ACTION SU 11 LA TUMEUR. 6S
grade ensuite graduellement. On a vu l'anévrysme, réprimé ou non au moment de la ligature, faire en peu de jours des progrès rapides, et finir même par se rompre. Mais le plus souvent les choses se passent d'une manière plus favorable : le sac se rétracte progressivement, et tous les symptômes s'amendent, de sorte que, trois ou quatre semaines après l'opération, la guérison paraît assurée. Que le chirurgien se garde bien alors de concevoir de trop belles espérances, et surtout de pubher trop tôt l'observation. La ligature est tombée, la plaie est cicatrisée, le malade se croit guéri ; mais quelques semaines, quelques mois plus tard, la tumeurfait de nouveaux progrès. Quelques exemples feront mieux comprendre les.caprices de la méthode de Brasdor, et les déceptions qu'elle prépare. Le 2 juin 1829, James, d'Exeter, lie la crurale dans l'aine pour un anévrysme iliaque. La tumeur diminue pendant les premiers jours; le 12 juin, elle recommence à s'accroître; le 24, elle est plus volumineuse qu'auparavant, et semble sur le point de se rompre. Le 5 juillet , James se décide à Mer l'aorte. L'opéré succombe trois heures et demie après (1). — M. Wickham lie la carotide, le 25 septembre 1839, sur un homme atteint d'anévrysme de l'innominée; soulagement immédiat. Trois semaines après , la tumeur est considérablement réduite, et le malade sort de l'hôpital. Mais bientôt l'anévrysme s'accroît de nouveau, et devient deux fois plus volumineux qu'auparavant. Le 3 décembre 1839, on he la sous-clavière en dehors des scalènes; l'anévrysme s'affaisse encore; grand soulagement. Quatre jours après la tumeur s'accroît, puis diminue ensuite, et le malade, soulagé, sort de l'hôpital le 5 février 18/iO. Mais l'anévrysme fait promptement de nouveaux progrès, et se rompt à l'extérieur le 16 février, en donnant lieu aussitôt à une hémorrhagie mortelle (2).
Les changements qui surviennent dans le volume de la tumeur ne jettent donc sur le pronostic qu'une lueur fort douteuse. Les renseignements que foiu-nit l'état des pulsations ne sont pas beaucoup plus précis. En général , les pulsations s'affaiblissent à mesure que la tumeur diminue; mais quelquefois elles gardent
(1) Mcd. Chirurgical Transacliûiis, 1830, vol. XVI, p. 1.
(2) The Lancet , lS39-18îiO, vol. II, p. 378, — L'observation plus complète se trouve dans Mtd.Chirurg. Tratisctctioiis, scr, II, vol. V, p. aO!| (1840).
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toute leur force, malgré la rétraction de l'anévrysme. Cette circonstance doit faire craindre pour l'avenir.
Tandis que dans la plupart des autres méthodes la diminution graduelle de la tumeur est l'indice d'une oblitération plus ou moins complète du sac anévrysmal, — dans la méthode de Brasdor, au contraire, la poche peut se rétracter, quoique le contenu reste entièrement liquide. Il est difficile de rendre compte de ce fait. ■ j
Ceci me conduit à étudier les modifications que subit le sang dans les anévrysmes traités suivant la méthode de Brasdor.
1° Lorsqu'il ne reste aucune collatérale entre le sac et la Ugature, c'est-à-dire lorsqu'on apphque le procédé de Brasdor dans toute sa pureté, le sang qui remplit l'artère anévrysmatique se trouve pour ainsi dire dans une impasse, et ne peut se mouvoir que par une sorte de flux et de reflux. Supposons, par exemple, qu'on ait hé la carotide gauche à sa partie supérieure , pour un anévrysme de la moitié inférieure de ce vaisseau. Entre l'origine de la carotide et la ligature, y compris la poche anévrysmale, le sang, ne trouvant aucune voie collatérale, ne pourra subir qu'un mouvement de va-et-vient. Chaque diastole aortique poussera dans cette impasse une quantité de sang proportionnelle à la dilatabilité de l'artère et de l'anévrysme, puis, pendant la systole suivante, une quantité de sang égale à la précédente refluera dans l'aorte. Le sang n'est donc pas immobile, comme ont paru le croire ceux qui nous ont transmis les leçons de Brasdor; mais il faut reconnaître, du moins, qu'il se meut beaucoup plus lentement que dans les autres vaisseaux. Cette stagnation relative, • déjà très-prononcée dans l'artère, l'est bien plus encore dans l'anévrysme, et il n'en faut pas davantage pour prévoir que le procédé de Brasdor doit quelquefois faire déposer dans le sac des caillots passifs.
Plusieurs circonstances, au surplus, peuvent faire varier le mode d'action de ce procédé. Ainsi, plus l'orifice du sac sera éloigné de l'origine de la carotide, et plus le flux et le reflux du sang dans la tumeur seront faibles ; si l'anévrysme est sacciforme, l'orifice étroit , le sang s'y renouvehera beaucoup moins que si l'orifice est large, ou le sac fiisiforme. Enfin, les variations individuelles de la coagulabilité du sang se joignent à ces deux
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causes pour faire varier les effets du procédé de Brasdor. Tantôt le sang ne se coagule point du tout dans la poche anévrysmale, tantôt il y dépose des couches de fibrine , et enfin , dans les cas les plus ordinaires , il s'y précipite sous forme de caillots passifs.
Lorsque la coagulation fait défaut, le but de l'opération n'est pas toujours pour cela complètement manqué. La tumeur, sans durch' et sans cesser de battre, peut rétrograder, descendre à un volume peu considérable, et, devenue inoffensive, rester ensuite définitivement stationnaire. C'est ce qui eut lieu sur une femme opérée par M. Golson , de Noyon , pour un anévrysme de la carotide primitive gauche, au commencement de 1840. Vers la fin de cette même année, lorsque l'observation fut communiquée à l'Académie (1), la tumeur, réduite à un petit volume, continuait toujours à battre, et dix-huit mois plus tard, au mois de juin 18i2, près de trente mois après l'opération , M, Colson écrivit à M. Robert que la tumeur n'avait pas fait de nouveaux progrès, et que l'opérée avait repris depuis longtemps ses occupations habituelles (2).
L'état stationnaire de la tumeur anévrysmale s'explique, en pareil cas, par la distance qui existe entre l'orifice du sac et le courant artériel; mais cette condition ne suffit pas toujours pour enrayer les progrès de l'anévrysme. On a vu plus d'une fois des tumeurs , placées dans des conditions exactement semblables à celles que fait naître le procédé de Brasdor, continuer à s'accroître et finir même par se rompre. Les anévrysmes secondaires qui se développent au-dessus des ligatures , soit dans les moignons d'amputation, soit dans la continuité des membres (3) le prouvent suffisamment. Donald Monro a cité deux faits qui déposent dans le même sens. Dans le premier cas, un anévrysme spontané et sacciforme de l'extrémité inférieure de l'axillaire ou supérieure de l'humérale fit des progrès incessants, descendit jusqu'à la partie inférieure du bras, et finalement se rompit en
(1) Cas de Colson, dans Bull. Acad. de mèd., septembre 18fi0, T. VI, p. 8.
(2) Robert. Des <i)u'vnjsmcx sus-clavictilaires, tli. de concours. Paris, 7 juin 18fi2, p. 110.
(3) l'oy. plus haut, p. 38 à U2. Je .>.uis disposi; à rapprocher de ces fails une observation que M. Sédillot a consignée en abrégé dans son Traite de médecine opératoire. Paris, 185."5, in-12, T. I, p. 229. J'ai déjà parlé de ce fait que M. Sédillot a donné comme un exemple d'anévrysme ariério-veineux, mais qui me parait rentrer plutôt dans la catégorie des anévrj suies artériels, Voy. plus haut, p. 588.
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donnant lieu à une hémorrhagie mortelle. L'autopsie prouva que riiumérale, immédiatement au-dessous de l'orifice du sac, était solidement oblitérée dans une étendue d'un pouce et demi, et que l'artère axillaire venait, pour ainsi dire, se terminer en culde-sac dans l'anévrysme (1). Dans le second cas de Donald Monro, le malade mourut également par suite de la rupture d'un anévrysme inguinal gros comme la tête d'un enfant de trois ans. A l'autopsie, on trouva que l'anévrysme était diffus consécutif, que le bout supérieur de l'artère était seul perméable, et que, immédiatement au-dessous de l'orifice du sac, commençait une oblitération artérielle solide qui descendait jusqu'à l'anneau du troisième adducteur (2).
Des faits de ce genre ont été observés aussi sur les grosses artères du cou. M. Mackelkan a trouvé l'artère carotide droite spontanément oblitérée au-dessus d'un énorme anévrysme bracbio-cépbalique, qui avait continué à s'accroître jusqu'à la mort du malade (3). M. Deville a fait avec M. Bérard une autopsie plus curieuse encore. Un malade atteint d' anévrysme de l'artère sousclavière succomba, en 18^3, aux progrès de cette affection. La dissection montra pourtant que le tronc de la sous-clavière était oblitéré en debors des scalènes , que toutes les branches de cette artère, sans exception, étaient imperméables ainsi que les deux carotides , et cependant l'anévrysme ne s'était pas oblitéré. Il fallait que chez cet individu le sang fût bien peu disposé à se coaguler (4).
Ces faits sont plus probants que ceux qui ont été cités par Hodgson , et qu'il devient dès lors inutile de discuter : ils permellent de prévoir que le procédé de Brasdor doit être quelquefois tout à fait inefficace , chose qui du reste n'est pas en contestation. Il n'en est pas moins vrai que ce procédé réussit très-souvent à faire oblitérer les poches anévrysmales.
Cette oblitération est quelquefois constituée par des caillots passifs. Plusieurs exemples le démontrent clairement. Chez la première opérée de M. Wardrop , l'anévrysme, qui occupait l'ex-
(1) Essays aiul Obscvralions Physical and Literanj. Edinburgli, 17"1, vol. III, p. 197
(2) Ibicl., p. 21 a.
(3) GuTHRiE. On DiseasQS miel /?ij"»'i'Cî of Arteries, Lond, 1830, iii-8°, \\ 203, [U] Bull, (le 1(1 Soc, (luat., 18^7, T. XXII, p. tiCb.
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trémité inférieure de la carotide primitive, s'oblitéra complètement et cessa de battre le quatorzième jour, puis il s'enflamma, suppura et s'ouTrit. Des caillots sanguins mêlés de pus s'échappèrent par cette ouverture, il n'y eut aucune hémorrhagie, et la malade guérit sans autre accident (1), Dans le cas de M. Montgomery, la tumeur s'oblitéra au bout de trois jours. Le huitième jour, les battements reparurent; ils étaient assez forts le treizième jour, et disparurent définitivement trois jours plus tard. Le vingthuitième jour, la tumeur oblitérée s'enflamma, puis elle s'accrut graduellement et s'ouvrit enfin le soixante-neuvième jour, laissant échapper huit onces d'un Hquide semblable à du chocolat. Le lendemain, M. Monigomery agrandit l'ouverture, donna issue à huit onces de la même matière, et retira avec le doigt une grande quantité de caillots infects. Vingt jours plus tard, la cicatrisation était complète et l'opéré avait déjà quitté l'hôpital. Mais de nouveaux accidents survinrent près de quatre mois après l'opération; le malade rendit à plusieurs reprises, par les bronches, une quantité notable de sang artériel et ne tarda pas à succomber. A l'autopsie, on trouva que la carotide gauche était oblitérée dans toute son étendue, et qu'il ne restait aucun vestige de l'ancien sac anévrysmal. La mort avait été la conséquence d'un second anévrysme, gros comme une orange, qui naissait de la crosse de l'aorte, immédiatement au-devant de la trachée (2).
Tout le monde a déjà reconnu, dans les deux observations qui précèdent, les effets de l'oblitération du sac par des caillots passifs. Il ne faut pas croire cependant que le procédé de Brasdor agisse toujours d'une manière aussi défectueuse. Il est certain au contraire que ce procédé fait quelquefois déposer dans le sac des couches fibrineuses jusqu'à complète oblitération. J'ai déjà parlé de la malade de M. Lambert, qui succomba, cinq se-
(1) ^VARDROP. On Ancia-ism, etc., p. 28-29.
(2) GCTHRIE. On Diseascs a/irf Injuries of Artcrics. Lond. 1830, in-S", p. 190. Le texte de robseivation est ambigu, et l'autopsie est fort abrégOr. Je m'oplique ainsi comment M. Gulhrie a été conduit à adineitre qu'il n'y avait point eu d'amîvrysme carotidien, et que, dès l'origine, le malade avait simplement un anC-vrysme de l'aoïlc. Ai)iès avoir relu plusieurs fo:s celle observation, el en tenant compte surtout de la rupture du sac et de l'issue des cailloîs passifs soixante-neuf jours aprts la ligature , il m'a é[é impossible d'accepter l'interprétation de M. Gulhrie. Je pense donc que l'opéré de II. Montgomery, aprcs avoir été guéri de son anévrysme carotidien par Ia méthode de Brasdor, a succombé aux progrès d'un anévrysme de la crosse de l'aorle.
6^0 MÉTHODE DE BRASDOR.
maines après la ligature de la carotide, à une hémorrhagie fournie par le bout supérieur de ce vaisseau : à l'autopsie on trouva que le tronc de la carotide était parfaitement oblitéré, et que le sac était entièrement rempli de feuillets fibrineux. Dans le cas de M. Morrisson de Buenos-Ayres, la tumeur, qui s'était accrue le soir de l'opération, commença à diminuer et à durcir au bout de dix jours, et ne tarda pas à s'oblitérer tout h fait. Vingt mois après la ligature, le malade, qui avait repris la profession pénible de charbonnier dans les bois, mourut subitement; à l'autopsie on trouva que la carotide droite, sur laquelle l'opération avait été pratiquée , était dilatée en forme de sac , et complètement remplie d'un dépôt fibrineux résistant, « Il est impossible de voir un « type plus parfait des procédés que la nature, assistée par l'art, « emploie pour la guérison de cette formidable maladie. » — Le tronc brachio-céphalique et la crosse de l'aorte étaient plus larges que d'habitude , leurs parois étaient le siège de dépôts calcaires fort abondants, mais ces vaisseaux n'étaient point anévrysmatiques (1).
Ainsi le procédé de Brasdor peut faire oblitérer les anévrysmes, soit par des caillots passifs, soit par des caillots actifs.
2° Étudions maintenant le mode d'action du procédé de Wardrop. Ici les collatérales situées entre le sac et la ligature continuent à entretenir dans l'artère anévrysmatique une véritable circulation; seulement celle-ci est beaucoup moins rapide qu'auparavant. Elle a subi dans son intensité une diminution proportionnelle au calibre de l'artère liée. Si, par exemple, dans le cas d'anévrysme de l'artère innomince , on lie l'artère carotide , ou l'artère sous-clavière très-près de son origine, l'activité de la circulation est réduite à peu près de moitié; elle n'est réduite que d'un tiers environ si, dans un cas semblable, on lie seulement la sous-clavière en dehors des scalènes, ou l'axillaire immédiatement au-dessous de la clavicule.
Le vaisseau anévrysmatique par conséquent se trouve dans des conditions propres à favoriser la coagulation fibrineuse du sang, et effectivement à l'autopsie des individus qui survivent quelque temps au procédé de Wardrop , on trouve en général à la sur-
(1) Cas de MORRissON. American Journal ofMed. Sciences, vol, XIX, p. S29, feb. 1837.
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face interne du sac une couche plus ou moins épaisse de caillots fibrineux. Le malade à qui M. Fergusson lia la carotide pour un anévrysme du tronc brachio-céphalique et de la sous-clavièrc droite, succomba le septième jour, et on trouva à l'autopsie que la vaste poche anévrysmale était presque entièrement remplie de fibrine. M. Vilardebo lia la carotide primitive droite d'un nègre âgé de 70 ans , qui présentait les signes d'un anévrysme du tronc innominé, et qui succomba le vingt-et-unième jour; à l'autopsie on trouva qu'ily avait deux anévrysmes, l'unsur l'extrémité inférieure de la carotide primitive droite, l'autre surle troncbrachiocéphalique. La tumeur du cou était très-volumineuse; elle était tapissée de couches fibrineuses stratifiées et très-solides ; le centre de la poche renfermait une faible quantité de sang noirâtre et visqueux. La tumeur inférieure était plus petite ; elle naissait surtout de la partie postérieure du tronc brachio-céphalique, et était remphe presque entièrement de concrétions fibrineuses qui laissaient seulement un conduit central très-étroit pour le passage du sang (1). Dans le cas de M. Dohlhoff, l'opérée succomba à des accidents cérébraux six jours après la ligature de la carotide droite; les signes de l'anévrysme s'étaient déjà amendés d'une manière notable : à l'autopsie on trouva que la tumeur était un anévrysme sacciforme, gros comme le poing, implanté sur la paroi externe du tronc innominé, au niveau de sa bifurcation. Ce tronc avait du reste conservé son calibre normal ; la carotide et la sous-clavière n'étaient pas dilatées non plus. La tumeur renfermait une grande quantité de caillots sohdes , rougeâtres , paraissant composés d'une solide substance fibreuse {[est Faserstoff) , et constituant une couche d'un pouce d'épaisseur. Au centre, existait une cavité renfermant des caillots passifs ; ceux-ci , selon toute probabilité s'étaient formés après la mort (2). — Dans tous ces cas, l'application du procédé de Wardrop a eu pour conséquence de faire déposer dans le sac des caillots actifs. J'ai cité plus haut deux autopsies beaucoup plus tardives qui déposent dans le même sens : c'étaient encore des caillots fibrineux denses et stratifiés qui oblitéraient la tumeur chez misiriss Denmark, opérée par M. Wardrop plus de deux ans auparavant, et chez la
(1) Cas (le ViLARDKBO, dniis les Archives gcitcrales de Mcd., 18ii7, T. XIII, p. 5^7.
(2) Cas (le Dohlhoff, dans TÎHi/'s Magaiin [tir die ijesmnmte IlcUkniide. lUI. 51, s. 5"G.
642 MÉTHODE DE BRASDOB.
malade à qui M. Fearn avait lié successivement la carotide et la sous-clavière à deux années d'intervalle (1). Au reste, dans les deux cas , et quoique le travail de coagulation fibrineuse fût depuis longtemps achevé, l'autopsie démontra que l'artère innominée était restée perméable au sang. Ce mode de guérison sans oblitération du vaisseau anévrysmatique , si exceptionnel à la suite du procédé de Hunter (méthode d'Anel), semble au contraire le plus ordinaire à la suite du procédé de Wardrop (méthode de Brasdor). Cela tient à plusieurs conditions particulières. D'abord le procédé de Wardrop n'est appliqué en général que sur des artères très-volumineuses, car la sphère d'application de ce procédé semble devoir se restreindre au traitement des ané- Tr^^smes du tronc brachio-céphaUque. La largeur de ce vaisseau, que le sang continue à traverser, est déjà peu favorable à la formation du bouchon obturateur. En second lieu, les anévrysmes de l'innominée sont très-souvent fusiformes , et on sait que les anévrysmes de ce genre sont plus disposés que les autres à guérir sans oblitération de l'artère. Enfin , et surtout la pression et la rapidité de la colonne sanguine , sont plus considérables ici que dans le procédé de Hunter. Le jour de l'opération l'énergie de la circulation n'est diminuée que de moitié ou d'un tiers dans l'artère anévrysmatique; les jours suivants le courant sanguia devient de plus en plus rapide par suite de la dilatation des collatérales qui naissent entre le sac et la ligature ; les conditions deviennent donc chaque jour moins favorables à la coagulation fibrineuse et on conçoit que cette coagulation puisse s'arrêter lorsque le calibre du vaisseau , graduellement réduit , est devenu proportionnel à la quantité de sang qui y passe.
La conservation de la perméabilité de l'artère anévrysmatique expose peu à la récidive, lorsque le vaisseau est peu volumineux et très-éloigné du cœur, et surtout lorsqu'une ligature, placée plus haut suivant le procédé de Hunter, atténue la force d'impulsion de la colonne sanguine; mais il n'en est plus de même à la suite du procédé de Wardrop , toujours appliqué très-près du cœur sur une grosse artère, et laissant l'artère malade exposée à toute la violence du torrent circulatoire. Ajoutons à cela que
(1) Voy. 1 lus liant , p. 619 et 026,
MODE d'action. — PROCÉDÉ DE WARDROP. 6hZ
les anévrysraes traités par ce procédé occupent presque toujours le tronc brachio-céplialique; or, tandis que dans les anévrysmes des membres l'artère est en général saine au-dessus et au-dessous de la tumeur, ici, au contraire, les tuniques artérielles sont à peu près constamment malades dans une grande étendue au delà des limites du sac proprement dit , notamment du côté du cœur. Il en résulte que les guérisons obtenues au moyen du procédé de Wardrop ont quelque chance de ne pas être durables, un nouvel anévrysme pouvant toujours se produire immédiatement au-dessous du premier, ou sur la partie adjacente de l'aorte.
C'est ainsi que mistriss Denmark , guérie pendant deux ans d'un anévrysme qui occupait la partie supérieure du tronc brachio-cépbalique, succomba à un nouvel anévrysme qui s'était formé au-dessous du premier, sur le môme tronc artériel. La récidive se produisit parmi autre mécanisme sur l'opéré de M. Malgaigne. Cet homme avait un anévrysme de la partie supérieure de l'innominée. Au mois de mars 18i5, M. Malgaigne lia la carotide droite. La tumeur, qui était grosse comme un œuf de poule, diminua, les symptômes s'amendèrent; au bout d'un mois la place était cicatrisée, et on ne put empêcher le malade de retourner à ses travaux et à ses plaisirs (il était menuisier et s'enivrait fréquemment). Mais, au mois de juillet, la tumeur s'accrut de nouveau et présenta une bosselure molle , plus pulsatile que le reste. Le 17 octobre, M. Malgaigne, suivant le procédé de M. Fearn, se décida à appliquer une deuxième ligature. Il lia l'artère axillaire au-dessous de la clavicule. Le quatrième jour, la tumeur commença à s'accroître rapidement, la tuméfaction devint diffuse, et le malade mourut le 7 novembre. A l'autopsie, on ne put disséquer le sac qui était confondu avec les muscles (c'est-à-dire que l'anévrysme était diffus). La cavité sanguine était pleine de caillots semblables à de la gelée de groseille ; au milieu d'eux on trouva une masse flbrineuse , ovoïde , grosse comme un œuf de poule, disposée en feuillets concentriques, et creusée dans toute sa longueur d'une cavité qui faisait suite à celle du tronc brachiocéphalique (1). lime paraît certain que la première ligature avait
(1) Cas de Malgaigne dans Bulletin de la Soc. anat., 18îi8, T. XXIII, p. 291. La situation de celte masse fibriiieusc rappelle la disposition que M. Cloqueta rencontrée dans un cas d'aiiévrjsuic de l'aorle (Foy. plus liaui, p. 121, eu noie, f'oy, encore p. 191, le cas de Saviard).
6^/i MÉTHODE DE r.UASDOR.
eu pour résultat de faire déposer dans le sac une couche épaisse de caillots actifs; quel'anévrysme était fusiforme, et avait guéri avec conservation d'un canal central; que plus tard, par suite de l'indocilité et de l'imprudence du malade, le sang avait décollé la masse fibrineuse, que l'anévrysme s'était reproduit et était devenu diffus; qu'enfin, la deuxième ligature avait eu pour conséquence de faire accroître rapidement cet anévrysme diffus. — 11 est clair, en effet, que les anévrysnics circonscrils sont seuls susceptibles de guérir par la mcLliode de Brasdor.
Les faits qui précèdent permettent de dire que le procédé de Wardrop agit sur les anévrysmes circonscrits en y faisant déposer des caillots fibrineux. La circulation conserve une énergie suffisante pour empêcher la coagulation passive. Il peut même se faire que le cours du sang soit assez rapide pour s'opposer à toute coagulation , et que la tumeur, simplement retardée dans son développement, fasse ensuite de nouveaux progrès. C'est ce qui eut lieu chez le malade de M. Wickham après la deuxième ligature , appliquée sur la sous-clavière, en-dehors des scalènes. Les opérés de James et de A. Cooper ne furent pas plus heureux. Ces deux chirurgiens, en réalité, avaient appliqué le procédé de Wardrop puisqu'ils avaient lié la fémorale dans l'aine , et que la circonflexe et l'épigastrique naissaient entre l'anévrysme et la ligature. On n'a pas oublié que, dans le cas de A. Cooper, la tumeur, d'abord grandement améliorée , s'accrut ensuite, puisse rompit dans le péritoine, et que, pour prévenir un semblable malheur, James, au bout d'un mois, se crut obligé de lier l'aorte.
On juge d'après cela que les anévrysmes traités par le procédé de Wardrop, doivent bien rarement se remplir de caillots passifs. On cite pourtant trois faits qui semblent indiquer la possibilité de ce mode d'oblitération. Mais, de ces trois faits, l'un est controuvé , le second ne prouve absolument rien , le troisième seul est embarrassant.
M. White traita par la méthode de Brasdor un anévrysme de la fosse iliaque, gros comme un petit melon. La ligature fut apphquée sur la fémorale au-dessous de la fémorale profonde (1).
(1) Cas de White. Celte observaiion n'a été publiée qu'eu abrégé, et ks iléiails de l'opération ne sont pas indiqués. 11 est certain pourtant que la ligature fut placée au-dessous de l'ori-