‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 52 sur 184 · CAUSTIQUES · texte numérisé non relu

CAUSTIQUES

le malade marchait beaucoup, diminuant lorsqu'il gardait le repos, — cette tumeur, dis-je, était peut-être variqueuse ou ërecfile, mais à coup sûr elle n'était pas anévrysmale (1).

La cautérisation était abandonnée et même oubliée , lorsque M. Girouard, de Chartres , y eut recours au mois de juin 1861 , sur un malade qui avait refusé de se soumettre à l'opération ordinaire. L'anévryme occupait le pli du coude et avait succédé à une saignée malheureuse. M. Girouard plaça un garrot sur le bras , et appliqua , sur toute la surface de la tumeur, une couche de pâte devienne, qui produisit une eschare molle. Cette eschare fut enlevée au bout de vingt minutes et remplacée par un disque de pâte de Canquoin (chlorure de zinc). Au bout de huit heures il y avait une nouvelle eschare, qui pénétrait jusque dans le sac. M. Girouard incisa cette eschare et larda l'anévrysme de bâtons de chlorure de zinc , longs d'un pouce et séparés les uns des autres par des intervalles de h millimètres. Au bout de dix minutes on relâcha le garrot. Douze heures après le sac fut ouvert et vidé; mais aussitôt le sang jaillit du fond de la plaie. Il fallut resserrer le garrot et appliquer sur l'orifice de l'artère un nouveau disque de pâte de zinc. Cette fois l'hémorrhagie ne revint pas et le malade guérit (2).

Encouragé par ce succès , M. Girouard a , depuis lors , traité trois anévrysmes au moyen de la cautérisation ; mais il s'y est pris d'une manière toute différente. Deux fois il n'a cautérisé le sac qu'après l'avoir ouvert ou vidé au moyen d'une incision. L'un de ces malades avait un anévrysme traumatique de la paume de la main : l'autre, un anévrysme spontané de l'artère temporale. Tous deux ont guéri. Dans ces deux cas, la cautérisation n'a été qu'un procédé de la méthode de l'ouverture du sac.

Une autre fois enfin M. Girouard a traité avec succès , par la 'Cautérisation, un anévrysme spontané de la radiale près du poi- 1 gnet. La tumeur avait le volume d'un petit œuf de poule. Au heu 'de l'attaquer directement, il fit agir les caustiques sur le tronc imême de la radiale , au-dessus et au-dessous. Les battements de I l'anévrysme s'arrêtèrent; les eschares se détachèrent et la cica-

(1) WlSEMAPiiN. C/nV»?-flicfii Trcaliscs. Lond., 173a, in-«", vol. I, p. 121-123. Bookl, i Chap. XVI , 2ij(l obs. ( La 1« édit. est de Londres , 1070 , in-fol.)

(2) liemc mklico-cliirurgicale de l'avis, 1855, T. XVII , p. 21fi.

Irisation fut complète au bout de 27 jours. La cautérisation dans ce cas n'a constitué qu'un procédé très-défectueux de la méthode de la double ligature. Le chirurgien, il est vrai, a terminé le traitement en appliquant de la pâte de Vienne sur une tumeur qui n'était plus un anévrysme; mais c'était parfaitement inutile, et en réalité, M. Girouard n'a employé qu'une seule fois la méthode propi-ement dite de la cautérisation.

Les faits de M. Girouard n'étaient pas encore publiés , lorsque M. Bonnet, de Lyon, traita avec succès, par la cautérisation, un anévrysme traumalique diffus de l'artère sous-clavière. Je reproduirai en abrégé cette importante observation :

2® Observation (Bonnet) (1). — Anévrysme traumalique de la sousclavière. — Cautérisation avec la pâle de zinc. — Hémorrhagies trèsgraves. — Guérison.

Lo cas était à peu près désespéré. La tumeur était grosse comme les deux P' iiigs, et il est douteux que la ligature de la sous-clavière en dedans des scalènes eût été praticable. La plaie, produite un mois auparavant par un coup do couteau, n'était pas encore ciratrisée, et livrait passage à des hémorrhagies répétées qui menaçaient le malade d'une mort prochaine. M. Bonnet, connaissant les propriétés coagulantes du chlorure de zinc, résolut de se servir de ce caustique pour détruire la tumeur. Le 6 janvier 1853, il appliqua sur la plaie un disquede pâte de Canquoin, large de 2 centimètres. 11 en résulta une eschare sèche qui arrêta l'écoulement du sang. De nouvelles applications du même caustique furent faites chaque matin sur ceUe première eschare , depuis le 9 jusqu'au 20 janvier, jour où les battements et le bruit de souffle disparurent. La tumeur cependant s'était accrue ; l'eschare avait 8 centimètres de large. Il y avait une inflammation notable.

Le 25 janvier, hémon hagie artérielle qui se reproduit le 27, le 28, le 29, le 30 et le 31 janvier. Ces hémorrhagies furent arrêtées chaque fois au - moyen d'une nouvelle application de chlorure de zinc. A partir du 21 janvier, on appliqua le caustique matin et soir, pour prévenir les hémorrhagies qui , effectivement, ne reparurent plus.

Le 8 février, pour rendre la cautérisation plus égale, on commença à enlever les couches superficielles de l'eschare, qui avait alors 12 cent, de long sur 10 cent, de large. Le 12, on pénétra dans la poche anévrysmale, d'où on relira un caillot volumineux. Le 13 , on abandonna la cautérisation. Lo 21, l'eschare était détachée de toutes parts, excepté par sa face profonde.

(1) Bulletins de la Société de liùrwyk, T. III, p. 608, Paris, 1853, iii-8°.

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i Le <""'mars, l'eschare se sépai-a tout à fuit, laissant une cavité large et I I otbnde, au fond de laquelle on apercevait les tronçons des nerfs du plexus j i'i achial. L'abondance de la suppuration , et ia douleur provoquée par ces ' cautérisations innombrables, avaient tellement épuisé le malade, qu'il ne I pouvait même plus se retourner dans sou lit. Néanmoins, celte immense plaie : se remplit de granulations. L'appétit, le sommeil et bientôt les forces revin- 1 rent. Le 24 mars, l'opéré put commencer à se lever, et le 26 avril , lorsqu'il . quitta l'hôpital, la cicatrisation était presque achevée.

Le membre supérieur était paralysé ; les artères du bras et de l'avant-bras I ne présentaient aucun battement.

Ce succès presque inespéré semble favorable à la méthode de la cautérisation ; mais il ne faut pas en exagérer la signification. -Laguérison a été achetée au prix d'hémorrhagies effrayantes, I de douleurs énormes et d'une suppuration qui a failli emporter Ile malade. La paralysie du membre Ihoracique ne doit pas être ^attribuée à l'action du caustique; elle existait déjà le jour de l'accident, parce que le coup de couteau qui avait ouvert l'artère ssous-clavière avait en même temps coupé les nerfs du plexus brachial ; mais il est clair que l'action aveugle des caustiques ne peut pénétrer jusqu'à l'artère sans atteindre le nerf ou les nerfs :qui l'accompagnent. Il est donc probable que si la paralysie n'avait pas existé préalablement, la cautérisation aurait suffi pour la produire. 11 faut tenir compte de cette circonstance, qui constitue un inconvénient très-sérieux toutes les fois que l'artère anévrysmatique a des connexions immédiates avec des troncs nerveux importants.

Le caustique dont MM. Girouard et Bonnet se sont servis est là peu près le seul auquel on puisse songer, parce qu'il possède Ides propriétés coagulantes très-énergiques. Il coagule en général •le sang dans les vaisseaux au delà des limites de l'eschare, et, •lorsque celle-ci se détache, il y a lieu d'espérer que l'hémorrhagie ne se produira pas. Toutefois, les partisans de la pâte de Ganquoin et de ses nombreux dérivés ont eu tort de nier la possibilité des hémorrhagies. J'ai vu cet accident survenir le dixième jour, chez une femme que j'avais cautérisée avec la pûle de zinc, pour un encéphaloïde de la mamelle. L'une des malades que M. Landolfi a cautérisées à la Salpéirière, en pnîseuce d'une 'Commission dont je faisais partie, a eu également à subir une

héraoïThagip (1). Si le clilorarc de zinc ne s'oppose pas toujours à riiëmorrhagic lorsqu'il s'agit d'une Lumeur solide dont les vaisseaux n'ont qu'un calibre médiocre, il est à craindre qu'il soit bien plus inefficace encore dans le cas d'anévrysme, parce qu'alors l'artère qu'on cautérise est en général assez grosse. Cette crainte a été confirmée par l'expérience. Le premier opéré de M. Girouard a eu une hémorrhagie ; celui de M. Bonnet en a eu six ; or, ces cas sont les seuls où la méthode de la cautérisation ait été appliquée dans toute sa pureté; ils sont même les seuls où on ait cherché à oblitérer avec la pâte de zinc une artère de quelque importance ; de sorte que le caustique de Canquoin, appliqué deux fois sur des tumeurs anévrysmales, a chaque fois ouvert le sac avant d'oblitérer l'artère. Ce résultat est peu encourageant, et, quoique les deux malades aient été guéris, cela suffit pour jeter une grande défaveur sur la méthode de la cautérisation.

Les autres caustiques sont évidemment inférieurs au chlorure de zinc, puisqu'ils coagulent le sang avec moins de facilité.

La méthode infidèle de la cautérisation me semble devou' être à peu près bannie de la pratique; eUe ne peut être appliquée avec quelque sécurité que sur les anévrysmes des très-petites artères, ou au moins sur ceux qu'on peut maîtriser d'une manière permanente, au moyen d'un tourniquet ou d'un garrot placés audessus du sac ; mais on possède pour les cas de ce genre beaucoup d'autres méthodes plus inoflensives. Quant aux anévrysmes des grosses artères, on ne peut les cautériser sans exposer les malades à de graves hémorrliagies, à une suppuration abondante, à des paralysies et à des gangrènes résultant de la desr truction simultanée de l'artère, de la veine satellite et des troncs nerveux du voisinage. On doit donc donner la préférence à des méthodes moins dangereuses. Reste enfin le cas où l'anévrysme est très-rapproché du tronc, et où la méthode d'Anel est inapplicable, comme cela avait lieu chez le malade de M. Bonnet. La cautérisation trouvera-t-elle enfin ici son application? Je n'ose pas me prononcer résolûment pour la négative ; mais, pour ma

(11 Le caustique de M. LandolR doit son odeur et sa couleur au clilorure de brôme, mais il doit ses propriétés caustiques aux chlorures de zinc et d'antimoine qui font la base de la pâ« de Canquoin. ••

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