DÉFINITION. — SYNONYMIE
Le nom d’anévrysme cirsoïde a été donné par Breschet (1) à une maladie des artères, caractérisée par leur allongement, leur dilatation, l’amincissement de leurs parois.
C’étaient là de véritables varices artérielles^ suivant l’heureuse , expression de Dupuytren.
En effet, la dénomination de Breschet était mauvaise, et si l’affection qu’il a décrite peut être rattachée à une autre lésion du système vasculaire, ce n’est point aux anévrysmes, mais aux varices qu’il faut la comparer.
Mais il est très-rare que les flexuosités et la dilatation des artères soient limitées aux troncs de ces vaisseaux; le plus souvent, pour ne pas dire presque toujours, au moins dans le type clinique qui nous occupe, cette ectasie se prolonge au delà, atteint les branches et les artérioles, jusqu’aux gros capillaires, qu’un certain nombre d’histologistes ont désignés sous le nom de capillaires artériels.
Ces dilatations qui portent sur les artérioles ou ramuscules artériels, suivant l’expression du professeur Gosselin (2), forment
(1) Mém, de l'Acad. de méd., 1833, l. 111, p. 13G.
(2) Arch. de méd., déc. 1867.
des masses plus ou moins circonscrites, auxquelles on a donné des noms bien divers.
Ce sont ces masses que John Bell et surtout ses successeurs rattachaient à Y anévrysme par anastomose-, Ch. Robin les a décrites anatomiquement sous le nom de tumeurs cirsoïdes (x(p(7oç, varice; ti<5oç, forme), dénomination acceptée en clinique par le professeur Gosselin.
Mais l’altération ne s’arrête pas toujours là, et au delà de ces ramuscules il n’est pas rare de constater l’existence de dilatations, de flexuosités formant de véritables granulations (grains de Porta) et caractéristiques de la tumeur érectile ou angiome.
Il est évident que nous n’avons pas à nous occuper ici des tumeurs érectiles; encore fallait-il les signaler pour montrer la gradation en quelque sorte insensible qui peut exister entre ces diverses altérations du système circulatoire.
C’est aussi indiquer, dès maintenant, combien il est difficile de séparer nettement la tumeur érectile, de ce que les chirurgiens français ont plus spécialement désigné sous le nom de tumeur cirsoïde. On s’explique donc pourquoi ces diverses altérations du système vasculaire ont reçu des noms fort divers, et il suffit de jeter un coup d’œil sur les observations publiées encore aujourd’hui, soit en France, soit à l’étranger, pour voir une même lésion désignée, selon les auteurs, sous les noms de tumeur érectile pulsatile, télangiectasie, tumeur érectile artérielle, anévrysme par anastomose, anévrysmes des mastomoses, anévrysme cirsoïde, varice artérielle, tumeur cirsoïde, etc.
Celte confusion est d’autant plus à regretter qu’elle a toujours obscurci l’étude de la question qui nous est échue et que dans quelques cas même elle a pu donner lieu à de grossières erreurs, lorsque, par exemple, on s’est servi des termes d’anévrysme variqueux, qui ont un sens différent bien déterminé, au moins en France.
En résumé, l’expression d’ anévrysme cirsoïde, choisie par nos maîtres, comprend deux idées enrapportavec les deux mots qui la composent : 1® celle d’anévrysme dans le sens adopté par Breschet, c’est-à-dire regardé comme dilatation artérielle ; 2° celle de tumeur cirsoïde, se rapportant surtout à la disposition llexueuse,
variqueuse des vaisseaux, disposition très-appréciable et formant une véritable tumeur signalée depuis Cruveilhier.
Aussi croyons-nous que sous le nom d’anévrysme cirsoïde on doit comprendre et les varices artérielles des troncs ou des branches, et les tumeurs cirsotdes artérielles formées dans les mêmes dilatations variqueuses des rameaux et des ramuscules.
Ce qui constitue cliniquément l’anévrysme cirsoïde, c’est la réunion de ces deux lésions anatomiques : la tumeur pulsatile, dite cirsoïde, et la dilatation des artères afférentes.
Toutefois ces deux lésions peuvent beaucoup varier, l’une par rapport à l’autre ; c’est ainsi qu’aux membres, l’existence de la tumeur cirsoïde est parfois à peine appréciable, contestable même, alors que la dilatation vasculaire est énorme. Cette ectasie porte sur les veines comme sur les artères, d’où le nom spécial de phlébartè'iectasie qu’on lui a donné en Allemagne (0. Weber).
Dans ces derniers temps, les Allemands, et en particulier Virchow, se sont servis d’un mot assez heureux pour caractériser l’anévrysme cirsoïde ; c’est celui d'anévrysme rameux, d'angiome rameux. Comme sous le nom d’angiome ils comprennent les tumeurs formées par les dilatations vasculaires en général, ils ont donné le nom d'angioma arterialis racemosum à cette ectasie spéciale d’un artériel ; ectasie allant jusqu’aux
ramifications vasculaires capillaires et se présentant avec les caractères d’une tumeur plus ou moins bien circonscrite (Heine).
Quant aux faits de dilatation avec flexuosités des troncs vasculaires, indépendants de toute ectasie de leurs rameaux, ils sont rares, et résultent le plus souvent d’altérations séniles des artères, avec allongement et hypertrophie de leurs parois (1); nous verrons qu’ils prennent une certaine importance au point de vue du diagnoslic (2).
(1) Houel, Man. d'anal, palh., 1862, p. 507, et Cruveilhier, Anal, palh., 1852, t. II, p. 731.
(2) Broca, A7iévrysmes, 1856, p. 82.
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