CONSÉQUENCES DE L'OBLITÉRATION PASSIVE
(l'ouvrir largement la poche , de la vider, et de la nettoyer, on est exposé c\ voir surgir une inflammation formidable.
Voilà ce qui se passe loi'squc l'inflammation consécutive est limitée i\ la membrane du sac. Le cas est beaucoup plus grave lorsque cette inflammation se propage aux tissus péri-anévrysmaux. En quelques jours la région devient le siège d'un vaste phlegmon diflus. Le pus, qui se produit partout à la fois, dans le sac et hors du sac, dissèque au loin les parties, ravage le tissu cellulaire, dénude les os, pénètre dans les articulations. L'intensité de l'inflammation produit fréquemment la gangrène, et , quand le malade échappe à ces accidents aigus, il faut qu'il fasse les frais d'une suppuration abondante et prolongée. Je n'ai pas besoin d'insister plus longtemps sur la gravité de ces phénomènes. Un autre danger vient s'y joindre encore, celui de l'hémorrhagie. Les caillots passifs contenus dans l'artère, au niveau de l'anévrysme, se fondent et se dissocient dans le pus, et les caillots actifs qui les surmontent quelquefois, n'ont plus assez de longueur pour supporter l'effort du sang. Ces hémorrhagies consécutives , comparables, à quelques égards, à celles qui surviennent à la suite des plaies ou des hgatures artérielles, ont presque toujours, jusqu'ici, été suivies de mort. Je citerai plusieurs faits de ce genre quand j'étudierai le mode d'action de la méthode d'Anel.
Jusqu'à quelle époque l'oblitération passive d'un anévrysme expose-t-elle aux dangers de l'inflammation consécutive ? Il est impossible de répondre à cette question d'une manière générale. Quand l'anévrysme est peu volumineux, deux ou trois mois suffisent pour dissiper les chances défavorables ; mais quand les caillots forment une masse plus considérable, ils peuvent provoquer des accidents à une époque beaucoup plus tardive. Plus loin , en décrivant les diverses méthodes thérapeutiques qui exposent à la formation des caillots passifs (1), j'aurai l'occasion d'en rapporter de nombreux exemples. Je me bornerai ici à en citer deux : un malade de M. Reynaud, de Toulon, traité, par les réfrigérants, pour un anévrysme inguinal, fut considéré pendant trois ans comme guéri ; mais alors un abcès se forma autour des
(') I oy. surtout dans la dciuitmc piu iic de cet ouvrage le § ii du cliap. XVI.
178 DE LA. F.UÉRTSON SPONTATNÉli DES ANÉVRYSME5.
caillots passifs et se termina par la mort du malade (1). Celte terminaison funeste fut plus tardive encore chez un malade de Freer, de Birmingham : un énorme anévrysme inguinal avait été oblitéré au moyen de la compression directe. 11 resta une tumeur solide, volumineuse, qui s'enflamma au bout de douze ans, qui s'accrut pendant les années suivantes, qui s'ouvrit, enfin, vingt-deux ans après l'oblitération, laissant échapper une grande quantité de matière brunâtre mêlée de caillots putrides. 11 n'y eut pas d'hémorrhagie, mais le malade succomba, épuisé par la suppuration (2). Ces faits n'ont pas besoin de commentaires.
Telles sont les fâcheuses éventualités auxquelles expose l'oblitération des anévrysmes par des caillots passifs. On y soustrait en partie les malades en prévenant le développement de l'inflammatiop consécutive et en la combattant dès qu'elle commence à paraître. Le meilleur moyen consiste certainement dans l'application de la glace, et je conseille d'y avoir recours toutes les fois que la tumeur est volumineuse. L'usage des réfrigérants doit être continué pendant très-longtemps, et on n'est autorisé à y renoncer que lorsque la poche est déjà notablement affaissée. Alors, en effet, le travail de résolution est commencé, et les chances de l'inflammation consécutive sont devenues beaucoup plus faibles ; mais elles n'ont pas entièrement disparu, ainsi que le prouve le cas de M. Reynaud. Il faut donc surveiller attentivement la tumeur, et, à la moindre douleur, à la moindre menace d'inflammation, recourir de nouveau aux applications de glace. Je reviendrai sur ce point, quand je parlerai de l'emploi des réfrigérants dans le traitement des anévrysmes.
L'inflammation consécutive des anévrysmes diffère essentiellement de l'inflammation primitive. Sous le rapport du traitement, l'une et l'autre peuvent conduire à la suppuration et à la rupture du sac; mais, tandis que le chirurgien doit abandonner à eux-mêmes les abcès qui résultent de l'inflammation primitive, il doit ouvrir, au contraire, sans trop de retard, ceux qui sont dus à l'inflammation consécutive. Dans le premier cas, en effet, il est à craindre que l'artère ne soit 'encore perméable et que le sang
II) Celte observation sera reproduite dans le chapitre des Réfrigérants. (2) FIODCSON. Malad. des artircs, tr. Ir., 1819, h,-8", T. I, p. I/.5.