‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 114 sur 184 · STATISTIQUES. — MORTALITÉ · texte numérisé non relu

STATISTIQUES. — MORTALITÉ

A Côté de celte statistique, je placerai celle que M. Porta a publiée dans son bel ouvrage sur les altérations pathologiques des artères , et qui repose sur des bases un peu différentes. M. Phillips avait rassemblé de préférence les observations recueillies en Angleterre et en Amérique. M. Porta n'a pu se procurer tous les recueils anglais, mais il a dépouillé très -complètement les collections italiennes, sans négliger les faits observés en France, en Allemagne et même en Russie. Malgré cette différence, il est arrivé à des résultats qui s'accordent parfaitement avec ceux de M. Phillips; 600 ligatures d'artères figurent sur son relevé; sur ce nombre il y a 418 cas d'anévrysmes artériels qui ont fourni 117 cas de mort, c'est-à-dire encore environ 28% (1).

Le chiffre de la mortalité a été à peu près le même sur les 182 autres cas de ligature ; le nombre des morts dans celte catégorie s'est élevé à 50, c'est-à-dire à environ 27 %.

D'un autre côté en dépouillant le tableau de Lisfranc, je trouve que 125 anévrysmes artériels traités par la méthode d'Anel, ont donné 38 morts , ce qui fait plus de 30 % (2).

II est vrai que Roux, ayant fait à la fin de sa longue carrière le relevé de tous les cas d'anévrysmes artériels qu'il avait traités par la méthode d'Anel , a cru avoir guéri 28 malades sur 38 , ce qui 1 réduirait la mortalité à 26 % (3) ; mais il s'était glissé , comme on 1 le verra tout à l'heure, une grave erreur dans le relevé de Roux, I qui s'était fait illusion sur le nombre de ses opérations d'ané- 'Trysmes, et qui, en réaUté, avait perdu plus du tiers de ses opérés.

Il est clair que ces statistiques, embrassant à la fois les anévrysmes de toutes les artères chirurgicales , pourraient conduire à des appréciations erronées. Pour éviter toute confusion , con-

(1) Ldioi Porta. Délie alterazioni patologiche délie arterie pet- la legatuva c la tor- «One. Milano, 1845, in-fol., p. /i0û-û05.

(î) Lisfranc. De, di„ersM mâHiodes pour l' oblitération des artères. Paris, 1834. ih. de concours, p. 130 à 149. J'inviic le lecteur qui voudrait prendre la peine de vériner ce reiCTé sur le tableau de Lisfranc, à se méHer des doubles emplois et des feules d'impression. Hus>eurs faits relatifs à la méthode d'Anel sont consignés dans le tableau .le la méti.odc anc'enne,et réciproquement. Un fait de Roux est reproduit deux fois. Un malade de iVl. Moit est porté 4 la fois comme mort d'hémorrliagie le dixième jour, et comme sorti plus lard en voie de guérison , etc.

(5) Bulletins de la Soc. de chirurgie de Paris, T. Ill, p. 00 (1852-1853).

59/i MÉTHODE D'ANEL.

sidérons en pnrticnlior les ligatures pralique'es sur les principales artères , dans les régions oit les anévrysmcs sont le plus fréquents.

M. Norrls, de Philadelphie, à qui la science doit des relevés si importants sur les résultats de la chirurgie , a dressé plusieurs tableaux destinés à mettre en évidence les effets de la ligature de la fémorale, de l'iliaque externe , de la carotide , de la sous-clavière (1).

Sur 20k individus qui ont subi la ligature de la fémorale , il n'en est pas mort moins de 50, Dix-sept fois la ligature avait été pratiquée pour des causes autres que l'anévrysme (plaies , fractures compliquées, tumeurs, etc.). Les 187 autres opérés avaient des anévrysmes de la cuisse, du jarret ou de la jambe (entre autres 156 anévrysmes poplités); et /i6 d'entre eux ont siiccombé (2). La mortalité a donc été de 2U l "/o. Cent fleuf malades ont survécu, mais 6 d'entre eux sont restés mutilés par une amputation de cuisse que la gangrène avait rendue indispensable. Je fais abstraction de plusieurs malades qui n'ont eu cpie des gangrènes partielles et qui ont pu conserver la plus gi'andè partie de leur membre ; je les laisse sur la liste des succès. Mais en bonne logique , les amputés doivent figurer au passif de la ligature , car il est présumable que les chirurgiens ne se sont décidés à pratiquer l'amputation que pour éviter une mort imminente. La ligature a donc échoué 52 fois sm' 487 , c'est-à-dire tout près de 28 fois Sur 100 (8).

Le tableau de M. Benj. Phillips est plus sombre encore , car sur 113 individus qui ont subi la ligature de la fémorale pour des anévrysmes , il n'en est pas mort moins de 36 , ce qui fait 31 "/□.

Le tableau de Lisfranc renferme Al cas de ligatui-e du mêmé vaisseau dans les mômes circonstances. Neuf décès , plus uiî malade amputé consécutivement , et dont le sort n'est pas indiqué , cela fait dix insuccès sur M ; plus de 24 Vo.

(1) NORRis, Oans American Journal of Med. Sciences, Philadelpliia , in-S", vol. X, p. (18Ù5) ; vol. XIII , p. 13 ( iSUn ) ; vol. XIV, p. 13 ( 1817 ) ; vol. XVIII , p. 313 ( 18il9 ).

(2) M. Noriis [compte 188 anévrysmes, mais son ii° 9, relatif à une plaie de la fémorâle,datant de trois jours , ne doit pas rentrer dans la catégorie des anévrysmes; voy. d'ailleurs' plus liant la note de la page ft87.

(3) Georgi; Nonnis. Slaiistics of the Mortaliiy folloiving thc Opération of Tying tli» Fémoral Artery, dans Amer. Jown. Philad., 18(19, vol. XVIII, p, 32fi.

STATISTIQUES. — ARTÈRE FÉMORALE. '^95

M. Porta nM pas distingiid pour l'artère fémorale le^ ligatures prntiqudes pour cause d'andvrysme, do celles qui ont d(é faites pour toute autre cause. Il n'est cependant pas sans intérêt de dire que, sur 196 cas de ligature de l'arlôre fémorale , 11 a trouvé 53 cas de mort, c'est-à-diré 27 "/o.

Afin d'apprécier par lui-même le degré de gravité de l'opéi-ation de l'anévrysme poplité, Roux, pendant toute sa vie , s'attacha h opérer cet anévrysme suivant un procédé uniforme. II suivit les préceptes de Scarpa , c'est-à-dire qu'il lia dans tous les cas l'artère fémorale au sommet du triangle inguinal , et qu'au lieu d'étreindre le vaisseau avec une ligature ronde, il le comprima au moyen de deux ligatures plates nouées sûr un petit cylindre de sparadrap. On trouverait difficilement dans la science une série de faits plus homogènes , plus uniformes que cetix-lA. Convaincu de la supériorité du procédé de Scarpa , et de l'eScelîence de la méthode d'Anel, Kôux aimait à citer les résultats qu'il avait, ou plutôt qu'il croyait avoir obtenus. Pendant les dernières années de sa vie, il reproduisit bien des fois dans ses leçons, dans les Sociétés savantes, la statistique de ses opérations d'anéiTj-sme, et il là consigna encore dans l'ouvrage dont la publication n'a pli être faite qu'après sa mort. Il annonçait que sur 26 cas d'anévrysmes poplités traités suivant la méthode d'Anel , il avait obtenu 18 guérisons, et considérait le résultat comme fort encourageant (1).

. Roux , qui avait assisté aux derniers désastres de la méthode âhcienne, pouvait se montrer satisfait de n'avoir perdu que 8 malades sur 26. Cela faisait près de 31 %, mais c'était moins triste assurément que les résultats de l'opération par l'ouverture du sac. Pour nous , qui sommes venus à une épocïlie où la ligature était sans rivale, et qui n'avons pas eu à la comparer avec la méthode des anciens , ces chiffres sont loin d'être rassurants. Et pourtant ils ne disent encore qu'une partie de la vérité. Une erreur grave s'eét glissée dans la statistique précédente. Roux est mort avant d'avoir pu la corriger , ce qu'il n'eût certainement pas manqué de faire , avec cette loyauté dont il a donné tant d'exemples pendant sa vie. En publiant le manuscrit inachevé laissé par

p. 228''"' "'°''' '^'""'""'^ (le pvatiquc chirurgme. Paris, 1855, iii-8", T. u,

596 MÉTHODE D'ANEI..

cet illustre chirurgien , une commission prise dans le sein de la Société de cliirurgie n'a pas tardé à reconnaître que Roux avait commis une erreur d'addition dont il se fût certainement aperçu s'il lui eût été donné de mettre la dernière main à son livre. En dépouillant laborieusement tous les papiers du défunt , toutes les thèses , tous les journaux du temps , ainsi que les registres de l'Hôtcl-Dieu et de la Charité , la commission s'est assurée que Roux a opéré par la méthode d'Anel non pas 26, mais seulement 18 anévrysmes poplilés. Elle a même trouvé dans les notes manuscrites et dans les relevés partiels que Roux avait faits à diverses époques , la cause de la grave confusion qui s'était glissée dans le relevé général (1). Ce qui , malheureusement , est très-exact, c'est le chiffre des morts. Sur les 18 anévrysmes poplités que Roux a opérés suivant la méthode d'Anel , il y a eu seulement 9 cas de guérison , puis un cas de récidive , et 8 cas de mort , ce qui élève la mortahté au delà du chiffre énorme de kk "lo !

Je veux bien que ce résultat désastreux puisse être attribué en partie à l'imperfection du procédé de ligature auquel Roux avait donné la préférence; mais le procédé de Scarpa n'a d'autre désavantage que de favoriser la production des hémorrhagies consécutives , et deux malades seulement , parmi ceux qui sont morts à la suite de l'opération de l'anévrysme popiité, ont été victimes de cet accident : ce sont les sujets des observations xxiv et xxx. Laissons de côté si on veut ces deux cas défavorables. Supposons que Roux n'ait opéré que 16 anévrysmes poplités, qu'il n'ait ainsi perdu que 6 malades, et, abstraction faite de toute influence de procédé , nous trouverons encore que la mortalité est représentée par un chiffre supérieur à 37 % (6 sur 16).

On s'étonne peut-être de voir la pratique d'un chirurgien éminent fournir des résultats plus désavantageux que la pratique commune ; mais il faut bien se garder de juger de cette dernière d'après les statistiques même les plus complètes. Roux a fait connaître tous ses cas malheureux. Tous les chirurgiens ont-ils eu la même bonne foi ? Je lis par exemple dans le Traité de médecine

{{) Voy, pour plus île «léiails, Hoix, Qmircmtc ojijkVs de pratique cliirwg. , T. H. Averiisscment de la Comviission sur la lettre VI, p. 20a et surtout p. 210-

STATISTIQUES. ~ ARlliRES ILIAQUES. 597

Opératoire de M. Velpeau, publié en 1839, que l'opération de l'ané- > vrysme poplité a été pratiquée 7 fois en 1837 et 1838 dans les hô- '! pitaux de Paris, et qu'elle a tué 3 malades (1). M. Velpeau, par un Il louable scrupule, n'a pas voulu nommer des chirurgiens dont il ne lui appartenait pas de publier les insuccès. J'ai dépouillé les journaux du temps, j'y ai trouvé l'histoire des k opérés qui ont ■ survécu, et dont un a été plus tard atteint de récidive; mais deux s des trois autres cas n'ont laissé dans la science aucune trace, s Pour quiconque sait avec quel empressement on publie les il succès , avec quelle facilité on oublie les revers , il est évident 1- que l'apparence reste au-dessous de la réalité, que les chif- , fres de 27 et de 28 % n'expriment pas la vérité tout entière , et s que le nécrologe de la ligature , dans le cas d'anévrysme de I la cuisse ou du jarret, s'étend peut-être au delà du tiers des s opérés.

e On dit généralement que les résultats de la ligature sont un 1 peu moins mauvais pour l'iliaque externe que pour la fémorale. La 1 I mortalité n'est effectivement que de 23 % (22 cas sur 96) sur le I I relevé de M. Porta, qui comprend indistinctement les anévrysmes, . Iles plaies, les hémorrhagies, etc.; elle descend même au chiffre (de 21 y % (19 cas sur 79) sur le relevé de M. Phillips, qui n'em- 1 brasse que les cas d'anévrysmes ; mais le relevé plus étendu de Norris est beaucoup plus inquiétant (2) : sur 108 cas de liga- 1 tares de toutes sortes appliquées sur l'ihaque externe, il y a eu !33 cas de mort, c'est-à-dire 28 %, et en outre trois des malades :qui ont survécu ont dû être amputés pour cause de gangrène. La ligature a été pratiquée 97 fois pour des anévrysmes artériels, et la donné 27 cas de mort, c'est-à-dire 28 "/„ , et de plus l'un des imalades qui ont guéri a dû subir préalablement l'amputation de lia cuisse.

On lit dans le môme article de M. Norris que la ligature de l'iliaque interne, pratiquée pour des anévrysmes, a donné 3 morts »pour 4 guérisons (3) , et plus loin que dix malades sur seize ont 'Succombé à la suite de la ligature de l'iliaque immitive; mais je

(1) Velpead. Médecine opératoire. Paris, 1839, iii-8", T. H, p. lUk.

(2) G. Norris. On Tying tlic liiac Arleries, dans AmericanJouni. of ited. Se., 1847, '*ot.XJIl,p. 20.

(8) Loc. cil., p. 23.

598 MÉTHODE d'anel,

dois ajouter que, sur ce dernier nombre, il y a seulement 10 'cas i d'anévrysmes, dont 5 ont abouti à la guérison (1). '

Je ne parlerai pas de la ligature de Vaorte, cette erreur du ' grand A. Gooper. Il n'y a que les chiens qui en réchappent. Tous les hommes a qui on l'a infligée jusqu'ici ont promplement succombé, et il serait temps qu'on y renonçât.

Si nous passons maintenant aux artères de la partie supérieure du corps, nous trouvons que la ligatm-e de la carotide a donné lieu à des statistiques fort contradictoires. D'une part , M. Porta, qui ne sépare pas. la méthode d'Anel de la méthode i de Brasdor, et qui fait entrer dans un seul et môme relevé les anévrysmes, les plaies, les tumeurs fongueuses sanguines, etc., M. Porta, dis-je, compte 35 cas de mort sur 132 cas de ligaturç 4e la carotide. Cela fait un peu plus de 26 %. M. Thomas Inmau a compté 11 cas de mort sur 40 ligatures, c'est-à-dire 27 i % (2). M. Phillips, ne tenant compte que des anévrysmes traités par la méthode d'Anel, trouve 15 cas de mort sur 74, ce qui ne fait que 20 7o. Ce dernier résultat, je l'avoue, m'a surpris. J'ai relevé sur le tableau de Lisfranc les cas d'anévrysmes traités par la ligature de la carotide suivant la méthode d'Anel; j'en ai trouvé 11, et sur ce nombre k cas de mort, soit 36 %• Je reconnais que ces chiffi-es ne sont pas assez élevés; mais le tableau de M. Norris, quoique plus étendu, m'a fourni un résultat plus triste encore (3). J'ai d'abord mis de côté k cas étrangers à la question et indiqués sous le titre de supposed aneurisms. La méthode d'Anel n'est évidemment pas responsable des erreurs de diagnostic. J'ai également mis de côté un anévrysme artério-veineux de la carotide, qu'on aurait, bien dû laisser en repos. Je n'ai pas besoin de dire que la hga- , ture tua ce malade ; il ne lui fallut pour cela que 24 heures (n" 26 de Norris). Après les éliminations faites, il reste sur le tableau de M. Norris 33 anévrysmes artériels traités suivant la méthode d'Anel: sur ce nombre il y a eu 14 morts, c'est-à-dire 42 %, ef.., l'un des malades qui ont survécu en a été quitte pour une ré--| cidive (4).

(1) Loc. cit., p. 2!>. M. Norris annonce seulement 15 faits, niais il en rapporte 16.

(2) Loitdoa Médical Gazette, 31ili. oct. 1845, p. 1150, et Tlie Lancct, 5tli. oct. 18ii3.

(3) G. Norris. On Tying tlie Caroiid Artevies, dans Amer. Jour n., 18!i7, vol. XIV, p. lft.

(4) C'est le n" 23, opérû par J). Green. 11 est porté au tableau couimc rccovcrcd, ce qi^ \ veut (lire qu'il ne mourut pas (}cla ligature, ■ :

STATISTIQUES. ~- CAHOTIDli ET SOUS-CLAVIÈRE. 599

Je ne sais comment concilier ce résultat avec celui que M. Phillips a publié. Le relevé de î\I. Velpeau semble plus embarrassant encore , puisqu'on y lit que sur h'i malades opérés pour des anévrysmcs, 7 seulement sont morts (l); mais, d'une part', il est permis d'éliminer un cas où Liston lia la carotide pour guérir un anévrysmc qui existait sm^ la sous-clavière. Liston croyait que l'anévrysme occupait la carotide; il voulut appliquer la méQiode de Brasdor ; il se trouva qu'il fit une opération inutile et que le malade n'en mourut pas; mais ce cas ne peut figurer au nombre des succès de la méthode d'Anel. Cela réduit déjà le relevé de M. Velpeau au chiflre de U2. Je demande encore la permission de supprimer une ligne et de supprimer du même coup 15 autres cas. Cette ligne est amsi conçue ;

Warren, 45 cas, guérison. Communication privée.

Or, je me méfie un peu d'une indication aussi sommaires., M. Warren a pu dire en particulier à M. Velpeau des choses qu'il' n'aurait pas publiées — et qu'il n'a efl'ectivement publiées nullg part. Quand je songe que, sur la terre classique des anévi'ysmes, A. Cooper, qui a été pendant longtemps le plus célèbre chirur-r gien de la Grande-Bretagne, n'a opéré que trois anévrysmes de la carotide , qu'il n'a pratiqué que ti^ois fois cette opération, dont l'invention était pourtant son plus beau titre de gloire, je me demande par quelle fortune singulière M. Warren a pu rencontrer sur son passage quinze anévrysmes ;de la carotide , le§ opérer tous les quinze par la méthode d'Anel et les guérir tous sans la moindre exception! Le hasard est grand, mais il a des limites, et sans pousser plus loin cette critique, je crois prudent d'attendre que M. Warren ait publié ses quinze faits précieux.

Débarrassée du fait de M. Liston et des quinze assertions de M. Warren, la statistique de M. Velpeau se réduit à une Us te de 27 cas dont 7 se sont terminés par la mort des opérés • mortalité 26%.

La ligature de la sous-clavière est plus grave encore que celle de la carotide. M. Porta trouve 2/t cas de mort sur 7/i, ou 36 1/2 -/„, M. Phillips 34 morts sur 80, ou h2 1/2 "/o; le tableau de Lisfran°c

(1) Velpeau. McU. opératoire. Paris, 1830, T. II, p. 232.

MÉTHODE d'aNEL.

renferme 31 cas de ligature de l'axillaire ou de la sous-clavière pour des anévrysmes ; morts, 14; en d'autres termes, li5 %.

Enfin M. Norris a rassemblé 69 cas de ligature de la sous-clavière, qui ont fourni 33 cas de mort, c'est-à-dire tout près de /i8 "U. Mais sur ce nombre total, il n'y avait que 56 cas d'anévrysme, et en dépouillant le tableau qui accompagne le relevé, je trouve que parmi les malades de cette catégorie 25 ont succombé, ce qui fait seulement UU %. Il est vrai que l'un des 31 malades qui ont guéri a dû subir la désarticulation de l'épaule rendue nécessaire par une hémorrhagie consécutive à la rupture du sac (1).

Quant au tronc brachio-céphalique , tous les vrais chirurgiens ont aujourd'hui renoncé à le lier. Déjà M. Velpeau, en 1839 , avait rassemblé 6 cas de ligature de cette artère (2) ; MM. Beistegui et Guettet, dans leurs thèses inaugurales , en ont fait connaître quatre autres (3). Enfin M. Norris qui n'a pas connu tous les faits précédents , en a cité trois qui avaient été négligés jusqu'alors (U). S'il n'y a pas eu d'erreur dans ces divers relevés, la ligature du tronc innominé a donc été pratiquée jusqu'ici treize fois, en y comprenant deux cas où on lia simultanément la carotide primitive et la sous-clavière au niveau même de leur origine. Treize opérations , treize morts (5). J'espère qu'on en restera là, et que ce chiffre malheureux servira d'avertissement. Que si un chirurgien entreprenait à l'avenir de lier le tronc brachio-céphalique, il ferait bien d'imiter la conduite de MM. Porter, Key et Post , de New-York , lesquels , après avoir mis le vaisseau

(1) Norris. On Tying tlie Subclavian Artery, dans American Journal of Med. Sciences, 1845, vol. X, p. 14.

[2] Velpeau. Méd. opérât., T. II , p. 246.

(3) Mathias Beistegui, ili. inaug. Paris, 1841, p. 107. — Guettet, ih. inaug. Paris, 1844, p. 151.

(4) American Journal, vol. XIV, p. 38.

(5) Cas de Val. Mott, GR^rE, Hall, Norman, Bland, Lizars, IIuti.v, arendt. Liston, Kdul, un fait observé à Paris et cité par Dupuytreii, et deux faits tirds de la pratique de M. Bugalsky. Cela faltl3 cas. J'en connais un quatorzième qui apparlient à Liston, et qui, selon toutes probabilités, n'a pas été plus heureux que les autres. U est arrivé deux fois à Liston de lier simultanément la sous-claviÈre et la carotide à leur origine. On sait positivement que l'un des malades est mort. L'autre vivait encore le 23 juillet 1838 quand le fait fut publié, mais l'opOration avait été faite seulement quatre jours auparavant. L'observation ne fut pas complétée et j'ose dire que cela ne présage rien de bon. L'année suivante Liston, au momcnl de recommencer sur un autre malade.'nnnonga qu'il avait déjà fait la même opération, mais se garda bien de dire ce que l'opéré élait devenu. Cette fois l'observation fut publiée troU jours aprts l'opération. Le malade allait au mieux, mais il est avéré qu'il ne tarda pas à succomber [ThcLmcet, 1837-1838, vol. li, p. 008, et The Luncet, 1830-184U, vol. I, p. 37).

STATISTIQUES. — ARTÈRE IIUMÉRALE. 601

à nu et consciencieusement examiné l'état des choses (M. Key n'y resta pas moins d'une lieure) , renoncèrent à la ligature , et toute réflexion faite, renvoyèrent les malades leur lit (1).

Passons d'un extrême ù l'autre, et pour en finir avec la gravité relative de la méthode d'Anel appKquée sur les diverses artères, parlons des résultais de la ligature de l'artère humérale. Presque tous les anévrysmes pour lesquels on lie ce vaisseau sont traumatiques et occupent le pli du coude. Ici enfin nous trouvons des faits avouables. Il ne s'agit bien entendu que des anévrysmes artériels; pour les anévrysmes artério-veineux , c'est autre chose.

Roux a opéré par la méthode d'Anel huit anévrysmes traumatiques du pli du coude (2) et un anévrysme spontané de la partie supérieure de l'avant-bras (3). Le sujet de cette dernière observation a succombé, tous les autres ont guéri. Qu'on compare ces résultats avec ceux que le même chirurgien a obtenus dans le traitement de l'anévrysme poplité. —Le tableau de Lisfranc ne renferme que sept cas de ligature de l'humérale pour anévrysmes artériels : sept succès. Ce sont des séries heureuses. Cette opération, sans être bien dangereuse , est ordinairement plus grave . M. Porta a trouvé 10 cas de mort sur 68 ligatures de l'humérale; mais ce relevé comprend les cas de varice anévrysmale , ce qui est de nature à augmenter beaucoup la proportion des décès. J'en dirai autant de la statistique de M. Phillips : 30 ligatures de l'humérale, 6 morts; cela fait 20 %. C'est précisément là le chiffre qui exprime la léthalité de la ligature de la carotide , suivant le même M. Phillips. .le ne puis admettre ce rapprochement. •

Au surplus, les statistiques un peu étendues font ici complètement défaut.

Je ne pense donc pas qu'il soit possible d'émettre une affirmation précise sur le degré de gravité de la méthode d'Anel appli-

(1) NonRis, toc. cit., p. 39 et UO. M. Crisp, qui parle aussi de ces deux faits, nous apprend, chose bien remarquable, que dans le cas de M. Porter cette simple incision, sans ligature et sans action directe sur le sac, suflit pour amener la gu^rison complfcie rte l'anévrysme par suite sans doute de l'innammation. Dans le cas de M. Key le nialartc niournl le vingt-troisième Jour, et on trouva que la timieur était presque oblitérée (Crisp, On Structure, Viscoses and Injuries of Blood-Vessels, Lond., 18a7, in-8", p. 206).

(2) Roux. Quarante années, etc., T. JI, p. 248. L'auteur parle de dix opérations, mais deux malades ont été opérés par l'ouverture du sac (observ. ix, p. 77, cl obscrv. xxxi?, p. 200),

(3) Loc. c»., observ. xxvi, p. 160.

602 MÉTHODE d'ANEL,

quée sur l'artôre du bras. Tout ce qu'on peut dire, c'est que , dç toutes celles dont il vient d'être question, cette ligature est à peu près la seule dont les résultats ne soient pas désastreux.

La ligature de la fémorale, celle de l'iliaque externe et celle de la carotide, se ressemblent beaucoup sous le rapport de la gra- Tité; la mortalité flotte entre le tiers et le quart des opérés. Elle s'élève au-dessus du tiers à la suite de la ligature de la sous-clavière , et atteint la moitié à la suite de la ligatiu-e de l'iliaque primitive et de l'iliaque interne. Enfin , la ligature de l'aorte et celle du tronc bracliio-céplialique ne pardonnent jamais.

Il ne sera pas sans intérêt, maintenant, de chercher dans les relevés statistiques les causes qui font succomber un si grand nombre de malades opérés suivant la méthode d'Anel, et d'apprécier le degré de fréquence des accidents , tels que les hémorrbagies gpngécutives, la gangrène, et l'inflammation consécutive du sac.

Voici d'abord le tableau de M. Porta. On n'y trouve pas d'indication bien précise , parce que l'auteur y a rassemblé des faits très-disparates, confondant dans un même relevé les ligatures de toutes les artères, la méthode de Brasdor et la méthode d'Anel, les cas d'anévrysmes artériels, les cas d'anévrysmes artério-veineux , les cas de plaies, de tumeurs, etc. Malgré ces incertitudes, le tableau de M. Porta est assez instructif pour être reproduit ici (1).

Les 600 ligatures qui composent ce tableau sont ainsi répartig,5 ; aorte, k; — tronc brachio-céphalique, 8; — carotide, 132; — sous-clavière, 74 ; — humérale, 68 ; — iliaque primitive, 11; — ihaque interne, 12; — iliaque externe, 96; — fémorale, 196. On voit que la hgature des artères de troisième ordre , telles que celles de la jambe et de l'avant-bras, ne figuro pas sur ce tableau.

Soixante-dix-neuf malades ont présenté des accidents généraux ou viscéraux que je n'énumérerai pas. Je me bornerai à dire qu'il y a eu vingt-deux cas d'inflammation thoracique, dont une bonne partie sans doute étaient dus à l'iDfoction purulente. Je fais cette remarque, parce que la phlébite et l'infection purulente ne figurent pas autrement sur le tableau de M. Porta.

(1) LuiGi PORTA. DeUe çUtcramiii patologiclie clelle arterie per la legatura, etc. Milaiio 18ii5 , ia-ful., p. m.

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