‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 89 sur 184 · EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX

tion, on y trouve un magma noirâtre, dur, friable, se laissant léduire par la pression des doigis en une matière grumeleuse qui rappelle assez bien l'apparence du marc de café. Ce caillot, purement chimique , est exactement semblable à celui qu'on obtient dans les expériences faites sur le sang retiré des vaisseaux.

Ce caillot chimique est désigné par MM. Giraldès et Goubaux sous le nom de caillot primitif. Bientôt , en elTet , des caillots secondaires continus avec le précédent, se déposent dans l'artère au-dessus et au-dessous de lui.

Les caillots secondaires sont solides , flexibles , presque exclusivement fibrineux. Ils sont plus longs sur le bout périphérique que sur le bout cardiaque de l'artère. Ils sont déjà formés vingtquatre heures après l'injection. Ils sont beaucoup plus fermes que les caillots déposés au-dessus et au-dessous des hgatures ordinaires. Ils adhèrent en outre d'une manière très-solide à la membrane interne de l'artère, de sorte que la circulation se trouve complètement et définitivement interceptée.

Pendant les premiers jours , les caillots secondaires se continuent insensiblement avec le caillot primitif. Mais bientôt commence un travail que MM. Goubaux et Giraldès désignent sous le nom û'enkijstement du caillot. Une ligne de démarcation s'établit entre les deux ordres de caillots; en peu de jours la séparation est complète ; comme si une sorte d'éUmination s'était effectuée entre le caillot chimique inorganisable et la substance fibrineuse des caillots secondaires. A partir de ce moment, le caillot primitif est contenu dans une cavité bien circonscrite et close de toutes parts.

Que vont devenir maintenant les deux espèces de caillots ?

Les caillots fibrineux, organisables, se condensent, deviennent de plus en plus adhérents à l'artère, et celle-ci se trouve transformée, au-dessus et au-dessous du caillot chimique, en un cordon plein dont le volume diminue et dont la dureté s'accroît chaque jour.

Les destinées du caillot chimique sont beaucoup moins constantes : quelquefois ce caillot se ramollit; on trouve alors l'artère pleine d'une matière jaunâtre , glutineuse , pulpeuse, formée par le sang altéré mêlé de débris d'épithélium et de lamljeaux provenant de la membrane interne. Gela no s'observe guère que lors-

^00 INJECTIONS COAGULANTES.

qu'on a injecté une dose exubérante de perchlorure. — Celle matière inerte serait-elle suscei)til)le de se résorber ensuite complètement, ou provoquerait-elle un travail d'élimination? Ces deux éventualités me semblent possibles, mais les animaux soumis aux expériences n'ayant pas été consoi'vés plus de quatre à cinq mois, la question ne peut encore être résolue d'une manière positive.

D'autres l'ois, le caillot chimique s'affaisse notablement en se condensant de plus en plus, devient très-adhérent aux parois de la cavité qui le renferme, se décolore peu à peu, prend une couleur jaunâtre, et demeure définitivement enkysté dans l'intérieur de l'artère. Cette disposition existait sur des chevaux que MM. Giraldès et Goubaux ont conservés pendant k mois et demi.

D'autres fois enfin le caillot chimique se résorbe graduellement. Il avait à peu près disparu sur un mouton que Pravaz sacrifia deux mois et demi après l'injection (1). Cette dernière terminaison ne semble pas très-commune. Le caillot chimique , en effet , résiste le plus souvent à la résorption , ainsi que le démontrent chaque jour les injections faites dans les varices.

Bien que la vitalité des artères ne soit sans doute pas tout à fait la même chez l'homme que chez les autres animaux, les résultats des expériences précédentes doivent être connus des chirurgiens, parce qu'ils jettent beaucoup de jour sur le traitement des anévrysmes par les injections coagulantes. Il est clair, en efl'et, que le caillot chimique, dû à l'action directe du perchlorure sur l'albumine, présente, dans tous les cas, les mêmes caractères et les mêmes propriétés. Mais les phénomènes qui résultent de la présence de ce caillot offrent chez l'homme quelque chose de très-spécial, parce que, d'une part, l'injection est poussée dans un anévrysme dont les parois difi'èrent notablement de celles des artères, et parce que, d'une autre part, la coagulation fibrineuse secondaire, qui joue un si grand rôle dans la guérison, est sous la dépendance de la plasticité du sang. Or, cette plasticité varie beaucoup, non-seulement d'animal à animal, mais encore d'homme à homme. Toutes les fois qu'il est possible de reproduire chez l'homme les conditions où on se place pour expérimenter sur les animaux, l'injection do perchlorure convena-

(1) BuM, Soç. de chirurgie , 1853 , T, ni , p, 630,

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