‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 145 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — FREER · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — FREER

pouce et demi (1). La même expérience, recommencée quelques jours après avec de légères modifications, donna des résultats analogues. Il est probable que Freer avait poussé la compression bien au delà du degré nécessaire pour arrêter le coui's du sang, bien au delà surtout du degré où il est possible de l'exercer sur l'homme sans gangrener la peau. Nous connaissons aujourd'hui plusieurs observations propres à démontrer que l'action de la pelote peut sphacéler les téguments en peu de jours sans que le cours du sang soit pour cela suspendu dans l'artère. En tout cas , il est clair que la peau molle de l'homme ne peut supporter la compression aussi bien que le cuir résistant du cheval, et dès lors les deux expériences de Freer, dont j'accepte l'exactitude sans arrière-pensée, quoiqu'elles n'aient été répétées par personne, ne peuvent jeter aucun jour sur les effets de la compression des artères chez l'homme.

On s'en servit pourtant pour édifier une théorie. Ces deux expériences isolées, qu'on ne jugea pas même nécessaire de contrôler, parurent suffisantes pour établir une conclusion générale. On se laissa aller à croire que la compression indirecte ne pouvait guérir qu'en provoquant, comme la ligature, l'inflammation et l' oblitéralion du vaisseau. Cette opinion régna surtout en Angleterre , où elle fut propagée quelques années plus tard par Joseph Hodgson. Cet auteur , qui avait assisté aux deux expériences de Freer son maître et son ami, s'exprima ainsi : « L'objet de la compression « exercée au-dessus de l'anévrysme est de placer les parois op- « posées de l'artère dans un état de contact , et en même temps « d'exciter dans ses membranes un degré d'inflammation tel que « leur adhérence en soit le résultat. Lorsque ce but est atteint, la « maladie se trouve dans la même condition qu'après l'opération (( moderne de l'anéwysmc (2). » Comme conséquence de cette théorie, il fallait exercer sur les artères une compression extrêmement forte qui devenait proinptement intolérable. Hodgson ne vit appliquer cette méthode qu'une seule fois. Au bout d'une heure, le malade souffrait tellement qu'il fallut enlever l'appareil. Deux

(1) George Freer. Observ. on Aiieiihsm and sotnc Disctiscs of Artcrial System. Birmingham, 1807, iii-a", p. m, and plaie I. La planche a été dessinée par Joseph Hodgson.

(2) Jos. Hodgson. /l Treatise on tlic Diseascs of Arteriex and rms. Lond., 1815, in-8". Tr. franc, par Brcsciiet, Paris, 1819, in-S, T. 1, p. 2l\^.

autres observations furent communiquées à Hodgson par un de ses amis. L'un des malades, atteint d'anévrysme poplité, n'avait pu supporter la compression que pendant deiL\ heures ; l'autre , atteint d'anévrysme du coude, la conserva jusqu'au lendemain, époque où il fallut y renoncer (1).

Ces résultats s'expliquent par la défectuosité des appareils compressifs usités alors en Angleterre. Freer avait conseillé l'emploi du compresseur de Senff, et il suffira de jeter les yeux sur la fig. 16 pour comprendre qu'un appareil muni d'une aussi large pelote devait nécessairement comprimer avec l'artère une

Fig. 16.

Compresseur de Senff.

Les quatre exiréiiiiii's de rinstniment donnent attache à des courroies qui font le tour du membre.

grande masse de chairs, et que, pour être efficace, une semblable compression devait être très-considérable (2).

11 arrivait même parfois que les muscles sup])ortaient toute la pression et qu'on ne réussissait pas à effacer le calibre de l'artère. C'est ainsi, qu'au mois de février 1815, Adrian ne put jamais réussir à arrêter les battements d'un anévrysme poplité en appli-

(1) Loc. tir., p. 2f(8et note première.

(2) La fig. 16 représente le compresseur de SenCf, modifié par Plenck, qui l'a rendu applicable à la compression de la plupart des artères en mobilisant les deux lirunclies croisées en X qui constituent la charpente de l'inslrumi nt. Cette ligure est cxtraiie d'une édition italienne do la Cliirurgie de P.ichier (['avie, 179a, in-S", T. I, p. 328, et pi. IV, fig. 7). L'instrument primitif de Senff ne pouvait s'appliquer qu'au coude, et, de plus, il portait une pelote bien plus grosse encore, destinée à comprimer directement les tumeurs anévry>males. Cet appareil est représenté par Zac. Platner (Instit. chirurg. Lipsiœ, 1758, in-S", §^32, p. 228, tab. II, fig. 10 et 10 bis). Le texte concis de Platner a donné lieu à une étrange erieur : « ()uam ab expcrtissimo Senffio, Berolinensi accepi, » avait dit Platner en renvoyant h la fig. 10. Ce mot Sciiffio ablatif du nom latinisé de Senff, fut pris pour un nom italien. Scnffio's iiis(riimcnl, dit t'ieer [loc. cit., p. 112), et depuis lors on a altéré de diverses façons le nom de l'inventeur berlinois : on en a fait Seunffw, Sennefio, Suffio, sans cesser un se ul instant de faite lionnetu- ù l'Italie tle la naissance de ce personnage.

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