PÉRIODE IRLANDAISE, — DE 1845 A
cas d'anévrysme poplité, ce mode de traitement donna deux suc-, cès, mais il est douteux qu'il puisse devenir usuel.
Je signale encore un anévrysme fémoral guéri en douze heures à l'aide de deux compresseurs, par M. Watson, de New-York Hospital. La compression avait été très-énergique eL très-douloureuse ; pour soulager le malade, on lui avait, à plusieurs, reprises, lait respirer de l'élher (1).
On le voit , l'Irlande , l'Écosse, l'Angleterre, l'Amérique, ont fourni depuis quelques années un large contingent à la méthode ' I compressive. Par une opposition regrettable, une indifférence assez difficile à expliquer a accueilli jusqu'ici cette méthode sur le continent européen. Le Journal de chirurgie de M. Malgaigne avait pourtant publié, dès le mois de mars 1845, un mémoire de M. Giraldès, siu- ce sujet (2). La relation des guérisons récemment obtenues en Irlande, et le résumé de quelques-uns des faits plus anciens dus à Dubois, Viricel, Dupuytren et Cumano réussit à peine à fixer l'attention de nos compatriotes. Plus d'un ouvrage classique, pubUé en France depuis cette époque, garda un silence complet ou presque complet sur la renaissance de la méthode compressive. En 1851 , on lut avec intérêt l'analyse intéressante et la sage critique que M. FoUin inséra dans les Archives générales, sur les travaux récents des chirurgiens Mandais (3) ; mais personne, à ma connaissance, ne chercha à faire profiter les malades des avantages d'une méthode qui avait fourni ( à l'étranger des succès si nombreux et si authentiques : la France, qui avait pourtant créé cette méthode, devait être une des der- 1^ nières à en ressentir les bienfaits.
Si l'on cherche les motifs d'une aussi fâcheuse indifierence, on iles trouve peut-être dans cette tendance de l'esprit français qui nous porte si souvent à dédaigner les innovations d'origine étrangère; on les trouve encore dans le mouvement d'idées qui a concentré, depuis une douzaine d'années, toute l'attention des chirurgiens sur le traitement des anévrysmes par la galvanopuncture d'abord, puis par les injections de perchlorure de fer.
(1) Lec. cit., vol. IV, p. 235.
/i»L?,"î''°f^' traitement des anivrysmes poplités. - Dan»
JournU de chirurgie de Malgaigne, 1845. T. UI, p. 65.
ralLT^ll ?" anéurysmes par la compression. - Dans Archives géné'
' ^iiiecine, iioy. 1851, £»• série, X. XXVII, p. 257.
COMPKESSION INDIRECTE.
Mais il y a une autre cause plus importante que les précédentes, cause par suite de laquelle la chirurgie française a déjà , une première fois, failli perdre un de ses plus beaux titres de gloire, en laissant inscrire le nom de John Hunter à la place de celui d'Anel dans l'histoire de la ligature: je veux parler de la rareté des anévrysmes dans noire pays, de leur fréquence dans la Grande-Bretagne. Pour la compression indirecte comme pour la ligature pratiquée suivant la méthode d'Anel, il est arrivé que les idées françaises sont allées se développer et fructifier de l'autre côté du détroit, et qu'elles en sont revenues mûries par l'expérience et sanctionnées par les faits. Sachons donc recevoir aujourd'hui de l'Irlande la méthode compressive, comme nos devanciers ont reçu de l'Angleterre la méthode d'Anel. Oubhons, dans l'intérêt des malades, que ce nouveau progrès nous vient d'une contrée étrangère; ou plutôt souvenons-nous, dans l'intérêt de la vérité, qu'il est réellement de création française.
§ II. MODE d'action DE LA COMPRESSION INDIRECTE (1).
Au point de vue de la physiologie pathologique, la compression indirecte est la plus parfaite des méthodes connues jusqu'à ce jour. Elle permet au chirurgien de modérer à son gré la circulation dans l'anévrysme, d'affaibhr, d'éteindre les battements, ou dé leur rendre, si l'indication s'en présente, toute leur intensité, de provoquer graduellement et méthodiquement la dilatation des collatérales, de respecter enfin la perméabilité de l'artère au niveau du point où on agit sur elle, et, par conséquent, de diminuer autant que possible les chances de la gangrène. Ces divers avantages seront étudiés plus loin. Ici je me propose seulement de décrire le mode d'action de la compression indirecte sur les poches anévrysmales.
La compression indirecte ralentit le cours du sang dans l'artère anévrysmatique, favorise ainsi la coagulation spontanée et progressive de la fibrine, et imite autant que possible le travail
(I) Toutes les descriptions contenues dans le reste de ce chapitre reposent sur l'analyse des 163 observations rasscinbliSes dans le dmixième tableau à la fin du volume. Alin d'éùter la répétition incessante des noms propres, et celles des détails cliniques, je désigncrri simplement ces observations parleurs niiini'ros d'ordre. Je préviens une fois pour toutes eue les numéros en chiffres arabes renvoient au deuxième tableau. On trouvera aussi qiicl(inefois des numéros en chiffres romains renvoyant au premier tableau.
MODE d'action. 1U5
qui conduit i\ la guërison naturelle des anévrysmes. La seule méthode de Valsah'a peut lutter sous ce rapport avec la compression indirecte, mais elle est si inférieure sous tous les autres rapports qu'elle ne saurait un seul instant supporter le parallèle dans le cas où les autres méthodes sont applicables. Quant à la ligature, on a vu plus haut qu'elle réussit souvent à faire déposer dans le sac des caillots fibrineux, mais que souvent aussi elle obtient seulement des caillots passifs dont la présence expose aux plus fâcheux accidents.
Je ne veux pas dire que la compression indirecte évite infailliblement la formation de ces caillots nuisibles. Il y a des anévrysmes qui ne se prêtent que très-difûcilement à l'oblitération par des caillots actifs : ce sont les anévrysmes diffus, tant primitifs que consécutifs. Le dépôt graduel des couches fibrineuses s'effectue à la faveur d'une circulation anévrysmale régulière, et celle-ci n'est possible que lorsque l'anévrysme possède un sac régulier lui-même, circonscrit et capable de réagir par son élasticité sur le liquide qui le distend. Or, les anévrysmes diffus sont privés de sac ; le sang se meut pour ainsi dire au hasard dans leur cavité anfractueuse, et ils ne se prêtent pas aux phénomènes ordinaires de la guérison naturelle par les caillots fibrineux.
Voilà pourquoi aucun moyen thérapeutique connu ne peut faire oblitérer les anévrysmes diffus, sans exposer le patient aux accidents bien connus qui succèdent si souvent à la coagulation passive. La ligature, moyen brutal et aveugle qui porte à la circulation une atteinte subite, profonde et toujours la même, fait presque infailliblement précipiter des caillots passifs dans la cavité de ces anévrysmes. La compression, agissant avec plus de douceur, produit une stagnation moins complète, et c'est là un de ses plus précieux avantages qu'elle peut faire déposer des caillots fibrineux jusque dans les anévrysmes diffus. Néanmoins, lorsqu'on étudie le mode d'action de la compression indirecte, il faut soigneusement distinguer les anévrysmes circonscrits des anévrysmes diffus.
Dans le traitement des anévrysmes circonscrits cette méthode ne réussit pas toujours; diverses causes, que je signalerai plus loin, peuvent la faire échouer; mais lorsqu'elle est appliquée d'une manière convenable et lorsqu'elle procure l'oblitération
du sac anévrysmal, ce sont toujours des feuillets fibiineux, régulièrement stratiflés, qui constituent celte oblitération. La tumeur, à partir de ce moment, subit les modifications successives que j'ai décrites en parlant des guérisons spontanées naturelles; il ne survient aucun accident; l'artère anévrysmatique s'oblitère le plus souvent, mais non infailliblement ; enfin le conduit artériel conserve sa perméabilité dans les points qui ont été soumis à la compression.
Déjà sur le vivant il est facile de constater la plupart de ces phénomènes; en outre, lorsqu'une cause accidentelle fait succomber les malades à une époque quelconque, l'anatomie pathologique prouve l'exactitude des propositions précédentes.
Mais sur une question aussi récente et aussi peu connue je ne puis me contenter d'émettre des assertions purement dogmatiques, c'est pourquoi je vais citer en abrégé les résultats fournis par l'anatomie pathologique dans les cas où il a été possible de l'interroger.
J'ai rassemblé 17 autopsies d'anévrysnies circonscrits traités par la compression. Ces 17 dissections ont été faites sur 14 individus seulement parce que 3 d'entre eux étaient atteints d'un double anévrysme. Elles nous fournissent des renseignements sur presque toutes les périodes du travail curatif.
Deux fois la mort est survenue pendant la durée du traitement. La guérison était presque achevée et on a pris pour ainsi dire la nature sur le fait.
Première autopsie (cas de Bellingham, n" 18 du 2° tableau). Le malade, atteint de dilatation du cœur avec anasarque, subissait depuis plus de deux mois une compression double et alternative pour un anévrysme poplité. La peau, froissée par une pelote trop serrée, devint le siège d'un érysipèle, qui détermina la mort six jours plus tard.
La tumeur, qui offrait au début du traitement le volume d'un œuf de poule, était réduite au volume d'une noix. Elle était dure, et presque entièremeut remplie de feuillets fibrinoux, disposés en couches concentriques. Les feuillets les plus externes étaient les moins colorés et les plus résistants. Au centre de cette masse solide était une cavité pleine de saffg liquide, à peine capable de recevoir le bout du petit doigt, et communiquant avec l'artère poplitée. Celle-ci était perméable. L'artère fémorale n'avait , subi aucune modification au niveau des points. comprimés.