‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 132 sur 217 · PREMIERS SUCCÈS · texte numérisé non relu

PREMIERS SUCCÈS

du malade, et n'avait pas donné lieu aux accidents que l'on craignait. La tumeur, au lieu de s'accroître , comme dans le cas de Deschamps, avait subi au contraire une diminution considérable. 11 ne fallait donc pas perdre toute espérance , d'autant mieux que jusqu'alors les préceptes de Brasdor n'avaient pas encore été rigoureusement suivis. Deschamps et A. Cooper avaient laissé des collatérales entre la tumeur et la ligature ; que fût-il arrivé sans celte circonstance qui laissait persister la circulation dans le sac? On ne pouvait encore le savoir.

Brasdor, ainsi qu'on l'a vu plus haut, avait annoncé que sa méthode était surtout applicable aux anévrysmes de l'extrémité inférieure de la carotide. M. Wardrop , sans doute , connaissait déjà cette particularité, lorsqu'en 1825 une femme Agée de 75 ans, et atteinte d'anévrysme carotidien, vint se confier à ses soins. La tumeur, qui était énorme , descendait jusqu'à la clavicule ; la méthode d'Anel n'était pas applicable, et cependant il fallait agir, car l'anévrysme paraissait devoir bientôt se rompre. M. Wardrop se décida à pratiquer l'opération de Brasdor, et lia la carotide entre le sac et les capillaires. Pendant les quatre premiers jours la tumeur dhninua du tiers environ de son volume ; le cinquième et le sixième jour elle devint plus pulsatile qu'auparavant, puis elle s'oblitéra, et diminua de nouveau à partir du huitième jour. Le quatorzième jour, elle était réduite à la moitié de son volume primitif. Mais il paraît que le sac était rempli de caillots passifs, car il s'enflamma, suppura et se vida. Il n'y eut aucune hémorrhagie et l'opérée guérit malgi'é son grand âge (1). Cinq ans après , quand M. Guthrie publia son ouvrage , la guérison ne s'était pas démentie (2).

Ce succès , qui sanctionnait pour la première fois les idées de Brasdor, fut bientôt suivi de nouvelles tentatives. Le 10 décembre 1826, M. Wardrop s'efforça de guérir un second anévrysme de la carotide, par l'opération qui lui avait déjà si bien réussi. Ce nouveau fait, qui a été publié comme un demi-succès, a été trop légèrement accepté; pour ma part, je dois avouer

(1) Wardrop. On Ancurism and Us Cure by a neiv Opération. I.ond., 1828, in-S", p. 2fi rt pi. IV. Les Iccicurs français trouveront une traduction de la partie la pins itnporiautc de c<t ouTrage dans les Transactions médicales. Paris, 1830, in-8", T. 1, p. 355.

(2) CCTHRiE. On Disetises and Injuries of Arteries. Lond., 1830, in-8", p. 173.

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qu'il m'inspire bien des doutes, M. Wardrop raconte qu'après l'opération, la tumeur, qui occupait l'extrémité inférieure de la carotide droite, et qui avait deux pouces et demi de large, s'affaissa graduellement sans pour cela cesser de battre , et que trois mois après elle était réduite au volume d'une amande. Mais par malheur la malade, qui avait une hypertrophie du cœur, succomba à cette époque, et à l'autopsie on trouva que la carotide éXait perméable dans toute son étenchie{l). Ce vaisseau par conséquent n'avait pas été lié. Il y aurait de longs commentaires à faire sur cette observation. Quoi qu'il en soit , on s'imagina que la méthode de Brasdor comptait presque un deuxième succès, et cette erreur eut du moins l'avantage d'encourager les chirurgiens. Peu de temps après (1827), M. Lambert fit une nouvelle tentative ; cette fois la carotide fut réellement liée ; le sac anévrysmal se remplit de feuillets fibrineux; un caillot solide oblitéra la partie inférieure du tronc de la carotide, et la malade était sur le point de guérir, lorsque plusieurs hémorrhagies fournies par le bout supérieur ou périphérique de Tarière liée, déterminèrent la mort plus de six semaines après l'opération (2). Ce fait, quoique malheureux dans ses résultats définitifs, était encourageant, puisqu'il prouvait au moins l'efficacité de la méthode de Brasdor. Une autre opération pratiquée quelques mois après par M. Busk, de New-York, donna un succès complet. La tumeur était énorme; elle s'étendait de la clavicule à l'os hyoïde, et comprimait si bien la trachée et l'œsophage que la déglutition et la respiration étaient presque suspendues {sic). La mort paraissait prochaine et inévitable. M. Busk lia la carotide au-dessus du sac. Chose très-remarquable , la tumeur s'affaissa un peu immédiatement après, et la malade, qui n'avait rien avalé depuis neuf jours, put boire aussitôt environ dix onces de liquide. Les jours suivants les pulsations s'affaiblirent , le vingt-septième jour, la plaie était cicatrisée, la tumeur, devenue solide et sans pulsation, était réduite à la moitié de son volume, et six mois après elle avait à peu près disparu (3).

Il fut dès lors prouvé que la méthode de Brasdor, appHquée

(1) Wardrop. On Aneurism, elc, p. 29 à 35.

(2) Loc. cit., p. 36.

(3) Loi: cit., p. ft9,

PROCÉDÉ DE WARDROP. 619

au traitement des anévrysmes delà carotide primitive, avait une efficacité réelle. Cette méthode n'était plus , comme l'avait prétendu Allan Burns, aussi absurde en théorie que funeste en pratique. Elle avait fourni au moins deux succès complets dans des cas désespérés, et depuis lors il est bien démontré que la ligature placée au delà de la tumeur peut guérir les anévrysmes, lorsqu'il ne naît aucune branche artérielle entre le sac et le point ou on applique le fil constricteur.

M. Wardrop, qui avait le premier fourni la démonstration expérimentale de ce fait important , ne tarda pas à aller plus loin dans la môme voie. Convaincu que, pour provoquer l'oiîlitération des anévrysmes , il suffit de diminuer le volume de la colonne sanguine qui les traverse , il fit su])ir à la méthode de lîrasdor une modification remarquable, qui en agrandit subitement le domaine, La persistance d'une collatérale, ou même de plusieurs branches volumineuses entre le sac et la ligature, ne lui parut pas de nature à empêcher la coagulation du sang dans le sac. La quantité de sang qui continuerait , après une opération de ce genre, à traverser l'anévrysme, serait toujours bien inférieure à celle qui le traversait auparavant, et la tumeur se trouverait ainsi dans des conditions comparables à celles que fait naître le procédé de Hunter apphqué au traitement des anévrysmes poplités. Tel fut le raisonnement de M. Wardrop , et Texpérience ne tarda pas à donner à cette théorie une confirmation éclatante.

-lo*^ Observation ( Wardrop). — Anévrysme du tronc brachio-céphalique . — Ligature de la sous-clavière. — Guérison pendant dix-sept mois. — Formation d'un nouvel anévrysme au-dessous du premier. — Mort. — Autopsie, Une dame âgée de 45 ans, mistriss Denmark, était menacée d'une mort prochaine par un volumineux anévrysme du tronc brachio-céplialique. La tumeur descendait derrière le sternum, faisait saillie à la base du cou, au bord interne du sterno-mastoïdien , comprimait la trachée, et donnait lieu à une dyspnée excessive. On essaya d'abord de diminuer le passage du sang dans l'anévrysme en comprimant l'artère humérale ; mais la malade uo put jamais supporter cette compression au delà de quelques instants. Le 6 juillet 1827, M. Wardrop se décida à lier la sous-clavière en dehors des scalènes (I). Im-

(1) Le point oïi la ligature fut appliquée n'est pas indiqué d'une manière précise ; mais les incisions qui furent pratiquées ne purent conduire que sur Textrémité externe de rartère sous-clavjère,

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médiatement la respiration devint plus libre, et la tumeur, sans s'alTaisser d'une manière appréciable, parut battre avec moins de force. La ligature tomba le vingt-deuxième jour; la plaie se cicatrisa, et, au bout d'un mois, la malade put quitter Londres pour aller se rétablir à la campagne. La tumeur, réduite alors à un moindre volume, ne faisait au-dessus du sternum qu'une saillie peu prononcée, et ne présentait plus que des pulsations à peine sensibles. Mais il restait encore une dyspnée assez considérable. A la fin d'août, deux mois environ après l'opération, la tumeur extérieure avait presque disparu ; la dyspnée était légère, et la malade pouvait aisément monter un escalier. Mais, vers le milieu de septembre, il survint une bronchite qui fit reparaître la dyspnée, et qui nécessita plusieurs évacuations sanguines. Six semaines plus tard, une nouvelle bronchite, beaucoup plus violente que la première, fit courir à la malade les plus grands dangers, et ne céda qu'au bout de deux moi?, grâce à un traitement très-énergique. — Le 8 août 1828, mistriss Denmark avait repris de l'embonpoint; la dyspnée avait diminué au point que la malade pouvait dormir dans la position horizontale ; à la place de l'anévrysme, existait, à la base du cou, immédiatement au-dessous du sternum, une masse solide et dure qu'on ne trouvait que par le toucher. L'état général était excellent, et le 9 septembre 1828, quatorze mois après l'opération, la malade, retirée à la campagne, écrivit àM. Wardrop qu'elle jouissait de la santé la plus satisfaisante (I).

Ce fut alors que l'observation de mistriss Denmark fut publiée. II était permis d'espérer que cette guérison serait durable. Mais trois mois après, une petite tumeur pulratile parut au-dessus de la fourchette sternale, sur la ligne médiane, et un peu plus tard on vit naître une deuxième tumeur qui semblait correspondre à l'origine de la carotide droite. Ces deux tumeurs nouvelles se confondaientà leur base avec les restes indurés de l'ancien anévrysme. M. Wardrop se proposait de lier l'artère carotide; mais à partir de janvier 1829, cette tumeur devint stationnaire ; néanmoins, la déglutition et la respiration restèrent gênées. En juillet, il survint de l'anasarque, puis les forces diminuèrent, et la malade succomba le 13 septembre 1829 (2).

A l'autopsie, on trouva que la tumeur occupait l'intervalle qui sépare les insertions sternales des deux sterno-mastoïdiens. Cette tumeur, plus grosse qu'un œuf de dinde, adhérait au sternum, dont le tissu était en partie absorbé, t se composait pour ainsi dire de trois lobes, l'un inférieur ou sternal, l'autre upérieur, remontant le long de la trachée, le troisième externe, situé derrière la clavicule. Elle était ferme et presque entièrement solide. Le lobe trachéal et le lobe claviculaire étaient complètement remplis par un caillot résistant.

(1) Wardrop. On Aneurism, etc., p. 66 à 82.

(2) The Lancft, 182S-29, vol. II, p. ^SS.

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feuilleté et décoloré, c'est-à-dire flbrineux. Le lobe sternal, seul perméable au sang, renfermait aussi d'épaisses couches fibrineuses; mais on trouvait, en outre, à sa partie centrale, une cavité anévrysmale pleine de sang artériel, et communiquant avec l'aorte et avec l'artère carotide; les parois de l'aorte étaient plus jaunes, plus épaisses qu'à l'état normal, et étaient le siège de plusieurs petits dépôts calcaires. L'artère carotide droite était saine et perméable.

Bien que cette autopsie ait été faite avec une véritable légèreté, elle montre que l'anévrysme occupait ijrimitivement l'extrémité supérieure du tronc bracbio-céphalique , et qu'il était fusiforme ; la ligature de la sous-clavière a eu pour conséquence de faire solidifier et rétrograder cette tumeur ; les caillots fibrineux ont obturé l'origine de la sous-clavière et rempli toute la poche, à l'exception d'un canal qui a continué h conduire le sang dans l'artère carotide, ainsi que cela a lieu dans la guérison spontanée des anévrysmes fusiformes de l'aorte ; enfin , dix-sept mois après l'opération , l'extrémité inférieure du tronc brachio-céphalique s'est dilatée à son tour, et la malade a succombé à cette récidive. Il est regrettable que M. Wardrop n'ait pas mis à exécution son projet de lier alors l'artère carotide. Il aurait pu obtenir un succès complet et définitif. Malgré cela, on peut dire que la méthode de Brasdor, modifiée par M. Wardrop, a prolongé pendant plus de deux ans la vie de l'opérée. M. Guthrie, ne voulant pas croire à l'efficacité de cette méthode, a ingénieusement passé sous silence la date de l'opération et celle de la mort, laissant croire au lecteur que ia ligature de la sous-clavière n'avait produit dans le volume de la tumeur qu'une diminution de trèscourte durée. D'autres ont cité l'observation demistriss Denmark comme un succès définitif. Pour rectifier cette double erreur, j'ai dû rassembler les deux parties de 1 observation.

Quoi qu'il en soit, le fait de M. Wardrop fut publié à une époque où la malade semblait définitivement rétablie, et la possibilité de guérir les anévrysmes du tronc brachio-céphalique par la ligature d'une des deux branches de ce vaisseau parut démontrée. Aussi M. Evans, de Belper, n'hésita-t-il pas à mettre une deuxième fois à exécution l'idée de M. Wardrop.

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16^ Observation (Evans) (1). — Aîiévrysme du tronc innommé et de la carotide. — Ligature de la carotide au delà de la tumeur. — Guérison.

L'anévrysme occupait à la fois l'extrémité supérieure du tronc brachiocéphalique et le tronc de l'artère carotide ; il remontait jusqu'au niveau du cartilage cricoïde, et gênait la respiration et la déglutition. Le 22 juillet 1828, M. Evans lia l'artère carotide à sa partie supérieure. Pendant les premiers temps, la tumeur, loin de s'affaisser, battit avec plus de force qu'auparavant ; mais le 4 5 août les pulsations diminuèrent ; le 23 août elles étaient à peine perceptibles, puis elles disparurent tout à fait, et cinq semaines après l'opération le malade était assez fort pour faire des promenades en voiture et même achevai. Ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est que les artères du membre thoracique droit, qui avaient présenté des pulsations exagérées pendant les premiers jours après l'opération, cessèrent de battre le huitième jour. L'artère brachiale était oblitérée et transformée en un cordon solide. Le membre correspondant était impuissant, atrophié, et à demi paralysé du sentiment ; ce ne fut qu'au bout de trois semaines que la circulation commença à se rétablir au moyen de collatérales qu'on sentait battre à la partie postérieure du bras. La paralysie du membre n'était pas encore complètement dissipée le 19 octobre, près de trois mois après l'opération. Il est certain que la ligature de la carotide avait eu pour conséquence de faire oblitérer la sous-clavière, et cela prouve que l'anévrysme occupait réellement l'extrémité supérieure du tronc brachio-céphalique.

La suite de l'observation a été communiquée à M.Guthrie par M. Evans (2). La tumeur , désormais privée de pulsations , resta stalionnaire jusqu'au 27 août 1 829 : le malade avait repris sa vie active et ses habitudes d'intempérance. Il courait les foires et les marchés de sa province et s'enivrait fréquemment. Un jour il fit une chute de cheval : malgré cela, l'anévrysme ne récidiva point ; mais la tumeur, qui avait conservé son premier volume, et qui était sans doute oblitérée par des caillots passifs, commença à se ramollir treize mois après l'opération. Elle s'accrut beaucoup et devint fluctuante ; elle ressemblait tout à fait à un vaste abcès. On n'y percevait ni la moindre pulsation ni le moindre bruit de souffle. La santé générale restait excellente, et le malade pouvait supporter sans peine de grandes fatigues. M. Evans s'imagina que le nouvel accroissement de la tumeur était dû à la formation d'un second anévrysme sur l'extrémité inférieure du tronc innominé et sur l'aorte elle-même. Mais aujourd'hui que nous connaissons la physiologie des

(1) Wardrop. OnAneitrism,elc. Lond., 1828, iii-8", Appendix , p. 96.

(2) GuTHRiE. On Diseuses and Injuries of Arteries. Lond., 1850, iii-8°,p. 175.

PROCÉDÉ DE WARDROP. 623

caillots passifs, nous pouvons rejeter cette supposition, et rapporter au ramollissement de ces caillots l'accident tout local qui survint treize mois après l'opération chez le malade de M. Evans. D'ailleurs, l'idée d'une récidive dut être écartée au bout de quelques mois. La tumeur, toujours privée de pulsations, continua à s'accroître, et le 24 août 4 830 elle finit par se rompre, laissant écouler 24 onces de pus. Je passe sous silence quelques particularités au moins singulières. A la fin de novembre, la cicatrisation était complète ; le <6 mai i831, le malade, jouissant d'une santé parfaite, ne conservait plus aucune trace de son ancienne tumeur (1), et M. Wardrop, dans une publication ultérieure, put annoncer que, neuf ans après l'opération , la giiérison ne s'était pas démentie (2).

Cette observation remarquable peut servir de pendant à l'histoire de mistriss Denmark. Dans les deux cas, il s'agissait d'un anévrysme de l'artère bracliio-céphalique. M. Wardrop ne lia que la sous-clavière, M. Evans ne lia que la carotide, et chez les deux malades il suffit de diminuer de moitié le volume de la colonne de sang qui traversait l'artère anévrysmatiquepour amener l'oblitération de la tumeur. Ainsi se trouvait confirmée la doctrine de M. Wardrop. Mais l'expérience ne tarda pas à démontrer que, le plus souvent, un courant sanguin considérable continue à traverser l'anévrysme, se réserve un passage définitif à travers les caillots et gagne les collatérales qui n'ont pas été liées ; de, là résulte la possibilité d'une récidive. Déjà cet accident s'était produit sur l'opérée de M. Wardrop : la carotide et l'artère brachio-céphalique étaient restées perméables, et un nouvel anévrysme se forma au bout de dix-sept mois. Comment prévenir cet accident? M. Wardrop avait songé à lier consécutivement la carotide , mais il ne mit pas ce projet à exécution , et ce fut M. Fearn qui eut le mérite de faire pénétrer cette idée dans la pratique.

(1) Lettre de M. Evans à M. Vilardebo, dans Vilardebo, Th. iiiaug. De l'opération de Vanèrrysme sitivant la méthode de Brasdor. Paris, 1831, p. 58. Les nouveaux détails contenus dans cette lettre rendent l'observation de M. Ev.ins fort embarrassante, et peuvent même faire planer quelques doutes sur l'exactitude du diagnostic. Mais il nie semble que l'oblitéralion si nettement constatée des artères du membre tlioracique, survenue huit jours après la ligature de la carotide, ne peut s'expliquer autrement que par rexistence d'un anévrysme du tronc brachio-céphalique.

C2) Art. ANEURisM , dans Cyclopedia of Practical Snrgci-y. Lond. , 1841 , in-8", vol. I , p. 233.

624 MÉTHODE DE BRASDOR.

47« Observation (Fearn). — Anévrysme du tronc brachio-céphalique. — Ligature de la carotide. — Guérison pendant deux ans. — Nouveaux accidents. — Ligature de la sous-clavière en dehors des scalénes. — Nouvelle guérison. — Pleurésie mortelle trois mois plus tard. — Autopsie.

M. Fearn avait lié, le 30 août \ 836, l'artère carotide dans un cas d' anévrysme du tronc brachio-céphalique, La tumeur, au bout de dix jours, avait commencé à diminuer; vingt jours plus tard, elle ne présentait plus que d'obscurs battements (i). La malade, grandement soulagée, retourna à la campagne; mais pendant les deux années suivantes, elle éprouva de fréquentes attaques de bronchite. Ces accidents paraissaient provoqués par la présence de la tumeur qui n'avait pas entièrement disparu , et qui comprimait les voies aériennes. Le 28 juillet 4 838, elle rentra à l'hôpital (2). Il n'y avait plus de tumeur à la place de l'ancien anévrysme, mais en enfonçant les doigts derrière l'articulation sterno-claviculaire droite, on sentait des pulsations , et l'auscultation révélait à ce niveau l'existence d'un bruit de souffle qui se prolongeait dans le creux sous-claviculaire. La dyspnée avait reparu, et faisait des progrès inquiétants.

Il était clair que l'anévrysme, quoique grandement amélioré par suite de la ligature de la carotide, était encore perméable. M. Fearn se décida donc à lier l'artère sous-clavière en dehors des scalénes. L'opération fut pratiquée le 2 août 1838. Le quatrième jour, le bruit de souffle avait disparu ; le onzième jour la dyspnée disparut à son tour ; la ligature tomba le quinzième jour, et la plaie ne tarda pas [à se cicatriser. Au bout de cinq semaines, la malade allait fort bien, ne souffrait plus de la présence de sa tumeur et se promenait sans essoufflement (3). Les accidents qu'elle avait éprouvés jusqu'alors ne reparurent plus, mais elle mourut de pleurésie le 27 novembre 1838. A l'autopsie on trouva que le tronc innominé était bien le siège de l'ancien anévrysme, et que le sac était rempli de caillots Gbrineux très-denses, à l'exception d'un canal qui conduisait le sang dans la sous-clavière. Celle-ci était perméable depuis son origine jusqu'au niveau des scalénes, et ses branches étaient peiméables aussi. La carotide était oblitérée dans toute sa longueur, excepté à Bon extrémité inférieure, où le sang refluait dans une étendue de 1 centimètre (4).

La méthode suivie par M. Fearn n'est évidemment que le complément de celle de M. Wardrop. Elle repose sur le même prin-

(1) Tlie Lancet, t836-7, vol. I, p. 129.

(2) The Luncet , 1837-8, vol. II, p. 763.

(3) Tlie Lancet , 1838-39 , vol. I , p. 33. W The Luncet , 1838-59 , yoU I , p. ftS?.

PROCÉDÉ DE FEARN. 625

cipe; mais elle possède une plus grande efficacité, puisqu'elle permet, par des opérations successives, de porter à la circulation anévrysmale une atteinte plus profonde.

M. Laugier est allé jusqu'au bout dans la voie ouverte par M. Wardrop et élargie par M. Fearn. Il s'est demandé si les anévrysmes de l'aorte abdominale ne pourraient pas eux-mêmes se prêter à l'application de la métbode de Brasdor, et la ligature successive des deux artères iliaques externes lui a paru de nature à faire déposer dans ces anévrysmes des caillots solides (1). Du reste, il n'a émis cette idée qu'avec réserve, et ne l'a point mise à exécution. 11 est certain qu'après la ligature de l'iliaque externe uneparliedu sang qui parvient au membre abdominal est fournie par diverses branches émanées de l'aorte thoraciqae, et que la colonne sanguine qui traverse l'aorte abdominale se trouve diminuée d'autant. Mais il est douteux que cette diminution puisse suffire pour amener des changements avantageux dans les anévrysmes de ce dernier vaisseau. Pour obtenir une modification réellement efficace, il faudrait pouvoir lier l'une après l'autre les deux iliaques primitives ; mais ce serait tellement grave, qu'on ose à peine y songer.

Pour en finir avec les modifications qu'on a fait subir à la méthode de Brasdor, je rappellerai que Everard Home, M. O'Shaugnessy et M. Pétrequin ont tenté de combiner cette méthode avec l'une de celles qui agissent en provoquant directement la coagulation du sang dans le sac. Everard Home eut recours à l'application de la chaleur; j'ai déjà reproduit cette observation, et je n'y reviendrai pas (2). M. O'Shaugnessy chercha à remplir la même indication au moyen de l'électro-puncture. Ce chirurgien, croyant avoir alTaire à un anévrysme du tronc brachio-céphalique , commença par lier la carotide; puis, voyant que la tumeur continuait à battre comme auparavant, il y enfonça deux aiguilles qu'il mit en communication avec une batterie électrique. Ce fait a déjà été mentionné dans le chapitre de la galvano-puncture ; on a vu que le malade ne tarda pas à succomber. M. O'Shaugnessy avait commis une erreur de diagnostic; l'anévrysme occupait la crosse de

1) LAC6IER. Dullclin chii'lircjicaly T. II , p- 89, ii° 8, oct. IS^iO. (2) Voy. plus haut, p. 2W.

fi26 MÉTHODE DE RRASDOR.

l'aorte, et non le tronc innominé (1). Mais un malheur ne doit pas faire oublier une idée : celle de M. O'Shauguessy mérite peutêtre quelque attention.

M. Pétrequin , enfin , réalisant un projet de Monteggia, a injecté 8 gouttes de perchlorure de fer dans un anévrysme de la sousclavière, traité quarante-huit heures auparavant par la méthode de Brasdor, Deux jours plus tard la tumeur cessa de battre, et on concevait déjà les plus belles espérances , lorsque le malade succomba à des hémorrhagies répétées fournies probablement par le bout inférieur de l'artère liée (2). Cet insuccès n'est nullement propre à décourager les praticiens, et, pour ma part, j'espère que l'association de la méthode de Brasdor avec les injections coagulantes est de nature à rendre quelques services.

En résumé , Brasdor a institué une grande méthode , qui consiste à appliquer la ligature entre l'anévrysme et les capillaires; Deschamps a osé le premier mettre cette idée à exécution. M. Wardrop a le double mérite d'avoir obtenu le premier succès et d'avoir créé un procédé nouveau qui , en étendant la sphère d'application de la méthode de Brasdor, a reculé les limites de la médecine opératoire. M. Fearn , enfin , a donné une nouvelle extension et une efficacité plus grande au procédé de M. Wardrop.

Je ne pousserai pas plus loin ces remarques historiques. On trouvera de plus amples détails et des observations pkis nombreuses et plus complètes dans plusieurs monographies auxquelles je me contenterai de renvoyer (3).

La méthode de Brasdor, comme la méthode d'Anel, peut être appliquée suivant deux procédés différents , selon qu'il naît , ou

(1) Foy. plus haut , p. 30^4-305. * *

(2) Voy. plus haut, p. filO.

(3) DiEULAFOY. Essai siœ rapplicalion de la mcthode de Brasdor, th. inaug. Paris, 1829, n" lîiG. — ViLARDEBO. Ve l'upcralion de l'aiwurysme siiiiuint la mclliodc de Brasdor, ih. inaug. Paris, 1S31, n" 15S (inipoi tante). — Beistegli. Sur les aiicv. du tronc braclno-céphalique, th. inaug. l>aris, 18^1, n" îi9, p. 15 à 107. — Alph. Robert. Des aiicrrymcs de la région sus-ctaviciilinre, Ui. du concours, Paris, 18^2. — Guettet. Sur tes aiuurysmrs du tronc bracliio-ccpitalique, ih. inyug. Paris, 18!ifi , n" 252 , p. 1 à lO^i. — DCir.EZ. De la ligature des (i)th'cs d'après la mitliodc de Brasdor, ih. Inaug. Piuis, 18';6. — Coy. encore lariicle A\Et nisM de M. Wardrop dans Cyclopcdia ofPraclica! Surgoy, coiiducled liy Costcllo. Lo cl., isiil, vol. I, p. 222-239, ei l'ai litle A.\f:vnYs.iiE de M. P. Pjiîrard dans le Diction, de médecine en 30 M):unies. Paris, 1833, in-8°, '1'. 111, p. 59 et 12,

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