CHAPITRE V
PhyMologic |iatliolo^î(|iie des aiiévrysmciiii.
Les phénomènes de la circulation anévrysmalc sont loin d'être les inênies dans toutes les espèces d'anévrysmes. J'ai déjà été obligé, pour faire comprendre les détails de la syin[)tomatologie, de décrire le irioiivement du sang dans lesanévrysmes variqueux. J'aurai donc pfu d<' clmse ;'i y ajouter ici; mais je devrai insister
104 PlIYSlOLOGli; PATHOLOGIQUIL DES ANÉVRYSMES.
avec plus de détails sur la physiologie des anévrysmes arlériels, étude à peine ébauchée jusqu'à ce jour, quoiqu'elle tienne sous sa dépendance toutes les indications thérapeutiques.
I, ANÉVRYSMES ARTÉRIELS.
La forme du sac et la nature de ses connexions avec l'artère impriment nécessairement des modifications à la circulation du sang qui le traverse. L'étude que j'entreprends est donc assez compliquée; mais elle l'est moins qu'on ne pourrait le croire au premier abord, en songeant aux espèces nombreuses que l'anatomie pathologique a établies dans le groupe des anévrysmes artériels. Je ne crains pas de dire que l'origine et le mode déformation des poches anévrysmales sont beaucoup moins importants que leur forme. Or, on peut ramener tous les anévrysmes artériels aux quatre formes suivantes :
1° Vanévrysme cratériforme, qui constitue une tumeur petite, plus ou moins hémisphérique, en forme de coupe ou de cratère. C'est une simple dépression de la paroi artérielle ; l'orifice du sac en constitue la partie la plus large, et le sang y circule presque aussi librement que dans l'artère. L'anévrysme vrai commençant et la plupart de ces tumeurs, aussi rares que singuhères, qu'on a désignées sous le nom d'anévrysmes kystogéniques, rentrent dans cette première catégorie ;
2° Vanévrysme diffus, qui est privé de sac véritable dans une partie ou dans la totalité de son étendue et dont la cavité anfractueuse, irrégulière, limitée par du tissu cellulaire inégalement refoulé, ne communique avec l'artère que par une crevasse plus ou moins large. Les exigences de la pratique ont pu seules me déterminer à accorder l'hospitalité, dans la classe des anévrysmes, à des tumeurs qui n'ont pas de sac proprement dit. Je rappelle, du reste, que l'anévrysme diffus, qu'il soit primitif ou consécutif, finit très-souvent par s'enkyster dans une membrane de formation nouvelle; mais, quoique alors il rentre dans la catégorie des anévrysmes faux ordinaires, il s'en distingue encore, dans beaucoup de cas, par l'irrégularité de sa forme, irrégularité qui modilie singulièrement la circulation du sang dans latumem-;
3° Vanévrysme suociformc, qui consiste en un sac membra-
AiNÈVllYSMliS AnTÈlMKLS. 105
lieux, communiquant avec l'arltTC au moyeu d'un orifice unique beaucoup moins large que le sac lui-même ;
U" Vanévrysme fusiforme, qui est presque toujours mixte externe, et dont le sac, placé sur le trajet et dans l'axe de l'artère, comnumique directement, à ses deux extrémités, avec les deux bouts de ce vaisseau.
Les phénomènes de la circulation dillèrent notablement dans ces quatre formes des anévrysmes.
Dans le premier cas, le sang se renouvelle si rapidement dans le sac qu'il n'a presque aucune tendance à se coaguler et à se déposer sur des parois dont la structure, du reste, est à peine altérée.
Dans le second cas, le sang circule très-irrégulièrement dans la cavité anlractueuse de l'anévrysme ; il stagne presque complètement en certains points, et il a de la tendance à s'y déposer sous forme de caillots passifs.
Dans les deux derniers cas enfin, le sang circule d'une manière régulière, mais non uniforme, dans la cavité de la poche anévrysmale ; il s'y meut beaucoup moins rapidement que dans l'artère adjacente ; il a de la tendance à s'y dépouiller graduellement d'une partie de sa fibrine, laquelle se dépose en feuillets stratifiés et constitue les caillots actifs. La différence capitale qui existe entre les caillots actifs et les caillots passifs, sous le double rapport de leur constitution et du rôle qu'ils jouent dans la guérison des anévrysmes, sera amplement développée plus loin, et on comprendra dès lors pom-quoi j'ai été conduit à substituer ici aux classifications anatomiques une classification purement physiologique.
Cette dernière classification peut même, à la rigueur, se simplifier encore. En efl'et, l'anévrysme sacciforme et l'anévrysme fusiforme, bien que présentant de notables dilférences sous le rapport de la circulation , peuvent être rapprochés l'un de l'autre lorsqu'on les envisage au point de vue de la thérapeutique. Nous arrivons ainsi à établir seulement trois catégories d'anévrysmes :
1° Ceux oîi le sang n'a que peu ou point de tendance à se coaguler (anévrysmes cratériibrmes) ;
2" Ceux où il est disposé à former des caillots passifs (anévrysmes diffus ) ;
3° Ceux enûii où toutes les conditions sont favorables à la lorniation des caillots passifs (anévrysnies saccilbrmesetanévrysnics fusiformes).
Il s'agit maintenant de démontrer l'importance pratique do la classification précédente, de chercher en quoi les quatre formes que j'ai admises diflërent les unes; des autres sous le rapport de la physiologie pathologique, et de déduire de cette étude des principes propres à servir de base au traitement des anévrysmes. '
J'insisterai d'autant plus sur ces détails que, malgré leurs connexions intimes avec la thérapeutique, ils ont à peine, jusqu'ici, fixé l'attention des auteurs.
A. Les anévrijsmes cratériformcs, c'est-à-dire les anévrysnies vrais très-rapprochés de leur début, ne se présentent guère à
ractérislique et échappent, par conséquent, au diagnostic;]5lors-
ÉUit ilUcrmûiliailU cnlrc l'anévrysme cralériformii cl l'aiiiîvrysmo saccifoiiuc. — A, A. Lo lioiic de- l'aoïk'. — B. Le sac aiiévrysmal. — C. L'orilice du sac, presque aussi large que le tond.
Anéunjsmc de l'uovlc ( HoUgsuu ).
Fig. 10.
l'observation des chirurgiens. C'est sur l'aorte qu'on les trouve le plus ordinairement. Ils ne troublent pas sensiblement la circulation; le sang s'y renouvelle toujours très -rapidement et ne s'y coagule jamais ; l'art est aussi impuissant que la nature à y faire naître des dépôts fibrineux. Ces anévrysmes, d'ailleurs, appartiennent moins à la clinique qu'à l'anatomie pathologique. Lorsqu'ils existent sur l'aorte, ils lie donnent lieu à aucun symptôme ca-
ANÉVRYSMES SACClFOlîMliS. 107
qu'ils occupent les artères des membres, ils rormenL des tumeurs lellcmont petites qu'ils sont le plus souvent inappréciables, et les individus qui en sont atteints n'ont aucmi motif pour venir réclamer les secours de la chirurgie. Je n'aurai donc pas à ui'occuper en particulier de cette première variété d'anévrysmes, qui n'exerce sur la circulation aucune influence sérieuse. L'anévrysmc cratériforme n'est, d'ailleurs, que le premier degré de l'anévrysme saccifomie; en s'accroissant, il prend peu à peu la forme d'un sac, dont la cavité s'élargit sans cesse, mais dont le goulot reste à peu près stationnaire. Il y a donc des degrés intermédiaires entre l'anévrysme cratériforme etl'anévrysme sacciformc. La figure 10 en ofî're un exemple. Les phénomènes physiologiques qui accompagnent cet état transitoire sont moins prononcés qu'ils ne le deviendront plus tard ; mais ils sont semblables à ceux qui se produisent dans les anévrysmes sacciformes. Je n'ai donc pas besoin de les décrire isolément,
B. Les anévrysmes sacciformes ne communiquent avec l'artère que par une seule ouverture. Quelquefois, par suite d'un mécanisme que M. P. Bérard a bien étudié (1), une ou plusieurs collatérales se trouvent transportées à la surface du sac ; mais, ainsi que M, Bérard l'a déjà reconnu, cette disposition n'exerce, en général, aucune influence sur la circulalion de l'anévrysme, attendu que les collatérales sont le plus souvent obhtérées au niveau de leur implantation sur le sac. Dans les cas exceptionnels où il en est autrement, le cours du sang présente des modifications intéressantes que j'indiquerai en temps et heu.
Quoi qu'il en soit, le sac, dans l'immense majorité des cas, ne présente qu'une seule ouverture ; c'est celle qui le lait communiquer avec l'artère adjacente, et qui porte le nom orifice. Étudions les phénomènes qui se passent au niveau et au-dessous de cet orifice.
L'action du cœur ne se transmettant aux anévrysmes que par l'intermédiaire des artères , je n'aurai pas à m'occuper de la systole et de la diastole du cœur ; il me suffira d'étudier l'influence qu'exerce sur les anévrysmes la diastole et la sijstole des artères.
(1) p. Bêbard, Sur l'ôtnl des ancres qui 7iaissent des iiimciirs niiôvrysmales , dans Archives générales de médecine, aér. I , T, XXUI , p, 302 ( 18,^0 ).
108 l'HYSlOLOGlE PAI IIULOGIQUE DKS ANÈV llYSMES.
Cela posé, chaque diastole artérielle produit dans la limieur anévrysmale un mouvement brusque d'expansion, appréciable au toucher et quelquefois même à la vue. Immédiatement après, le sac s'affaisse doucement pour se dilater de nouveau d'une manière subite à la pulsation suivante.
Il y a donc dans les anévrysmes une diastole et une systole qui coïncident exactement avec celles des artères.
L'interprétation de ce phénomène ne saurait être douteuse. 11 est clair qu'à chaque diastole artérielle une certaine quantité de sang pénètre de l'artère dans le sac, et qu'une quantité équivalente rentre du sac dans l'artère pendant l'intervalle qui sépare cette diastole de la suivante.
Le rhythme de la circulation artérielle au-dessous de ta lumeur se trouve ainsi légèrement modbaé. Pendant la diastole en effet le bout inférieur ou périphérique ne reçoit pas tout le sang qui lui est destiné, puisqu'une partie de ce liquide pénètre dans le sac et le dilate. Donc la rapidité du courant est moindre pendant la diastole dans le bout inférieur que dans le bout supérieur.
Pendant la systole artérielle, au contraire, le bout inférieur reçoit en plus une quantité de sang égale à celle qui lui avait fait défaut pendant la diastole. En effet, il est traversé non-seulement parla totahté du sang qu'apporte le bout supérieur, mais encore par le trop plein de l'anévrysme qui s'affaisse. Donc la force du courant est plus considérable pendant la systole dans le bout inférieur que dans le bout supérieur.
Ainsi la circulation artérielle au-dessous du sac est doublement modifiée par la présence de l'anévrysme. Le bout inférieur et les artères qui en dépendent se dilatent moins pendant la diastole, se resserrent moins pendant la systole qu'ils ne le feraient dans les conditfons normales. En d'autres termes, la rapidité du cours du sang présente des oscillations moins prononcées audessous de l'anévrysme qu'au-dessus de lui. Il peut en résulter une diminution notable dans l'énergie des pulsations, sur les artères situées entre la tumeur et les capillaires.
La théorie indique que cette diminution doit toujours exister; mais, en pratique, il est souvent difficile de la constater. Je ne parle pas des cas où la tumeur est en partie solidiûée par suite des coagulations successives que j'étudierai tout à l'heure. Alors,
CIRCULATION ANÉVUYSMALE. 109
en elîel, le sac peut comprimer directement .le tronc artériel et rendre la circulation artérielle beaucoup plus faible qu'à l'état normal. Je pense que c'est à cette cause qu'il faut attribuer la faiblesse du pouls radial dans le cas d'anévrysme de la crosse de l'aorte, symptôme beaucoup moins fréquent, du reste, que ne l'a supposé llodgson (1). Quant à l'alVaiblissement du pouls de la pédieuse dans le cas d'anévrysme fémoral , je ne sais si Casamayorl'a constaté bien souvent (2), mais ce que je puis dire, c'est que sur deux malades atteints d'anévrysme fémoral , que j'ai eu l'occasion d'observer, les battements de la pédieuse étaient plus forts du côté malade que du côte sain. L'un de ces malades, couché à l'hospice Beaujon, dans le service de M. Huguier, oOrait du même côté un anévrysme fémm-al et un anévrysme inguinal superposés. Je dois ajouter, du reste , que cette exagération des pulsations de la pédieuse s'expliquait dans les deux cas par l'état de dilatation de toutes les artères du membre malade, dilatation qui semblait avoir précédé et même favorisé la formation des poches anévrysmales. Je n'ai vu que deux fois l'anévrysme poplité , simple et réductible , c'est-à-dire complètement liquide , donner lieu à l'affaibUssement des pulsations de la pédieuse, et je dois même dire que dans un de ces cas , la chose n'était pas assez évidente pour lever tous les doutes. C'est qu'en effet la diminution des battements est proportionnelle au degré d'expansibilité des tumeurs anévrysmales. Or, cette expansibilité est beaucoup moindre qu'on ne se l'imagine généralement. Le choc violent que reçoit, au moment de la diastole, la main qui explore un anévrysme fait croire que la tumeur subit à chaque pulsation de gi\andes variations de volume; mais lorsque l'anévrysme est assez superficiel pour être accessilDle à la vue, on reconnaît bien vite que cette appréciation est exagérée et que l'expansion du sac est réellement assez restreinte. Il n'y a donc qu'une très-pelite partie de la colonne sanguine qui soit déviée au niveau de la tumeur, et c'est ce qui explique pourquoi la circulation du membre
(1) IIODOSON. Maladies des ai'tiivcs cl des veines. Paris, 181!), in-8", nacl. nicsclicl, 'l . I, p. 105.
(2) CASAMAYon. Réflexions sur l'miurysme spoiilant: en iiim'rnl , et sur celui de l'artire fémorale, en piirlienlie.r. Paris, 182r>, iii-8", p. ISO.
reçoit une atteinte moins grave qu'on ne serait porté à le croire au premier abord.
C'est ])oarquoi on doit soupçonner quelque complication, lorsqu'un anévrysme réductible supprime les battements des artères placées au-dessous de lui. J'ai vu un cas de ce genre dont je présenterai plus loin l'histoire détaillée. Un vaste anévrysme du mollet et de la partie inférieure du creux poplité diminuait assez le cours du sang dans les artères de la jambe pour qu'il fût impossible de trouver les battements de la pédieuse et de la tibiale postérieure. Mais cet anévrysme était diffus , ainsi que l'annonçaient tous les autres symptômes, et ainsi que l'a prouvé la suite de l'observation; une tumeur pulsatile, qui existait depuis quelque temps à la partie inférieure du jarret, et que plusieurs médecins avaient considérée comme un anévrysme , fut méconnue par un rebouteur qui soumit la jambe à des tractions violentes. Le vaisseau malade , qui était probablement le tronc tibio-péronier, se rompit; l'anévrysme devint diffus, et on comprend qu'un pareil état de choses ait eu pour conséquence de faire cesser les battements dans les artères de la jambe.
Ceci dit sur l'état de la circulation au-dessous de la tumeur, étudions les phénomènes de la circulation dans la poche anévrysmale, et supposons d'abord qu'il s'agisse d'un anévrysme entièrement réductible , comme ils le sont tous à une certaine époque, lorsque le sac ne renferme que du sang tout à fait hquide Bien qu'en général le volume des tumeurs anévrysmales aille toujours en croissant, cet accroissement se fait ordinairement d'une manière insensible, et, d'une pulsation à l'autre, il peut être considéré comme nul. On peut donc dire que la quantité de sang qui pénètre dans le sac à chaqae pulsation est égale à celle qui rentre dans l'artère, entre cette pulsation el la suivante.
Le volume de la tumeur présente ainsi des oscillations incessantes; mais ces oscillations sont peu considérables : il faut que l'anévrysme soit très-gros et très-superficiel pour qu'elles soient sensibles à la vue, et le toucher, qui les constate le plus souvent sans difficulté , ne permet guère d'en apprécier rigoureusement l'étendue. Toutefois, si on compare les deux volumes extrêmes de la tumeur, immédiatement avant cl hnmédiatement après la diastole, on ne trouve entre eux qu'une différence relativement assez
CIRCULATION ANÉVRYSMALE. . 111
laiblc; et sans pouvoir oxprimor celte difl'érence paroles chid'res, même approximalil's, on penl. dire que l'ondée sanguine qui produit chaque diastole de l'anévrysmc est de beaucoup inférieure à la quantité de sang que le sac renfermait déjù.
Il en résulte que le contenu de la tumeur est loin de se renouveler entièrement à chaque battement nouveau , et que la plus grande partie de ce liquide y séjourne pendant plus d'une pulsation. En d'autres termes, le mouvemen t du sang dans l'anévrysme est beaucoup plus lent que dans l'artère adjacente.
Par exemple, si chaque diastole agrandit de \jU ou de 1/5 la capacité de la poche, il y aura les 3/4 ou les Zi/5 du sang de l'anévrysme qui ne pourront pas se renouveler d'une pulsation à l'autre. Lors même que le mouvement du sang dans la tumeur se ferait d'une manière parfaitement uniforme, il faudrait d'après cela 4 ou 5 pulsations au moins pour renouveler entièrement le contenu de l'anévrysme, c'est-à-dire que la circulation serait quatre ou cinq fois plus lente dans le sac que dans l'artère.
Mais la question est beaucoup moins simple qu'on ne pourrait le croire d'après, ce premier aperçu. En effet, les couches sanguines ne se meuvent pas toutes avec la môme vitesse, et le cours du sang, très-rapide en certains points, tels que ;rorifice et la partie centrale de l'anévrysme, esc au contraire très-lent vers la périphérie, au voisinage des parois du sac.
Pour bien comprendre ce phénomène, il importe de déterminer la nature des forces qui président à la circulation anévrysmale.
Ces forces ne di/fèrent pas de celles qui poussent le sang dans les artères, mais elles s'appliquent ici dans des conditions particu hères qui en modifient sensiblement les effets.
J'ai besoin de rappeler que la circulation artérielle se compose de deux temps : la diastole et la systole. La diastole est produite parle coup de piston du cœur, qui lance à chaque conti>action une nouvelle ondée sanguine dans les artères. Je ne crois pas devoir dire ici comment la distension qui en résulte se propage, en quelques dixièmes de seconde, à tout le système artériel. La° diastole ne se produit pas simultanément sur toutes les artères; mais, pour chaque point du corps considéré en particulier, elle est brusque et instantanée.
La systole des artères succède immédiatement à leur diastole:
■112 PIlVSlOLOfilli PATHOLOGIQUE ntS ANÈVnYSMES.
elle est lente, graduelle, continue , et se prolonge sans interruption jusqu'à la pulsation suivante. Elle est due non-seulement à l'élasticité, mais encore à la contraction active de la tunique musculaire des artères. L'existence de cette tunique n'est plus contestée aujourd'hui.
Grâce à ces deux forces, dont l'une produit la diastole et l'autre la systole ; dont l'une vient du cœur et dont l'autre est inhérente aux parois artérielles , le cours du sang dans les artères est à la l'ois continu et saccadé: continu, parce que la systole est continue; saccadé, parce que la diastole est intermittente.
La vitesse de la colonne sanguine n'est donc pas uniforme, puisqu'elle présente à chaque pulsation un rcdouhlementhrusque. Ceci n'est douteux pour personne ; mais il est probable qu'elle n'est pas la même non plus, à un moment donné, pour toutes les molécules du hquide qui se déplace. Il est probable , en d'autres termes, que le sang placé dans l'axe du vaisseau chemine plus rapidement que celui qui est en contact avec les parois.
Déjà l'observation microscopique a permis de constater ce dernier phénomène sur tous les vaisseaux assez petits pour être transparents. Les globules les plus rapprochés des parois se meuvent beaucoup moins vite que les autres. La viscosité du liquide sanguin, et le frottement de ses molécules contre la membrane interne des vaisseaux rendent raison de cette différence.
Quoique les conditions ne soient plus tout àfait les mêmes dans les gros vaisseaux, où l'attraction dite capiUaire est beaucoup moins prononcée que dans les tubes plus petits, il est très-probable que la vitesse relative des diverses parties de la colonne sanguine y présente des différences analogues, et que les couches périphériques du sang s'y meuvent un peu plus lentement que les couches les plus centrales. Cette différence est trop peu considérable pour entraîner des conséquences importantes ; mais j'ai cru utile d'en faire mention ici, parce que nous allons la retrouver, bien plus tranchée et bien plus évidente, dans les poches anévrysmales, où elle joue un rôle capital. Ceci dit sur la circulation artérielle en général, revenons aux
anévrysmes. , . „
Lorsqu'une ouverture latérale, produite par une plaie, ouvre une voie au sang artériel, il s'élance à l'extérieur sous forme de
CIRCULATION ANÉVRYSMALE. 113
jet. Ce jel est continu et saccadé ; à chaque diastole artérielle, il jaillit avec une force plus grande, en décrivant une courbe plus longue ; innnédiatement après, il décroît d'une manière notable et reste uniforme pendant toute la durée de la systole, pour redoubler de nouveau à la diastole suivante. Voilà ce qui se passe lorsque le sang, au niveau de l'ouverture, ne rencontre aucun obstacle.
Lorsque, au contraire, l'ouverture conduit le sang dans une poche anévrysmale, ce liquide, ne pouvant plus s'échapper à l'extérieur, présente, au niveau de l'embouchure du sac , un flux et un reflux incessants.
La paroi membraneuse de l'anévrysme possède une certaine élasticité qui lui permet de se laisser distendre et de reprendre son premier volume, lorsque la tension intérieure vient à diminuer (1). Cette rétraction est entièrement passive ; le sac, purement fibreux ou cellulo-fibreux, ne renferme dans ses parois aucune tunique contractile comparable à celle des artères. Il en résulte, par conséquent, que, lorsque la poche a été distendue, elle revient sur elle-même avec une force égale, ni plus ni moins, à celle qui a mis en jeu son élasticité.
La diastole de l'anévrysme coïncide exactement avec la diastole de l'artère adjacente. Une ondée sanguine pénètre dans le sac qui, déjà entièrement rempli , ne peut la recevoir qu'en subissant une amphation subite. Le sang nouveau ne trouve place dans l'anévrysme qu'en repoussant au-devant de lui les couches sanguines les plus rapprochées de l'orifice. Il pénètre ainsi jusqu'à la partie centrale du sac. Le liquide préexistant se trouve donc refoulé vers les parois, qui, obéissant à cette impulsion, se dilatent dans tous les sens. Si les choses restaient dans cet état pendant quelque temps, le sang nouveau ne tarderait pas à se mêler intimement avec le sang ancien ; mais la durée de ce mouvement est tellement courte que le mélange n'a pas le temps de s'effectuer d'une manière complète.
La systole anévrysmale, qui succède immédiatement à la diastole, trouve donc les choses dans l'état suivant : au niveau et au
h ""«s parties molles oiivlronnaiiics cl, cello <k's i.Wuments prennonl pari aussi
a I affaissement de la tumeur au moment de la syslole.
voisinage de rorifice,ie sang nouveau existe presque pur de tout mélange ; vers le centre de la poche, il est mêlé assez exaclement aveclesang ancien; enfin, les couches sanguines qui sont en rapport avec les parois sont constituées par le sang ancien, h peine mêlé d'une petite quantité de sang nouveau.
C'est alors que la systole de l'anévrysme commence ; elle coïncide avec celle de l'artère. Les parois du sac, obéissant à leur élasticité, reviennent sur elles-mêmes, en expulsant dans levaisseau adjacent une quantité de sang égale à celle que la diastole vient d'introduire dans l'anévrysme. Cette rétraction ne peut se faire subitement, parce que le hquide expulsé, en arrivant dans l'artère, rencontre un obstacle dans la colonne sanguine qui traverse le vaisseau. C'est donc lentement et graduellement que la tumeur s'affaisse et rentre dans les limites qu'elle avait franchies au moment de la diastole ; mais ce mouvement rétrograde n'est lent que si on le compare à la durée si passagère de la diastole ; en soi , il est au contraire fort court , puisqu'il dure seulement jusqu'à la pulsation suivante.
Gomment s'effectue le retour du sang dans l'artère? D'une manière bien simple : la poche anévrysmale, en se rétractant de toutes parts, refoule vers le centre les couches sanguines périphériques. La pression étant moindre au niveau de l'orifice du sac, les couches de hquide les plus rapprochées de cette ouvertm-e rentrent les premières dans l'artère; les couches suivantes prennent leur place et subissent le même sort Quant aux couches périphériques, elles finiraient aussi par être expulsées à lem" tour, sinon en totalité, du moins en grande partie; mais la diastole, qui survient presque aussitôt, ne leur en laisse pas le temps.
Il en résulte que la plus grande partie du sang qui rentre dans l'artère pendant la systole , provient de l'ondée sanguine introduite dans l'anévrysme par la diastole précédente ; que le renouveUement du sang, à chaque pulsation, est à peu près complet au niveau de l'orifice, qu'il est encore très-prononcé à la partie cen- Irale du sac, mais qu'il est très-faible dans les couches sanguines qui avoisinent la surface interne de la poche anévrysmale.
Si on suppose, par exemple, que chaque diastole augmente de un cinquième la capacité de l'anévrysme , — et il est bien rare ,