‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 20 sur 184 · MARCHE DES ANÉVRYSMES VARIQUEUX · texte numérisé non relu

MARCHE DES ANÉVRYSMES VARIQUEUX

naires', tandis quo les anévrysmes variqueux enkystés ou faux consécutifs tendent toujours à s'accroître.

Cette explication est séduisante, mais j'ai le regret de dire qu'elle ne s'accoi'de pas avec les faits. Par exemple, dans un cas cité par Larrey, de Toulouse, il s'agissait d'un anévrysme artério-veineux par dilatation, eL cependant la tumeur, remplissant tout le jarret, donna lieu à des accidents d'une haiile gravité, qui rendirent nécessaire l'amputation de la cuisse (1). D'un autre côté, il y a plusieufs observations qui prouvent qu'un anévrysme variqueux peut rester stationnaire pendant un grand nombre d'années, et prendre ensuite sans cause connue un accroissement inquiétant, c'est-à-dire que la môme tumeur peut se comporter, à diverses époques, de deux manières différentes, ce qui n'aurait pas lieu si la marche de l'anévrysme variqueux dépendait uniquement de la nature de la lésion.

Il y a donc là quelque chose qui nous échappe ; néanmoins, on comprend assez bien pourquoi les anévrysmes artério-veineux , à quelque variété qu'ils appartiennent, sont en général moins menaçants que les anévrysmes artériels. Les anévrysmes s'accroissent parce que la pression du sang qu'ils reçoivent est supérieure à la résistance de leurs parois. Or, dans les anévrysmes artério-veineux, une partie de la colonne sanguine trouve une issue facile dans la veine adjacente. Par conséquent, la pression et la tendance à l'accroissement sont moindres que dans les anévrysmes ordinaires.

En revanche, les anévrysmes artério-veineux n'ont aucune tendance à s'oblitérer peu à peu, et à guérir sans l'intervention, de l'art. On cite quelques cas de guérison spontanée , mais presque tous sont relatifs à des varices anévrysmales qui n'ont duré en tout que quelques jours. La cicatrisation de la plaie artério-veineuse s'est faite plus lentement que celle de la plaie des téguments; le sang artériel a pu pendant quelques jours pénétrer dans la veine ; mais l'orifice de communication s'est bientôt refermé malgré cet obstacle. Pour que cet heureux résultat se produise, il faut presque toujours qu'une compression plus ou moins

(1) Unp.KY. M,m. (la cliiriiryic. inililaire , T. \\, p. 3t»0. Paris, 1817, iii-8°. La tumeur élait grosse comme les deux poings. ?;ile avait succOOii h un coup d'épée.

méthodique soit exercëe sur la plaie. Quant aux anévrysmes variqueux déjà anciens, je n'ose pas dire qu'ils soient tout à fait incapables de s'oblitérer spontanément; mais je dois avouer que je n'en connais aucune observationbieii précise; et le fait de M. Nott, qu'on cite partout sans l'avoir lu, est loin d'être concluant. Un gentleman étant à la chasse, fit partir involontairement son fusil, dont la charge lui fracassa le poignet et alla se loger dans l'aisselle correspondante : le coup était chargé à petit plomb. On amputa immédiatement l'avant-bras ; une énorme eschare se forma dans l'aisselle et se détacha le dix-huitième jour, laissant les côtes à nu , au fond d'une cavité capable de loger un œuf de poule. Avant la chute de cette eschare, il y avait eu trois hémorrhagies considérables. Au bout de deux mois environ, la plaie de l'aisselle était cicatrisée; mais une tumeur pulsatile se forma bientôt sous la cicatrice, et s'accrut ensuite rapidement ; de telle sorte que trois mois après l'accident elle remphssait toute l'aisselle et remontait jusqu'à la clavicule. — « Les pulsations étaient « fortes , dit M, Nott , et le thrill anévrysmal distinct. » C'est à cela que se réduit toute la symptomatologie de l'observation. — Le 27 novembre 1838, M. Nott ha la sous-clavière : il ne survint aucun accident , si ce n'est que lés battements revinrent au bout de deux jours; la hgature tomba sans hémôrrhagie le trenteunième jour, et le quarantième jour la cicatrisation fut achevée. La tumeur continuait à battre ; cinq mois plus tard elle n'avait subi aucun changement, mais au mois d'août 1841, plus de deux ans après l'opération , M. Nott revit son opéré « et eut la satisfaction « de voir qu'il était parfaitement bien sous tous les rapports (1). »

Ce fait a été importé en Europe par un journal français qui en à fait un exemple d'anévrysme variqueux , sans y joindre , du reste, la inoindre symptomatologie, la moindre discussion, et sans même en citer exactement la source (2). Cette assertion est contraire au diagnostic de M. Nott. — il est permis sans doute d'argumenter les observations, et chacun a le droit de les interpréter à sa guise, mais on doit dire au moins sur quoi on se base. C'est ce qu'on n'a pas fait dans le cas actuel. Le traducteur fran-

(1) American Journal of Hfcd. Se, sér. II , ISftl, vol. lU , p. lU.

(2) Annales delà cUiruraie française et étranghr, T. IV, p. 120.

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