HÉMORRHAGIE CONSÉCUTIVE
qu'il ne naît pas, de collatérales perméables entre le sac et la ligature.
Lorsqu'il n'y a pas de collatérales intermédiaires , l'artère anévrysmatique se termine pour ainsi dire en cul-de-sac au niveau de la ligature ; la circulation proprement dite y est interrompue , et le sang ne s'y meut que par une sorte de flux et de reflux. Lorsque, au contraire, une ou plusieurs collatérales naissent entre l'anévrysme et la ligature, la circulation n'est pas suspendue dans l'artère, elle n'est que diminuée d'une quantité proportionnelle au volume du vaisseau lié.
Ces deux procédés sont assez distincts l'un de l'autre pour qu'il soit utile de lem' donner des noms différents.
Je désignerai le premier sous le nom de procédé de Brasdor. On sait, en effet, que Brasdor conseillait surtout d'appliquer sa méthode au traitement des anévrysmes de l'extrémité inférieure de la carotide primitive. Il désirait, par conséquent , qu'il n'y eût aucune collatérale entre le sac et la ligature.
Le deuxième procédé portera naturellement le nom de procédé de Wardrop.
Si nous comparons les deux procédés de la méthode de Brasdor aux deux procédés de la méthode d'Anel , nous trouvons que le procédé de Brasdor est l'analogue du procédé d'Anel, et que le procédé de Wardrop est l'analogue du procédé de Hunter.
Étudions maintenant les effets de la méthode de Brasdor.
Les phénomènes qui résultent de l'action de la ligature sur l'artère et sur la circulation, ressemblent à beaucoup d'égards à ceux que nous avons étudiés à propos de la méthode d'Anel. Il y a cependant quelque chose de particulier pour ce qui concerne la gangrène et les hémorrhagies consécutives. Tout permet de croire que ces deux accidents sont moins fréquents à la suite de la méthode de Brasdor qu'à la suite de la méthode d'Anel.
En effet, dans la méthode d'Anel , l'hémorrhagie consécutive peut être fournie par le bout inférieur ou périphérique, mais elle provient le plus souvent du bout supérieur ou cardiaque, et beaucoup de malades, dont Tanévrysme est déjà complètement oblitéré, succombent à cet accident. Dans la méthode de Brasdor, au contraire, le sang, avant d'atteindre le bout cardiaque de l'artère liée , est obligé de traverser l'anévrysme , ou au moins
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de passer au-devant de Torifice du sac. Or, la coagulation a souvent le temps de s'elïectuer et d'intercepter plus ou moins complètement le cours du sang dans l'artère anévrysmaliquc avant l'époque où les hémorrhagies consécutives surviennent le plus habituellement. Voilà pourquoi les opérations pratiquées suivant la méthode de Brasdor, quoique intéressant toujours des artères très-volumineuses , se compliquent moins souvent que les autres d'hémorrhagie consécutive. Je viens de relever 29 observations d'anévrysmes traités par la méthode de Brasdor, ce qui représente en réalité 33 cas de ligature, puisque sur quatre malades on a lié successivement ou simultanément la carotide et la sousclavière(l). La ligature, constamment appliquée sur de trèsgrosses artères , a été suivie trois fois d'hémorrhagie légère et trois fois seulement d'hémorrhagies graves. Il est assez probable que les hémorrhagies légères venaient du bout périphérique de l'artère liée (2). Les trois cas, où l'hémorrhagie a été funeste, appartiennent à MM. Lambert, Roux et Pétrequin. L'opéré de M. Lambert mourut d'hémorrhagie plus de six semaines après l'opération; l'autopsie montra que l'extrémité cardiaque de la carotide était, ainsi que la poche anévrysmale, complètement et sohdement oblitérée , de sorte que l'hémorrhagie avait été positivement fournie par le bout périphérique de ce vaisseau (3). Le malade de M. Pétrequin (anévrysme de la sous-clavière, ligature de la sous-clavière, en dehors des scalènes) mourut d'hémorrhagie le treizième jour, et il est, sinon démontré, du moins très -probable
(1) J'ai eu soin de ne pas faire figurer sur mon relevé la deuxième observation de M. Wardrop, parce qu'il me paraît démonlré que dans ce cas le chirurgien n'a lié aucune aitcrc. J'ai aussi laissé de côté quatre cas qu'on fait figurer généralement sur les tableaux de la méthode de Biasdor, mais qui sont relatifs à des anévrysmes de la crosse de l'aorte pris pour des anévrysmes de la carotide ou du tronc brachio-céplialiquc, et traités comme tels par la ligature de la carotide. La méthode de Brasdor ne doit pas être responsable de ces erreurs de diagnostic, excusables du reste pour la plupart.
(2) Cas de Dupuytren (anév. de la sous-clavière. Ligat. de l'axillairc. Suintement de sang du cinquième au huitième jour), djus Uieulafoï, Essai sur l'application de la mclltode de Brasdor, ih. inaug. Paris, 1829, p. 32. — Cas de Lal'GIER (ligat. de l'uxillaire dans un cas d'anévrysme du tronc brachio-céplialique ; légères hémorrhagies du cinquième au huitième jour; elles sont si peu abondantes qu'on est porté à croire qu'elles sont fournies par une veine), dans le Bulletin de la Société anatoiniiinc, 1838, p. 51. — Cas de Mo.NTGOMtRY (anévrysme de la carotide, ligature de la carotide; liéinurj hagie le douzième jour ; elle revient à tiois reprises diffLienies, mais on l'anètc aisément), dans Guturie, On Di.^enscs and Injuries of Arlcries, Lond., 1830, in-8", p. 193.
(3) Voy. plus haut, p. 618.