière, par le même chirurgien , et elle donne cependant des résultats très-différents. La coagulation s'effectuera bien dans le premier cas ; elle manquera tout à fait dans le second. L'un des malades aura des eschares ; l'autre n'en aura pas , et ce sera peut-être celui-ci qui aura à supporter la réaction inflammatoire la plus vive. En un mot , et malgré des recherches nombreuses qui remontent déjà à près de vingt-cinq ans, ce qui arrête encore l'essor de la galvano-puncture , c'est l'impossibilité d'en calculer les chances, c'est l'incertitude des résultats, c'est une trop large part faite à l'inconnu.

Malgré ces conditions défavorables , la galvano-puncture a guéri beaucoup de malades et ne doit pas être dédaignée. 11 serait facile de faire le relevé des observations publiées , et de comparer le nombre des succès a celui des insuccès ; mais cette voie ne servirait qu'à nous égarer. Déjà, en 1851, M. Boinet a entrepris cette tâche , et je ne crains pas de dire que cela l'a conduit à porter sur la galvano-puncture un jugement beaucoup trop sévère. Avant de condamner ou d'absoudre une méthode par des calculs numériques, il faut attendre qu'elle ait été appliquée scientifiquement un grand nombre de fois, et surtout il faut faire abstraction des premiers faits recueillis à une époque où cette méthode n'était encore soumise à aucune règle. Ainsi , les cinq tentatives antérieures au premier succès de M. Pétrequin ne doivent pas, ne peuvent pas entrer en ligne de compte. Les malades chez lesquels MM. Pétrequin et Velpeau laissèrent plusieurs aiguilles à demeure après la galvanisation , ne peuvent pas plus figurer sur le tableau que celui qui conserva pendant plusieurs jours cinquante épingles dans la cuisse (1). Les deux cas d'anévrysme de l'aorte thoracique, traités par MM. Ciniselli et Bossé,

l'oy. plus haut, p. 302, 8« obs. (cas anonyme). — Bull, de la Soc. de chirurgie, T. I, p. l?t. in-8° (cas de Velpeau). — Enfin, pour le cas de Pétrequin , voy. plus haut, p. 237 et 3M>.

RÉSULTATS CLINIQUES. 3/l5

ne doivent pas non plus être portés au passif de la galvano-puncture; car, quelle est la méthode qui eût donné de meilleurs résultats? D'ailleurs, la position du malade de M. Ciniselli ne fut pas aggravée (1), et celle du malade de M. Bossé fut améliorée (2). C'est déjà quelque chose, assurément.

Pour montrer à quelles erreurs on s'expose lorsqu'on fait une statistique avec des faits aussi dissemblables, il me suffira, par exemple, de prendre dans le mémoire, si important du reste, de M. Boinet, les faits relatifs aux anévrysmes traumatiques du pli du bras. J'en trouve neuf; ce sont les 1", 6e, 8e, 11e, 17e, 20e, 21e, 24e et 27e observations de ce travail. La lre observation est celle de M. Vial ; M. Boinet y voit un insuccès , sous prétexte que le mal aurait pu récidiver. Personne n'en sait rien ; et plusieurs autres faits semblables indiquent au contraire que cette guérison avait toute chance d'être définitive. La 21e observation est encore un insuccès pour M. Boinet : il s'agit du malade de M. Capelletti , qui eut, il est vrai, des accidents graves, mais qui finit cependant par guérir. La 11e observation est relative à l'aumônier traité par M. Pétrequin : M. Boinet prétend que le résultat est inconnu, et en conclut que c'est plutôt un insuccès qu'un succès (3). Je lis cependant, dans une thèse hostile à la galvano-puncture en général , et à M. Pétrequin en particulier, que ce malade arriva à la guérison (U). De toutes ces observations d'anévry suies traumatiques du coude, il n'y en a qu'une seule où la galvano-puncture ait complètement échoué ; c'est la 6e observation , qui précisément ne devrait pas entrer en ligne de compte, puisque les aiguilles furent à tort laissées à demeure après la galvanisation. J'ai déjà parlé de ce fait. Il ne survint du reste aucun accident, et la position du malade resta la même qu'avant l'opération. Quoi qu'il en soit, il y a ceci de remarquable : neuf anévrysmes traités par la galvanisation ; huit guérisons, un insuccès, et pas un seul cas de mort. Ce résultat est très-encourageant et ne s'accorde pas avec le jugement défavorable que M. Boinet a émis sur la galvano-puncture. Je ne donne pas ceci comme une mesure de

il) Mêm. Soc. cliirurg., T. ni, p. 87, in-U*.

(2) Gaz. viédicale de Paris, 1850, p. 610.

(3) Mën. Soc. cliirurg., T. 111, p. 106.

(û) Thèse de Constant Roux. Paris, 18W, na 168, p. 12.

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la valeur de cette méthode ; je suis le premier à reconnaître que les échecs les plus graves sont ceux qu'on publie le moins, surtout lorsqu'il s'agit d'un traitement nouveau. J'ai d'ailleurs reproduit, d'après M. Constant Roux, l'histoire d'un malade qui dut subir l'amputation par suite de la gangrène de l'avant-bras, et qui parut peu convaincu des bienfaits de la galvano-puncture. En tout cas, il me semble que l'analyse précédente prouve qu'on se trompe aisément lorsqu'on opère sur des chiffres peu élevés , et c'est ce qui me fait dire que le moment de faire la statistique de la galvano-puncture n'est pas encore venu.

En attendant, cette méthode se présente sous des auspices qui ne sont nullement défavorables, et je crois utile d'en étudier avec soin le manuel opératoire.

Il s'agit d'abord de choisir l'appareil qui doit fournir l'électricité.

h 'électricité statique, dégagée par le frottement et manifestée sous forme de chocs ou d'étincelles, doit être complètement abandonnée dans le traitement des anévrysmes. Elle est très-douloureuse, elle peut être nuisible et ne possède presque aucune propriété coagulante. Le phénomène de la coagulation ne peut être instantané; il ne se produit que sous l'influence d'une action continue; et celle-ci ne peut être obtenue qu'au moyen de Y électricité dynamique qui se manifeste sous la forme de courants.

Or, on sait qu'il y a deux sortes de courants, les courants galvaniques proprement dits et les courants d'induction. Les premiers s'obtiennent en mettant en communication les deux pôles d'une pile ; les autres s'obtiennent en faisant agir par voisinage, sur un conducteur métallique contourné en spirale, soit un aimant naturel, soit un électro-aimant.

Les machines électro-médicales , telles que les appareils de Lebreton, de Duchenne, de Legendre, etc., ne fournissent que des courants d'induction. Toutes se composent d'une petite pile construite sur les principes de la pile de Bunsen. Les fils de cette pile sont entourés d'une gaine de soie et vont s'enrouler autour d'un cylindre , qui devient ainsi susceptible de se transformer en électro-aimant. Un second fil métallique , entouré également d'une gaîne de soie, s'enroule avec le précédent autour de l'é»

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