PÉRIODE FRA.N(.;AISE. ~ FREER
pouce et demi (1). La même expérience, recommencée quelques jours après avec de légères modiflcalions, donna des résultais analogues. Il est probable que Freer avait poussé la compression bien au delà du degré nécessaire pour arrêter le cours du sang, bien au delà surtout du degré où il est possible de l'exercer sur l'homme sans gangrener la peau. Nous connaissons aujourd'hui plusieurs observations propres à démontrer que l'action de la pelote peut sphacéler les téguments en peu de jours sans que le cours du sang soit pour cela suspendu dans l'artère. En tout cas , il est clair que la peau molle de l'homme ne peut supporter la compression aussi bien que le cuir résistant du cheval , et dés lors les deux expériences de Freer, dont j'accepte l'exactitude sans arrière-pensée, quoiqu'elles n'aient été répétées par personne, ne peuvent jeter aucun jour sur les effets de la compression des artères chez l'homme.
On s'en servit pourtant pour édifier une théorie. Ces deux expériences isolées, qu'on ne jugea pas même nécessaire de contrôler, parurent suffisantes pour établir une conclusion générale. On se laissa aller à croire que la compression indirecte ne pouvait guérir qu'en provoquant, comme la ligature, l'infiammatiou et l'oblitération du vaisseau. Cette opinion régna surtout en Angleterre , où ' elle fut propagée quelques années plus tard par Joseph Hodgson. I Cet auteur, qui avait assisté aux deux expériences de Freer son 1 maître et son ami, s'exprima ainsi: «L'objet de la compression « exercée au-dessus de l'anévrysme est de placer les parois op- ' « posées de l'artère dans un état de contact , et en même temps « d'exciter dans ses membranes un degré d'inflammation tel que " leur adhérence en soit le résultat. Lorsque ce but est atteint, la « maladie se trouve dans la même condition qu'après l'opération « moderne de l'anévrysme (2). » Comme conséquence de cette théorie, il fallait exercer sur les artères une compression extrêmement forte qui devenait promptement intolérable. Hodgson ne VU appliquer cette méthode qu'une seule fois. Au bout d'une heure le malade souffrait tellement qu'il fallut enlever l'appareil. Deux
Tr rnl Tn"''";, ï''"""'' Artcvic. anU Feins. Loncl., 1815, in-S".
ir. rrnnç. par Ilreschot. Paris, 1819, in-8, T. I, p. 2¥i.
ggg COMPRESSION INDIRECTE,
autres observalions furent communiquées à Hodgson par un de ses amis. L'un des malades, atteint d'anévrysme poplilé, n'avait pu supporter la compression que pendant deux heures; l'autre , atteint d'anévrysme du coude, la conserva jusqu'au lendemain, époque où il fallut y renoncer (1).
Ces résultats s'expliquent par la défectuosité des appareils compressifs usités alors en Angleterre. Freer avait conseillé l'emploi du compresseur de SenfT, et il suffira de jeter les yeux sur la (ig. 16 pour comprendre qu'un appareil muni d'une aussi large pelote devait nécessairement comprimer avec l'artère une
Fig. 16.
Compresseur de Scnff.
Les quatre extrémités de Pinstriiment donnent attache îi des courroies qui font le tour du membre.
grande masse de chairs, et que, pour être efficace, une semblable compression devait être très-considérable (2).
Il arrivait même parfois que les muscles supportaient toute la pression et qu'on ne réussissait pas à effacer le caUbre de l'artère. C'est ainsi, qu'au mois de février 1815, Adrianneput jamais réussu- à arrêter les battements d'un anévrysme poplité en appli-
(1) Loc, cit., p. 2^8 et note premifcre.
(2) La fig. 16 représente le compresseur de Scntr, modiné par Plenck, qui Ta rendu applicable à la compiession de la plupart des artères en mobilisant les deux brandies croisées eu X qui constituent la cliarpenle de l'instrument. Cette figure est extraiic d'une édition italienne de la Chirurgie de Ricluer (Pavie, \19U, in-8% T. l, p. 328, cl pl. IV, tig. 1). L'instrument priiuiiif de Senffiie pouvait s'appliquer qu'au coude, et, de plus, il portait une pelote bien plus grosse encore, destinée a comprimer directement les tumeurs anévrysuiales. Cet appareil est représenté par Zac. Plalner [Instit. cliirurg. Lipsiae, nss, in-8", § fi32, p. 228, lab. 11, (Ig. 10 et 10 fris). Le texte concis de Platner a donné lieu à une étrange erreur : • Qiiam ab exficrixs' simo Seiiffio, Beroliiiensi accepi, n avait dit Platner en rcnvoyani ;i la fig. 10. Ce mot Scitffîo ablatif du nom latinisé de SenfT, fut pris pour un nom italien. Sciiffio's iiisinimcnt, dit rreer [loc. cit., p. 112), et depuis lors on a altéré de diverses façons le nom de l'inventeur berlinois: on en a luit Seunffio, Senne fio, S»[fw, sans cesser nn seul instant de faire lionneur à l'Italie de la naissance de ce personnage.