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PÉRIODE FRANÇAISE

comme moyen accessoire, et jamais comme moyen unique. On a assisté à l'origine et au lent développement des idées qui conduisirent pour la première fois à agir sur l'artère entre le cœur et la tumeur. Les principaux éléments du problème étaient déjà découverts, mais on n'en avait pas encore trouvé la solution générale. Le sol était défriché, il n'était pas encore fécondé.

Nous allons entrer maintenant dans une nouvelle ère; la compression indirecte, qui n'était jusqu'ici qu'une conception assez vague, va être érigée en méthode générale; — on établira avec plus ou moins de bonheur la théorie de ce moyen thérapeutique : l'empirisme deviendra science; — on précisera les indications, on formulera les principes, on inventera les appareils, on imaginera les procédés; en un mot, on créera la méthode telle que nous la connaissons aujourd'hui, on l'appliquera même, et l'on obtiendra quelques succès, mais le nombre des échecs sera plus grand encore, parce qu'on manquera de persévérance, et aussi parce que l'on aura recours à des procédés défectueux.

Pendant cette période, qui se prolonge jusqu'à 1842, nous verrons de temps en temps la méthode de la compression indirecte, créée par un chirurgien français , donner lieu, en Angleterre, en Irlande ou en ItaUe, à quelques tentatives isolées; mais c'est principalement en France que la scène se passera. C'est en France que la théorie prendra tout son développement, et que la pratique donnera les plus beaux résultats. Voilà pourquoi nous donnons à cette deuxième période le nom de période française.

L'idée capitale, qui distingue avant tout cette époque de la précédente est celle-ci : ne pas comprimer la tumeur, comprimer seulement l'artère dans un point où elle est saine.

Ce n'est pas tout d'un coup qu'on est arrivé à négliger entièrement les moyens appliqués directement sur la tumeur, et ici encore, comme dans la période précédente, les chirurgiens n'ont fait qu'étendre au traitement de l'anévrysme proprement dit un principe qui avait déjà vu le jour à propos des plaies des artères.

Genga, de Gouey, J.-L. Petit, Heister, ainsi qu'on l'a vu plus haut, avaient réprimé des hémorrhagies artérielles au moyen d'une double compression exercée à la fois sur la plaie et sur le vaisseau, entre la plaie et le cœur. Bourienne crut pouvoir s'af- : franchir presque complètement de la compression directe. Un

soldat avait reçu un coup de baïonnette qui avait pénétré obliquement dans les chairs de l'avant-bras, et lésé selon toutes probabilités l'artère cubitale; une tumeur pulsatile et oblongue se forma dans le trajet de la plaie. Bourienne plaça deux compresses longuettes sur l'artère humérale. « Le tout fut soutenu « par un bandage propre à remplir l'indication que je me pro- « posois, gwï efoif de rallentir le cours du sang successivement u jusqu'à la tumeur, La plaie fut pansée simplement et la tumeur « légèrement comprimée par un bandage. » Le blessé fut entièrement guéri en trois semaines (1).

Bourienne ne s'était servi que de bandes et de compresses graduées. Peu de temps après, en 177^1, Jussy remplit la même indication au moyen d'un tourniquet. Un jeune homme de dix-sept ans avait eu la fémorale ouverte à sa partie infériem'e par un coup de couteau. Jussy appliqua un tourniquet de J.-L. Petit sur le trajet de cette artère. « Le point d'appui étoit local; la pelotte « du tourniquet ne portoit que sur l'ârtere , dont je n'avois cer- « tainement pas intercepté toute la fonction. » Aucune compression ne fut exercée sur la plaie qui fut pansée simplement avec de la charpie râpée. L'appareil resta en place pendant neuf jours. Le dixième on remplaça le tourniquet pa:r une compresse longuette, et le malade guérit sans accidents (2).

Bourienne avait légèrement comprimé la tumeur. Jussy ne mit sur la plaie qu'un pansement simple; l'efficacité plus grande de l'appareil compressif appliqué sur le tronc artériel lui permettait une pareille confiance. Je signale surtout la phrase où l'auteur dit que la pelote doit comprimer seulement l'artère et ne la comprimer qu.Hncomplétement. Il est douteux qu'avec le tourniquet de J.-L. Petit il ait pu atteindre son but; mais il n'est pas sans intérêt de consigner ici l'idée qu'il poursuivait.

Il ne s'agissait plus que d'appliquer à l'anévrysme véritable laméthode qui avait si bien réussi dans le cas à'anévrijsme faux primitif, et cette idée aurait dû germer rapidement à une époque où les chirurgiens confondaient, sous le môme nom d'anévrysme, les dilatations et les plaies artérielles. Il n'en fut rien cependant, '

(1) Journal de médecine, suite de Vandermonde, T. £iO, p. 86 (1773).

(2) Journal de médecine, suite de Vandermonde, ï, H2, p. £iit2 (I77(i},

PÉRIODE I:RANÇAISE. —, DESAULT. 071

elle progrès se fit attendre pendant vingt années encore. Sue le jeune conseilla, il est vrai, de comprimer l'artère pendant quelque temps au-dessus de la tumeur avant d'entreprendre l'opération de l'anévrysme; mais ce moyen, purement préparatoire, avait uniquement pour but de faire dilater les collatérales et de diminuer les chances de la gangrène (1). Personne encore n'avait songé à guérir les anévrysmes par la compression indirecte, lorsque Desault, peu de temps avant le 9 février 1785, eut recours à cette méthode dans un cas d'anévrysme spontané de l'artère axillaire :

20* Observation (Desault). — Anévrysme spontané de l'artère axillaire. — Compression de la sous-clavière au-dessus de la clavicule.

Cette observation importante n'a jamais été publiée en détail, mais plusieurs auteurs contemporains en ont fait mention. En 4787, Assalini, à propos des opérations qu'il avait vu faire en 1785 par Desault, exposa les idées de ce chirurgien sur le traitement des anévrysmes (2), montra les inconvénients de la compression directe remise en faveur par Guattani, et ajouta : « II n'en seroit « pas de même , si l'on pouvoit faire la compression sur l'artère au-dessus do « la tumeur anevrismatique , sans comprimer les parties malades : j'ai vu « faire la compression de l'artère axillaire au-dessus de la clavicule , dans « l'anevrisme de la partie inférieure de cette artère, moyennant un bandage « particulier (3). » Assalini ne dit pas quel fut le résultat de cette tentative, et ne dit même pas quel en fut l'auteur ; mais tout permet de croire que ce fait est le même que celui de Desault.

Voici maintenant des détails plus précis, fournis par René Cailliot : « Dans « un cas particulier d'anévrysme vrai de l'artère axillaire situé au-devant de a l'extrémité interne delà clavicule, Desault avoit imaginé de comprimer « cette artère au-dessus de la tumeur, au moyen d'un petit bâtonnet fixé, par « son extrémité supérieure, contre une planche qui étoit placée horizoïitale- « ment au-dessus du chevet du lit, et appuyant par son extrémité inférieure

■ « sur la face supérieure de la première côte derrière la clavicule ; le malade fut

■ « effrayé de cet appareil, et il quitta l'hôpital de la Charité, où il étoit alors, ' « pour se rendre à l'Hôtel-Dieu (4). » Pour plus de détails, Cailliot renvoie au

§ 27 de sa thèse , où on lit ce qui suit :î« Un malade qui portoit un anévrysme • « de l'artère axillaire, quitta l'hospice de la Charité pour se rendre à l'Hôtel- < « Dieu , dont Ferrand étoit alors chirurgien en chef ; un élève interne, ne

(1) yoy. plus haut, p. UIZ.

\2) J'ai reproduit plus haut, p. 013, ce passage important de l'ouvrage d'Assalini. (3) Assalini. Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. Turin, 1787, in-12, p. 10/i. Vi) René Cailliot. Essai sur l'anévrysme, tli. in-8°. Paris, au VU, u» û, p. 8'i, § 117.

« voyant dans cette tumeur qu'un abcès ordinaire, engagea Perrand à en a faire l'ouverture à la visite du soir. Celui-ci, après avoir hésité un moment, « plongea le bistouri dans la tumeur, sans l'avoir à peine examinée ; le malade « mourut en quelques minutes , malgré tous les moyens qu'on put imaginer « pour arrêter l'hémorrhagie (1). »

Roux parle de ce fait d'une manière beaucoup plus sommaire : « Desault « avait voulu comprimer l'artère axillaire (2) sur la première côte, pour un « anévrysme du creux de l'aisselle ; les souffrantes qu'éprouva le malade, « l'obligèrent bientôt à renoncer à son entreprise (3). »

Telle fut la première application de la compression indirecte au traitement des anévrysmes. Le cas était des plus défavorables ; le succès était à peu près impossible; mais l'idée n'en était pas moins précieuse pour cela. Desault pensait que, pour guérir les anévrysmes , il suffisait d'intercepter le cours du sang dans l'artère, entre le sac et le cœur, au moyen de la compression. L'application pratique a son mérite; le succès a aussi le sien; mais ce qui importe plus que tout le reste, c'est la découverte des principes. Desault n'a fait qu'une tentative infructueuse, mais ila découvert le principe sur lequel repose la compression indirecte.

Il s'agit maintenant de fixer la date de cette observation importante. Ferrand mourut le 9 février 1785 (4). La tentative de Desault est donc antérieure à cette époque. — Il me paraît certain que le malade dont parle Assalini est le même que celai de Desault. — Or, Assalini passa à Londres une partie de l'année 1784 (5) ; puis il vint passer une année à Paris où il suivit assidûment la pratique de Desault, et retourna ensuite à Londres où il assista, le 12 décembre 1785, à la célèbre opération de John Hunter(6). Je pense donc ne pas m'écarter de la vérité en disant que Desault créa la méthode de la compression indirecte vers la fin de 1784, ou dans les premiers jours de 1785.

Pelletan a cependant prétendu que cette méthode avait été imaginée en 1771 par Sabatier. Voici ce qu'on lit, en eifet, dans le deuxième mémoire de Pelletan Sw les anévrysmes externes,

(1) Cailliot. Essai SU7' l'anôvi-ysmc,p, 18, § 27.

(2) C'est la sous-clavitre des modernes.

IS) BOUX. Médecine opératoire. Paris, 1813, in'8, T. Il, p. 54"?.

(Il) Vuy. plus haut, p. Ubl, eu note, et Moniteur des hôpitaux, 18 mars 1856, T. IV, p. 258.

(5) Assalini. Essai médical sur les vaisseaux lymptiatiqucs. Turin, 1787, ln-12, p. 92.

(6) Assalini. Loc. cit., p. 105.

PÉRIODE FRANÇAISE. — SARATIER. 673

indinoiro d'un ordre très-inférieur el, écrit par un liomme aussi I ignorant que partial. Après avoir décrit l'opération de John Ilunj 1er, qui avait lié la fémorale pour guérir un anévrysmc poplité, j Pelletan continue en ces termes : a L'opération de Ilunter n'était (( pas nouvelle pour nous. M. Sabatier, aujourd'hui mon collègue a et toujours mon maître, avait traité, quinze ans auparavant, (( un anévrysme de l'artère fémorale par une compression mé- « thodique exercée sur cette artère , laquelle compression équi- « valait sans doute à la ligature, et le malade avait conservé le (( membre et la vie (1). »

Cette assertion est tellement précise que tous les modernes l'ont acceptée sans examen. Mais je dois dire d'abord que les écrits de Pelletan sur les anévrysmes ne m'inspirent aucune confiance ; ils sont pleins de contradictions et de légèretés inexcusables. D'ailleurs il est difficile de croire que Pelletan ait été renseigné sur la pratique de Sabatier mieux que ne l'était Sabatier lui-même. En 1796, en 1810, dans les deux éditions de sa Médecine opératoire, Sabatier s'étendit longuement sur le traitement des anévrysmes , parla même de la compression indirecte et garda le plus complet ilence sur son observation prétendue. <( La compression, dit-il, «peut être faite avec succès sur les anévrysmes, si au lieu de (I l'exercer sur la tumeur même on la fait porter sur le trajet de « l'artère au-dessus du lieu malade, de manière k ralentir le cours « du sang qui traverse le vaisseau. Ce moyen a été employé en « Italie avec quelque succès , mais on y a joint la compression (( directe sur l'anévrysme , de sorte que l'on ne sait pas jusqu'à « quel point on doit y compter (2). » Il est clair, d'après ce passage, qae Sabatier n'avait jamais appliqué ni vu appliquer la compression indirecte. Supposera-t-on qu'il eût oublié en 1796 le succès qu'il avait obtenu en 1771, et dont Pelletan prétend s'être souvenu '■n 1810 ? Mais il ne pouvait avoir perdu le souvenir d'un fait aussi important que celui-Ui. On connaissait si peu d'exemples de guérison pour les anévrysmes cruraux! Sabatier lui-même n'a-t-il pas écrit qu'avant lui l'anévrysme crural n'avait été opéré qu'une seule fois, et que cette opération unique avait été faite par Sa-

(1) Pelletan. Clinique cMnirgic.alc. Paris, 1810, in-8", T. 1, p. m.

(2) SABATIER. HIMI. opèl:, 1810, T. I, p. 37r>. passago est textiiellciticiu 1r mOiiic diins l i première ddiiion (179G).

viard (1) ? Il y a là deux erreurs en deux lignes (2) ; mais cela prouve du moins que Sabalier, considérant la guérison de l'anévrysme crural comme une chose excessivement extraordinaire, ne pouvait pas oublier les succès de ce genre qu'il aurait luimême obtenus. Ajoutons à ces considérations que le 13 février 1773, il présida une tlièse sur les anévrysmes du jarret, tlièse où on ne trouvait pas la moindre allusion à la compression indirecte (3), — que plus de vingt auteurs , ses contemporains , écrivirent sur la compression des artères sans parler de l'observation que Pelletan imagina plus tard , — enfin que Boyer, quatre ans après la publication du livre de Pelletan, s'occupa assez longuement de la compression indirecte, en cita plusieurs observations, et ne dit pas un mot du prétendu fait de Sabatier, prouvant ainsi qu'il n'y croyait guère.

Je déclare donc que je considère comme apocryphe l'histoire racontée par Pelletan. Séparé par un intervalle de quarante années de l'époque où ce fait est censé avoir eu lieu, Pelletan, qui ne parlait que d'après ses souvenirs , a très-bien pu confondre une histoire avec une autre, comme cela lui est arrivé plus d'une fois, du reste, dans son mémoire sur l'anévrysme.

Or il se trouve précisément que Sabatier a publié une observation d'anévrysme crural qui n'a pas été sans influence , comme on le verra plus loin, sur les progrès de la méthode qui pous occupe. C'est ce qui me décide à en donner ici un extrait :

2r Observation (Sabatier) (4).— Anévrysme faux consécuHf de V artère, crurale. — Opération par l'ouverture du sac — Application de deux, tourniquets alternativement serrés et relâchés. — Guérison. Un jeune homme de 22 ans reçoit un coup d'épée à la partie supérieure et .

(1) SABATlEB. Sléd. opérât., 1" édit. Paris, 1796, in-8", T. III, p. 194.

(2) L'opération fut faite par Botteiituit, et non point par Saviard, qui n'a éli que le narrateur,. En outre, M. A. Severin et J. ïrullus avaient fait la nifime opération avant Boucntuit, et depuis lors, en 1702, Maximin avait opéré par incision et guéri un nommé Félix JWorcI atteint (l'un anévrysme inguinal. Le fait fut publié en 1772 (Gdattani. De exl. Ancurysmaiibiis, liist. XV).

(3) De poplilis Aneurysmate, tli. de Caron, présid. Sabalier, 13 fév. 1773.

(fi) Sabatier, loc. cit., 1" édit., t. lU, p. 19ii. La date n'est pas indiquée. Il est dit seulement que ce fut quatre-vingt-dix ans après l'opération faite par Saviard (lisez Boltentuit), laquelle eut lieu en 1688. Cela correspond conséquomnient à l'an 1778 ; mais il est probable que le chiffre de quatre-vingt-dix ans n'exprime qu'une approximation, et que Sabalier a pratiqué son opération vers 1775. Cela expliquerait pourquoi, à la fin de cette annéc-lîi, il lut à l'Académie de chirurgie un mémoire sur l'anévrysme crural et sur la possibilité de le guérir. Fiiy. Juiiriial (le mùd., suite de Vandermonde, 1776, T. XLVI, p. UU , en noie. Ce travail devait faire partie du T. VI des mémoires de l'AcailOniie qui n'a j;inuiis élé publié,

PÉRIODE FRANÇAISE. — FORD ET HUNTER. 675 j interne de la cuisse droite. Hémorriiagio abondante. La plaie se cicatrise. Formation ultérieure d'une tumeur pulsatile qui s'accroît sans cesse. On finit par se résoudre à l'opération , qui est pratiquée suivant la méthode de l'incision. Après avoir évacué les caillots , au lieu de lier l'artère au-dessus et au-dessous de l'ouverture , on applique sur celte ouverture une compression immédiate et directe avec des morceaux d'agaric recouverts d'une pyramide de compresses.

Jusqu'ici l'opération n'avait présenté rien de bien insolite , si ce n'est qu'avant d'inciser le sac , on s'était mis en garde contre l'hémorrhagie avec deux tourniquets analogues à celui de J.-L. Petit. L'un de ces tourniquets comprimait le vaisseàu dans le pli de Vaine, et l'autre un peu audessous.

« Le malade remis dans son lit , je fis relâcher les deux tourniquets avec « l'mtention d'en conserver un médiocrement serré. Les tourniquets étoient « relâchés l'un après l'autre, pour que la compression que j'exerçois sur le « trajet de l'artère ne se fit pas continuellement sur le même point. Malgré « cette attention, il se forma au-dessous du second une eschare qui m'obligea « d'y renoncer de bonne heure. »

Le malade leut quelques petites hémorrhagies , ce qui ne l'empêcha point d'être guéri au bout de deux mois.

Tout permet de croire que ce fait, resté comme un souvenir confus dans la mémoire de Pelletan, s'y mélangea avec les sou- Yenu's plus confus encore qu'y laissèrent, quelques années plus tard, la compression indirecte et la ligature. Ainsi s'expliqueraient à la fois l'origine de l'observation que Pelletan attribue à Saba-i tier, et l'incohérence des réflexions qui l'accompagnent.

J'ai dû insister longuement sur cette discussion, afin de ne : commettre aucune injustice dans la recherche d'une priorité qui 'Tient d'acquérir depuis quelques années une grande importance -Or, la personne de Sabatier étant mise hors de cause, Desault *^reste le légitime inventeur de la compression indirecte appliquée au traitement des anévrysmes proprement dits.

Plus de sept mois après "Desault, le 2ii septembre 1785, huit Ichirurgiens de Londres , réunis en consultation par Ford firent nine seconde tentative dont j'ai déjà parlé (1). Ils prescrivirent la 'Compression de la fémorale dans l'aine, au-dessus d'un anévrysme rcrural, mais ils furent bientôt obligés d'y renoncer, le malade ne

(') yoy. plus haut, p. t(05.

QIQ r.OMPBESSTON INDIRECTE.

pouvant la supporter. La tumeur commença à s'oblitc^rer spontanément six mois plus tard. La guérlson fut complète; mais cet heureux résultat ne peut être attribué à la compression.

La date de cette observation est bonne à noter. On croit généralement que la compression indirecte est fille de la méthode dite de Hunter : c'est une erreur; car, en Angleterre comme en France, Desault et Hunter ont comprimé l'artère avant de la lier. John Hunter, en effet, était au nombre des huit consultants réunis auprès du malade de Ford. Ce fat seulement en décembre 1785, c'est-à-dire environ trois mois après cette tentative de compression indirecte, que John Hunter lia pour la première fois l'artère fémorale sur un malade atteint d'anévrysme poplité. Jusqu'à quel point avait-il influé sur la direction donnée au traitement chez le malade de Ford? et jusqu'à quel point le souvenir de ce malade le guida-t-il plus tard dans le choix de son procédé ? C'est ce qu'il est bien difficile de dire. Quoi qu'il en soit, J. Hunter ne tarda pas à trouver une nouvelle occasion d'essayer la compression indirecte. Un cocher, âgé de 35 ans, était atteint d'anéviTsme poplité. La compression de l'artère fémorale fut d'abord tentée suivant un procédé qui n'est pas indiqué. La douleur qui en résulta fut si vive , que la compression ne put être continuée. Hunter se décida alors à lier l'artère fémorale (1).

M. Bellingham prétend (2) que Hunter traita ainsi deux de ses opérés, et cite ensuite l'observation de Ford. Il porte ainsi à trois le nombre des malades sur lesquels la compression indirecte fut essayée à cette époque en Angleterre ; mais il a fait double emploi d'un fait unique. On n'a pas oublié que Hunter avait vu le malade de Ford. Il est naturel , par conséquent , que ce malade ait été mentionné par Ev. Home dans son mémoire sur l'anévrysmc poplité (3). Faute d'y avoir regardé d'assez près , M. Bellingham n'a pas reconnu que le premier cas de Hunter était le même que celui de Ford , et nous devons rendre à celte observation son unité et son indivisibilité.

La compression indirecte n'avait eu que des insuccès en An" gleterre. Or, précisément à la môme époque, la chirurgie anglaise

(1) Œmvcs de John Iluntcr, tr. fr. Paris, 18ii3, T. 111, p. 6G6.

(2) Bellingham. Obscrv. on Ancw-ism. Loiid. ISd"?, p. 28.

(3) OEuvres de John Hunter, édit. cit., T. III, p. eed.

PÉRIODE FRANÇAISE. — THILLAYE. 677

entrait en possession d'une opération très-efficace contre l'anévrysme, et il était naturel qu'on ne donnât aucune suite à ces deux essais infructueux. Il est probable, par conséquent , que la compression eût été entièrement oubliée , si les chirurgiens français ne l'eussent étudiée , perfectionnée et érigée en méthode.

Roux nous apprend que Chopart, l'ami et le collaborateur de Desault , chercha ù guérir un anévrysme du membre inférieur en comprimant la fémorale sur le pubis. La douleur fut telle qu'il fallut renoncer à l'usage de ce moyen (1). La date n'est pas indiquée. Chopart mourut en 1795, quelques jours après Desault (2) ; il serait donc possible que ce fait fût postérieur à celui de Thillaye.

22* Observation (Thillaye) [3). — Anévnjsme popUté. — Compression de l'artère fémorale au pli de l'aine. — Insuccès. — Guérison spontanée un an plus tard.

Morel, imprimeur, entra en 1793 à Fhospico de l'École de médecine pouïun anévrysme vrai de l'artère poplitée. Pendant quatre mois, on se contenta de la méthode de Valsalva.

Au bout de ce temps , « la tumeur étant toujours dans le même état, on « tenta la compression au pli inguinal avec le tourniquet monté sur un « brayer. Cette compression lui occasionna des douleurs si cruelles qu'il ne « ne put la supporter. »

Alors il quitta l'hôpital, et s'en alla chez lui où il garda le repos au lit. Au bout de six mois , les battements et le volume de la tumeur diminuèrent. Six mois plus tard , le malade commença à marcher avec un bâton, et bientôt il reprit sa profession d'imprimeur ; il se porta bien pendant six ans , et vécut jusqu'en 1799, époque oîi il succomba à une fluxion de poitrine.

Cette observation n'est pas sans analogie avec celle des huit chirurgiens de Londres. Trois ou quatre ans après, vers le commencement de 1797, un chirurgien inconnu fit k Paris une nouvelle tentative , aussi infructueuse que les précédentes.

23^ Observation (Cailliot) (4).— Anévnjsme fémoral. — Compression de l'artère dans Vaine. — Insuccès.

« J'ai eu l'occasion de voir il y a deux ans un homme qui était venu à

(1) Roux, itréd. opérât. Paris, 181.'5, in-8", T. U, p. 5U1.

(2) CiioPAnT et Desault. Maladies cliintrciicales. Paris, an IV, in-8". Foy. la iioïc du la page .5 (le la notice sur Desiiult, placide par nichât en lôte Uo cet ouvrage.

(.•5) IlYBonn. Dissertation sur l'anéurysme tic L'artère poplitée. Paris, an X, tli. in-S", p. 30. Cl) Cailliot. Thèse citée, p. 89 et 90.

678 COMPRliSSION INDIRECTE.

« Paris pour y consulter sur une tumeur anévrysmale qu'il portait à la parce tie supérieure et interne de la cuisse. Cette tumeur commençait à environ « quatre à cinq travers de doigt au-dessous du pubis. Le malade consulta « successivement trois praticiens des plus distingués de la capitale.

« Le premier conseilla d'exercer une compression continuelle sur la partie a supérieure de l'artère fémorale, à l'endroit oii elle appuie sur le corps du « pubis. Le malade suivit ce conseil , et il employa pour faire la compression « une espèce de brayer dont la pelote pouvait être relâchée par un raéca- « nisme analogue à celui du tourniquet ordinaire ; mais il s'en trouva si in- « commode qu'il fut bientôt obligé d'y renoncer; il remarqua surtout que le « membre s'était sensiblement tuméfié pendant le peu de temps qu'il en avait « fait usage. »

Les deux autres consultants conseillèrent autre chose. On ne dit pas ce que le malade devint.

La thèse de Cailliot ayant été soutenue au mois de février 1799, c'est à la fin de 1796 ou au commencement de 1797 que l'observation précédente paraît avoir été recueillie. Il est fâcheux que l'auteur ait cru devoir taire le nom du chirurgien.

On peut rapprocher des faits qui précèdent une observation tirée de la pratique de Vernet , chirurgien-major des armées de la République. On sait que Brasdor et Desault avaient conseillé , pour les anévrysmes trop rapprochés du tronc, de lier l'artère au-dessous de la tumeur. Cette idée n'avait pas encore été mise à exécution.

24' Observation (Vernet) (1). — Anévrysme inguinal. — Compression de la fémorale au-dessous de la tumeur. — Insuccès. Vernet, ayant à traiter un anévrysme de la partie supérieure de la cuisse, essaya de comprimer la fémorale au-dessous de la tumeur, espérant que cet obstacle empêcherait le sang de se renouveler dans l'anévrysme, et lui permettrait de s'y coaguler. Son attente fut trompée , la tumeur s'accrut rapidement; les battements devinrent plus forts, et l'extrémité inférieure commença à s'engorger. Il fallut donc renoncer à ce moyen, « la maladie fut abandonnée à la nature, » ce qui veut dire sans doute que le malade mourut.

La date est encore incertaine. Tout ce que nous savons , c'est que celte tentative fut antérieure h la première opération pratiquée par Deschamps suivant la méthode de Brasdor, le 6 octobre 1798.

(1) Cailhot. Essai sur l'anévrysme, ih. iii-S". Paris, au VII, ii° ft, p. 79, et BOïEn, il/a(ad. ehiriirg,, 1« éuit. (ISlû), T. U, p. 149.

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