‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 152 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — TODD · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — TODD

On le voit, il n'y avait rien d'original dans le travail de Todd, ainsi que l'auteur lui-même l'avait annoncé dès la première phrase de son mémoire. Idée ou instrument, tout avait déjà servi plus d'une fois. Il n'y a pas plus de raison pour rapporter à Todd l'invention de la méthode, que pour en attribuer l'honneur à M. Bellingham. Ils n'ont rien inventé ni l'un ni l'autre dans le sens propre du mot. La stérile et acerbe discussion de priorité qui s'agite actuellement en Irlande n'a véritablement aucune raison d'être, et ne se serait pas élevée si les deux parties avaient commencé par consulter l'histoire de l'art. Je ferai plus loin la part qui revient légitimement à M. P.elhngham , je montrerai qu'elle est encore assez belle, et je serai dès lors en droit de regretter qu'il ait cru devoir accumuler les arguments les plus étranges pour prouver que Todd avait agi sans connaissance de cause et sans but déterminé.

Les deux tentatives de Todd avaient été infructueuses, et rien ne permettait de supposer que son appareil eût donné ultérieurement de meilleurs résultats, lorsque en 18^6, à l'occasion des premières polémiques irlandaises, deux observations posthumes virent le jour. Ces observations avaient pour but de démontrer que la compression avait réussi en Irlande longtemps avant 1842. La discussion prenait des proportions de plus en plus mesquines. On ne cherchait plus le nom de celui qui avait eu le mérite de créer et d'appliquer la méthode, mais de celui qui avait eu la chance d'obtenir le premier succès. Bien plus, on négligeait les guérisons obtenues dans le reste du monde, et l'on disputait pour savoir par qui avait été guéri le premier malade dans cet îlot qu'on appelle l'Irlande, — comme si le hasard pouvait donner un titre de gloire , comme si la science n'était pas de tous les pays ! Cette puérile discussion sur le premier succès obtenu en Irlande, fit surgir, ai-je dit, deux observations posthumes demeurées inédites pendant près de vingt ans. M. M'Coy retrouva l'une de ces observations dans les souvenirs de sa jeunesse, et M. Adams s'étant aussi souvenu du même fait, en esquissa à son tour l'histoire tardive. La version de M. Adams ne s'accordait pas tout à fait avec celle de M. M'Coy, mais l'une et l'autre établissaient que feu Duggan avait jadis guéri un anévrysme par la compression. — Les héritiers de Charles Todd ne restèrent pas en arrière. M. Colles

avait trouvé, dans les papiers de ce chirurgien, une observation semblable qu'il avait laissé dormir pendant longtemps. Il finit par la donner à M. Robert Todd, qui la transmit au rédacteur du Dublin QuarterUj Journal, avec deux certificats en bonne forme délivrés quelques jours auparavant par M. Nunn et par M. Connor. Si quelque chose est capable de rendre un fait suspect, c'est certainement l'adjonction d'un cortège de certificats. Quoi qu'il en soit, je suis bien obligé de donner la substance de ces deux observations. Le monde chirurgical apprendra sans doute avec recueillement que le malade de feu Todd fut guéri après celui de feu Duggan, mais que feu Duggan s'était servi de l'appareil de feu Todd ! Much ado about nothing l

37® Observation (Duggan) (1). — Anévrysme fémoral sur un membre amputé six ans auparavant pour un anévrysme poplité. — Compression. — Guérison.

James Scarlett , âgé de 33 ans , ancien douanier , subit en 1818 l'amputation de la cuisse gauche qui lui fut pratiquée par Duggan pour un anévrysme poplité. Dans le cours de 1824 , en mai ou en juillet , les narrateurs ne s'accordent pas sur ce point , il se forma un nouvel anévrysme sur la cuisse amputée , à un pouce et demi ou deux pouces au-dessous du ligament de Poupart. L'anévrysme était gros comme un œuf de poule ou comme un œuf do dinde. L'opération ayant été jugée impraticable , Duggan se décida à tenter la compression de la fémorale au pli de l'aine , et Todd eut la bonté do prêter à cette fin l'instrument dont il s'était déjà deux fois inutilement servi.

L'appareil de Todd fut donc appliqué et maintenu non sans difficulté , à cause de l'indocilité du malade. Enfin , au bout de trois semaines suivant M.M'Coy,ou de cinquante-quatre jours suivant une autre narration du mémo M. M'Coy, les pulsations cessèrent; la tumeur, devenue solide, commença à diminuer , et enfin la guérison fut complète.

James Scarlett vécut encore longtemps, et ne mourut qu'en 1844.

38* Observation (Todd) (2). — Anévrysme poplité. — Compression au pli de l'aine. — Guérison en trois jou7's.

Patrick Murtagh , âgé de 36 ans, fort, athlétique, intempéiant , ouvrier de brasserie , entre à Riclimond-Hospital le 5 septembre 1823 pour un ané-

(1) J'épargne au lecteur le spectacle des contradictions qui existent entre les diverses versions que nous possédons sur cette observation. On consultera les sources suivantes: Di(6/m Médical Press, 26lli april 18û3 (première communication de Jl. ll'Coy). — Dublin Quarlcrly Journal, 1840, vol. II, p. 110 (relation d'Adams). — Bellingham. Observ. on Aneurism, etc., ISW, p. U6 (deuxième relation de JM. M'Coy, revue, corrigée et augmentée).

(2) Dublin Quarterly Journal, IS^iô, vol. Il, p. 113.

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