CHAPITRE \l
Êtîolosic des aiicvrvsiiics.
Les anévrysmcs , considérés sous le rapport de l'étiologie , se divisent en iraumatiques et spontanés.
J'ai parlé, dans le chapitre précédent, de la formation des anévrysines traumatiques , et j'ai pris pour exemple ceux qui succèdent à une plaie par instrument tranchant ou piquant. C'est là, sans contredit, la cause la plus fréquente des anévrysmes traumatiques, mais il y en a d'autres encore que j'indiquerai rapidement. Ce sont d'abord les contusions et les plaies contnses; puis les ruptures artérielles survenant dans un mouvement exagéré, pendant la réduction d'une luxation, etc. (1). Les artères sont quelquefois déchirées par les fragments d'une fj'acturc oblique , sans que pour cela les téguments soient rompus (2), Dans tous les cas, il se produit d'abord un épanchement de sang plus ou moins considérable , qui peut donner lieu plus tard à un anévrysme le plus souvent diffus.
Certains anévrysmes traumatiques peuvent cependant être mixtes externes. On sait que la tunique celluleuse est toujours souple et flexible, tandis que la tunique interne et la tunique moyenne se laissent aisément froisser et déchirer, surtout lorsqu'elles sont rendues plus friables par une altération chronique athéromateuse ou calcaire. Les contusions peuvent donc occasionner la rupture des deux tuniques internes, sans intéresser la
(1) Je proliicrai (le celle circonslancc pour reclifier unfail(|uc la plupart des auietn-sont rapporté d'une nianifcre inexacte. Desault, réduisant une luxation scapulo-liuniérale, vit loul.
coup survenir un goiinonuMit l'nonne de la région de l'aissclie ctdes régions voisines. Il crut i|ue cette luuiéraclion Olail le résullat d'un cnipliysèiue ; celte inlerprélation fort eiuharrassanle !,'est transmise île liouclie en liouclie et a trouvé place dans hcaucoup de triiiés classiques. Or, Pelictan, successeur de Desault à l'Ilôiel-Dieu , nous apprend qu'il s'agissait simplement d'un épanchement de sang consécutif à la rupture de l'arlf-re axillairo. On (it luie incision pour donner issue aux Ra/,, miis ce fut du sanp; arlériel qui s'échappa , et le malade mourut d'hémorrhagie. ( l'ELLETAiv. Clinique chinirdicnle. Paris, 1810, in-8", T. Il, p. 05.)
(2) ypy. sur les anévrysmes par fractures, un chapitre iniporlant de la C/)ir»n,fi(' de John Bell : The Prindples of Surgenj , etc., hy John Dell wiili Commeniarics by C.iiailes Bull. Lond., 1826, vol. IV, p. Û01-fil2, in-8°.
38 ÉTIOLOGIE DES ANÉVRYSMES.
continuité de la tunique celluleuse, et devenir la cause d'un anévrysme mixte externe.
Les pressions réitérées donnent quelquefois lieu aux mêmes conséquences. C'est ainsi que Roux a vu un anévrysme de l'artère axillaire se former chez un homme de 27 ans , au niveau du point où cette artère reposait sur une exostose de l'extrémité supérieure de l'humérus (1). Dans un cas plus curieux encore, publié par M. Casttle, de New-York, l'artère palatine antérieure devint anévrysmatique au niveau de l'extrémité inférieure du canal palatin antérieur, à la suite de la pression exercée sur elle par un dentier artificiel (2).
Enfin , il n'est pas jusqu'à la ligature qui ne puisse devenir le point de départ d'un anévrysme. Les cas de ce genre étant fort rares , je crois utile d'en citer quelques-uns. Maître Pierre pratiqua , en présence de Ruysch , l'opération de l'ouverture du sac et la ligature des deux bouts de l'artère, dans un cas d' anévrysme traumatique du pli du coude. Au bout de neuf jours, les deux extrémités de l'artère liée commencèrent à se recouvrir de chair, mais quelques jours plus tard elles devinrent l'une et l'autre le siège d'une dilatation anévrysmale. Le plus petit de ces deux anévrysmes, devenu un peu plus gros qu'un pois, se rompit et donna lieu à une hémorrhagie qui fut arrêtée promptement au moyen de la compression directe. L'autre anévrysme ne se rompit pas; il fut également soumis à la compression directe et finit par guérir après avoir persisté pendant quelque temps et retardé la cicatrisation de la plaie (3). A la suite d'une amputation du bras, pratiquée pour une carie du coude, Warner vit survenir dans le moignon, au-dessus de la ligature, une tumeur anévrysmale qui menaçait de se rompre. Il se décida à opérer cet anévrysme par la méthode ancienne, et plaça par conséquent sur l'artère humérale une nouvelle ligature au-dessus du sac. Tout alla bien pendant quelque temps, mais tout à coup l'artère se dilata de nouveau au-dessus de la deuxième ligature. Nouvelle opération semblable à la précédente; aucun accident immédiat;
(1) Roux. Quarante aimiesde praliqiie cliinirgicale. Paris, 1855, in-S", T. U, p. 131.
(2) Xlic Lanccl , 1850, vol. II, p. 15.
(3) RUYSCH. Observ. anatomico-cIdrurgicarwnCenUiria. Aiiistel., MVi^m-h", 2« obs., ]>. lu .