PÉRIODE FRANÇAISE. — ROBERTSON
quant un appareil compressif sur la fémorale (1), L'impossibilité décomprimer l'artère résultait évidemment du volume trop grand de la pelote employée. 11 n'est pas étonnant qu'avec des instruments construits sur ce modèle, avec l'idée de suspendre totalement le passage du sang, et avec la prétention de faire oblitérer l'artère par l'inflammation, il n'est pas étonnant qu'avec une telle théorie et une telle pratique les chirurgiens anglais contemporains de Freer et de Hodgson n'aient pu réussir à maintenir la compression appliquée au delà de quelques heures.
11 y avait une contradiction évidente entre le volume des pelotes employées et le but qu'on se proposait d'atteindre. Arch. Roberlson , de Greenock , sentit cette contradiction , et s'efforça de la faire disparaître en se servant d'une très-petite pelote plate pour comprimer la fémorale sur le pubis (2). L'anévrysme, situé sur l'artère fémorale, très-près du ligament de Fallope, était trèsvolumineux et donnait lieu à de très-vives douleurs. Robertson fit construire l'appareil représenté sur la fig. 17. La fesse du malade reposant sur la planche, on fit descendre la pelote sur l'artère fémorale dans l'aine, c'est-à-dire immédiatement au-dessus de la tumeur. Celle-ci cessa aussitôt de battre, et la douleur disparut ; mais, au bout de quarante-huit heures , la pression exercée par la pelote provoqua une douleur intolérable, et Ton fut obligé F's- i''d'enlever l'appareil. Appareil de Rouenson.
Deux jours plus tard, le 2/i juillet 1817, Robertson Ua l'artère iliaque externe , et le malade guérit.
Le cas était tout à fait défavorable; l'appareil était des plus défectueux, et cependant le résultat fut bien supérieur à tous ceux qu'on avait obtenus en suivant les indications posées par Freer. La compression fut tolérée pendant quarante-huit heures; elle
(t) Cas d'ADRiAN, dans Med. Cliirurg. Transact., vol. VII. Lond., 1816, trad. (wr Muuiioir dans ses Mélanges de clnturgic étrangère. Genève, 1826, in-S», T. III, p. 56'J. (2) FAtinOurgk Med. and Surg. .lom'nal, 1817, vol. XIII, p. l\61.
commença même par soulager le malade, et il n'est pas douteux que cela était dû au peu de volume de la pelote.
Telles furent les tentatives faites en Angleterre par les successeurs de Blizard. Dominés par une théorie erronée, les chirurgiens anglais n'avaient eu que des insuccès. Ils avaient fait reculer la question, et retardé la solution du problème.
Cependant, la compression indirecte faisait son chemin en France , où on l'appliquait d'une manière moins vicieuse , et où elle donnait des résultats importants.
On a vu plus haut que Boyer n'était pas sans quelque souvenance du mémorable succès obtenu par Eschards. Quoique peu partisan des innovations chirurgicales en général, et de celles qui concernaient en particulier le traitement de l'anévrysme , le professeur de la Charité se décida pourtant à mettre la compression indirecte en usage sur quelques malades, et les résultats qu'il obtint ne sont nullement à dédaigner. Tout le monde a lu dans son livre l'histoire de son premier malade. Je la reproduis cependant en abrégé, parce que cela me permettra de la compléter:
28* Observation (Boyer) (1). — Anévrysme poplité droit. — Compression de la crurale, — Guérison en vingt et un mois.
Jean-Claude Micliaud, manœuvre. Au mois d'octobre 1804, cet homme, âgé de 39 ans (2), vit survenir dans son jarret droit , à la suite d'une extension forcée, une tumeur puisatile qui s'accrut assez promptement.
Le 'I'''' février 1805, il entra à la Charité. Son anévrysme avait le volume d'un œuf. Il était mou, et s'affaissait quand on comprimait la fémorale. La jambe était œdémateuse. Quelques jours de repos suffirent pour dissiper cet engorgement.
Boyer comprima la fémorale au-dessus de l'anneau du ^troisième adducteur, à l'aide de la machine de Ilunter (sic), sans qu'on puisse savoir en quoi consistait cette machine. On comprima d'abord très-peu^ seulement pour maintenir l'appareil en position. Tous les deux ou trois jours, on faisait avancer la vis d'un pas. Au bout de deux à trois mois , la peau était marbrée de rouge , le membre engorgé et douloureux , la tumeur ne battait plus. Le malade relâcha lui-même son appareil , et cessa dès lors de se soumettre exactement au traitement. La vis ayant été de nouveau serrée , il lui arriva
(1) Boyer. Malad. cliirurg. Paris, 181/i, T. U, p. 205.
(2) Boyer dit quarante-quatre ans; mais les registres de Bicêire que j'ai consultés, portent que Micliaud est né le 19 février 170G.