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FRÉQUENCE DANS LES DIVERS PAYS

OU calcaires. Il est bien vrai qu'il en est quelquefois ainsi ; la tumeur qui se forme est alors de la natuie de celles qu'on désigne sous le nom à'anévrysmes mixtes externes; mais quelquefois aussi les trois tuniques sont conservées , et les anévrysmes sont vrais; c'est ce qui eut lieu dans le cas de Donald Monro (1), et il faut bien admettre que la diathèse anévrysmale était due à une affection qui avait simplement affaibli les parois des vaisseaux, comme cela a lieu pour les veines dans la diathèse qui préside au développement des varices.

Quoi qu'il en soit, l'influence des causes générales sur la formation des anévrysmes est mise en évidence par les observations d'anévrysmes multiples, et elle s'exerce aussi dans beaucoup de cas où il n'existe qu'un seul anévrysme. Une circonstance qui vient à l'appui de cette opinion , c'est que les anévrysmes sont très-rares dans certaines contrées , et très-communs dans d'autres pays, sans qu'on puisse expliquer cette différence par la nature des travaux auxquels se livrent les diverses populations. Heister et Morgagni, au dernier siècle, signalaient la rareté excessive des anévrysmes poplités en Allemagne et en Italie; on sait pourtant que ces anévrysmes sont de beaucoup les plus fréquents des anévrysmes externes (2). Je ne sais sur quoi Sabatier s'est basé pour prétendre que l'anévrysme poplité est plus commun en Italie que partout ailleurs (3). Cette assertion est entièrement erronée, comme on le verra tout à l'heure. — De nos jours, l'anévrysme spontané des artères chirurgicales est assez rare en France, et plus rare encore en Allemagne, ce qui expUque peutêtre pourquoi la chirurgie allemande a si peu contribué aux recherches qui, depuis la fin du xviii" siècle, ont jeté tant de jour sur l'histoire des anévrysmes. En Italie, cette affection paraît aussi rare aujourd'hui que du temps de Morgagni. M. Oppenheim, rendant compte, en 1825, de l'état de la médecine en Italie, insista sur la rareté des anévrysmes dans ce pays, et dit entre

(1) Essay amlOUH. Pliysical and Lilerary, vol.Ul, p. 189-1!)2. Donald Monro s'yssiiia , au moyen (rtirm dissection minutieuse, que toutes les tuniques ai tériellcs prenaient part à la formation de ces anévrysmes.

(2) Mob(;ag?ii. Do SedibuH et Causis Morborum, Epist. L, art, 10. — Widmann. De gcHwim :iii ucturd cornmqiic inorbls , dissert, praisid. IlEisTEn. Nurenhcrg, IIUU, § 83, dans Th. cliirui-y. de Ualler, T. IV, p. 532 , in-Jf.

(3) Sabatikr. Anatomie. Paris, 1791, in-8°, T. m , p. 127.

^'k ÉTIOtOGIE JIES ANÉVRYSMES.

autres choses que, depuis dix ans, les chirurgiens de Pise n'a vaient pas eu une seule fois l'occasion de pratiquer l'opéi-alioii de l'anévrysme (1). D'un autre côté , les anévrysmes sont si fréquents dans la Grande-Bretagne que, de 1838 à 18Zi2, ils ont déterminé la mort de r)93 personnes en Angleterre et dans le pays de Galles, et on remarquera que les individus guéris par les opérations chirurgicales ne figurent pas dans ce relevé (2), L'Irlande est peut-être plus malheureuse encore sous ce rapport. Il est digne de remarque que certains districts de l'Angleterre semblent jouir d'une immunité presque complète. De 1837 à 1847, on n'a pas reçu un seul cas d'anévrysme à l'hôpital de East-SufTolk, et M. Bullen, qui fournit ce document, ajoute que, pendant trente ans d'une pratique étendue, il a vu 5 ou 6 anévrysmes de l'aorte, développés sw dçs marins, mais pas un seul sur les agriculteurs. Néanmoins, les comtés de Suffolk, de Norfolk et d'Esses, qui sont des pays d'agriculture, fournissent tout autant d' anévrysmes que les ports de mer et les localités où la plupart des bras sont employés à l'industrie.

Somme toute, la Grande-Bretagne est de tous les pays du monde celui où les anévrysmes sont le plus fréquents. Les États- Unis d'Amérique occupent le second rang, mais on y remarque que les anévrysmes sont assez rares chez les nègres et dans les familles blanches qui sont fixées depuis longtemps dans le pays, tandis qu'ils sont très-communs sur les émigrants qui viennent de l'Angleterre ou de l'Irlande (3). Au Canada, où il arrive peu d'émigrants, les anévrysmes sont très^rares. M. CraAvford, de Montréal , dit qu'en dix-neuf ans, et dans une pratique très-étendue, il n'a eu connaissance que de 2 cas d'anévrysmes, dont l'un occupait le tronc fémoro-poplité et l'autre la crosse de l'aorte {h). Ces diverses particularités s'expliquent difficilement par la nature des travaux, par le genre de nourriture, par le cUmat et par les habitudes des populations. Voici maintenant d'autres documents que j'emprunte à M. Crisp, et qui semblent indiquer que les races exercent une grande influence sur le développement de

(1) Edinburgli Uled. and l'hysivul Journal, 1820, vol. XXV, p. 230.

(2) CniSP. On tlu: JHscases of llic lilood-V essais. Lond., 18fi7, iii-8°, p. 118.

(3) Transactions of llia American Médical Association, 1851, vol. IV, p. 235. lU) Dublin Médical l'rcss, 1853 , \ o\. XXIX , p. 3ao,

EXCËS ALCOOLIQUES. 55.

Fanéviysme (1). M. Webber, placé à la tôte du service cbirur-. gical de l'émigralioii coloniale aux Indes -Orientales, a visité l'hôpital des indigènes de Bombay, interrogé un grand nombre de médecins et de chirurgiens de l'Inde anglaise, et il résulte, de l'espèce d'enquête à laquelle il s'est livré , que les anévrysmes et même les maladies du cœur sont à peu près sans exemples parmi les naturels de ce pays. D'un autre côté, on trouve, dans un rapport de M. Tullocb , sur la santé des troupes dans les colonies anglaises , que 3 anévrysmes se sont montrés à Geylan , dans l'espace de six années , sur un effectif d'environ 13,000 soldats européens , tandis que les soldats ou pionniers indigènes, formant un eflfectif d'environ 22,000 hommes , n'ont pas présenté un seul cas de cette affection. Ces documents semblent établir que la prédisposition aux anévrysmes ne dépend pas seulement du climat et des habitudes , et qu'elle se montre de préférence sur certaines races d'hommes.

Pour expliquer ces résultats embarrassants, on a eu recours à plusieurs hypothèses et on a invoqué spécialement trois causes générales , savoir : l'abus des boissons alcoohques , la syphilis constitutionnelle et l'action des traitements mercuriels sur l'organisme. Il est certain que ces trois ordres d'influence n'atteignent pas à un égal degré les diverses populations , et que les Indous, par exemple, consomment moins d'alcool et moins de mercure que les habitants de la Grande-Bretagne ; mais je n'hésité pas à affirmer que ces hypothèses sur l'étiologie des anévrysmes sont en contradiction avec la plupart des faits qui précèdent.

Je ne conteste pas l'influence des excès alcooliques sur la vitalité et la nutrition des parois artérielles. Elle a été admise par d'éminents pathologistes. La gangrène sèche des membres inférieurs, consécutive à l'oblitération des vaisseaux, l'altération athéromateuse ou calcaire des deux tuniques internes des artères, et certaines affections organiques du cœur ont été attribuées à l'abus des boissons spiritueuses. On a pensé que l'alcool, introduit dans le torrent circulatoire, était de nature à provoquer l'artérite, l'endocardite et l'inflammation des valvules du cœur.

(1) Chisp, (oc. en., p. 118 il 126.

56 ÉTIOLOGIE DES ANÉVRYSMES.

S'il fallait réfuter cette opinion par des considérations pliysiologiques, les arguments ne me manqueraient pas et l'anatoraie pathologique à son tour me permettrait de rejeter jusqu'à l'existence même de l'artérite, puisque les deux tuniques artérielles internes, qui sont le siège des lésions de cette inflammation prétendue, ne renferment chez l'homme aucune trace do vaisseaux (1); mais il serait possible qu'on se fût trompé sur la nature des altérations pathologiques qui précèdent la formation des anévrysmes, tout en indiquant une étiologie réelle, et que les parois artérielles, quoique réfractaires à l'inflammation, fussent modifiées cependant dans leur nutrition par l'action de l'alcool. Je ne me prononcerai pas sur cette question ; les faits qui ont été invoqués jusqu'ici ne sont ni assez nombreux ni assez concluants pour lever tous les doutes (2) ; et d'ailleurs, lors même que l'abus des spiritueux serait capable de faire naître les tumem^s anévrysmales, cela s'expliquerait par les singularités de la répartition des anévrysmes dans les diverses races d'homme.

J'en puis dire autant de la syphilis, qui, certes, n'est pas plus commune dans la Grande-Bretagne que sur le continent. Elle n'épargne pas non plus les indigènes des pays lointains que les Européens ont envahis, et où ils ont importé, au lieu de la civilisation, l'ivrognerie et la vérole. La syphilis fait même, chez ces malheureux indigènes qui n'usent d'aucun moyen prophylactique et qui sont privés des secours d'une thérapeutique éclairée, plus de ravages que parmi les civilisés. — Et cependant on a vu que les naturels de plusieurs de ces contrées sont à peu près complètement à l'abri des anévrysmes.

Parlerai-je enfin du mercure ? On sait qu'il y a toujours des

(1) yoy. en particulier un Mémoire de M. Tommasini , qui clierclic h démontrer que les anévrysmes spontanés sont toujours dus à la siibplilegose des artères {Annales de thérapeutique de Kcgnetta , ï. II , p. 86 ). M. Rognetta , en parlant de ce Mémoire , ne craint pas de dire que c'est un travail sublime {loc. cit., T. IV, p. 265 ).

(2) Je dois à l'obligeance de mon collègue et ami , M. Follin , un renseignement qui lui a élé fourni tout récemment par M. Collis , chirurgien de Mcath-llospilal à Dublin. Les anévrysmes ordinaires, si communs en Irlande, devinrent, il y a une douzaine d'années, beaucoup plus rares qu'auparavant. On attribue ce résultat à l'active et irès-cllicace propagande du P. Mattliew , directeur de la Société de tempérance , et ce qui semble ronlirmer cette manière de voir, c'est que le P. Mattliew, ayant perdu depuis trois ou quatre ans la plus grande partie de son innucnce sur la population irlandaise, les anévrysmes, depuis celte époque, ont recouvré leur rréqueiue primillve. Ce document doit être pris en sérieuse considération, mais il ne faudrait pas cependant en exagérer l'importance.

gens disposés à attribuer au mercure les accidents que d'autres attribuent à la syphilis. Je me borne à énoncer ce fait dont tout le monde connaît l'explication. Il n'est donc pas étonnant que ce précieux métal ait été accusé de ronger les parois vasculaires. « Peu de vieillards, s'écrie M. Porter, peuvent subir un traite- « ment mercuriel, sans succomber peu de temps après à la rup- (( ture d'un vaisseau , ou à l'apoplexie, ou à l'hémoptysie (1). » On me dispensera de répondre à cette assertion que l'auteur émet sans aucune preuve , comme s'il s'agissait de la chose la plus incontestable et la plus incontestée.

Disons donc qu'à côté des causes mécaniques qui déterminent la Ibrraation des anévrysmes spontanés, il y a souvent d'autres causes dynamiques prédisposantes, qui agissent en altérant la structure ou en diminuant la résistance des parois artérielles; mais ajoutons que nous ignorons la nature de ces prédispositions fâcheuses.

Quant à la lésion qui précède la formation de l'anévrysme spontané, elle occupe souvent une grande étendue, et on la constate à l'autopsie au delà du point qu'occupe la tumeur. C'est ce qui a heu en général dans les anévrysmes de l'aorte ; mais , pour les anévrysmes externes , il n'en est plus de même : le plus souvent, l'artère est saine au-dessus et au-dessous de l'orifice du sac. J'insiste sur cette particularité importante que beaucoup d'auteurs ont méconnue , et qui trouvera plus loin son application quand je parlerai de la ligature.

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