‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 154 sur 217 · PÉRIODE FRANÇAISE. — DE 1825 A · texte numérisé non relu

PÉRIODE FRANÇAISE. — DE 1825 A

son (1). Ce fait, qui montrait à la fois l'impuissance de la ligature et l'efficacité de la méthode compressive, aurait dû faire une impression profonde ; on n'y fit pas même attention.

M. Bellingliam a extrait d'an journal que je n'ai pu me procurer l'observation d'un malade atteint d'anévrysme fémoral , et guéri par la compression; mais celte compression fut surtout directe, c'est-à-dire appliquée sur la tumeur anévrysmale (2). La chose se serait passée en 1829. En 1830, M. Guthrie publia un fait tiré de la pratique de White , et relatif à une femme que la compression directe guérit d'un anévrysme poplité, après lui avoir fait courir d'assez graves dangers. Cinq jours après le début de la compression , les parties comprimées s'étaient gangrenées profondément (3). Malgré le résultat définitif, qui fut la guérison, M. Guthrie pensait que ce fait déposait contre la méthode compressive.

On voit que la compression indirecte perdait chaque jour du terrain. Deux ans plus tard , en 1833 , M. Cusack, chirurgien de Stevens' Hospital, à Dublin, la rejetait tout à fait, en se déclarant, au contraire, partisan delà compression directe {U).

Je passe sous silence une observation de Lynn , publiée seulement en 1846 , quoiqu'elle fût relative à un malade guéri en 1832. La compression avait été exercée sur tout le membre, puis sur la tumeur , et aussi sur l'artère. Quel avait été l'agent de la guérison? On ne pouvait le savoir (5). Même incertitude à l'égard de deux malades que Breschet et M. Nichet soumirent à la fois à la compression directe , à la compression indirecte, à la réfrigération, etc., et, quoique dans les deux cas la guérison ait été obtenue, on n'en peut rien conclure relativement à la compression mdirecte (6). M. Tyrrel , qui obtint la guérison de plusieurs anévrysmes traumatiques du pU du coude, associa également la compression directe avec la compression indirecte (7). Parlerai-je de ce malade qui eut le bonheur d'être guéri, par Ja méthode de

(1) Cas de Briggs, uoy. plus haut, p. 569 et p. 577.

(2) liELLi.NGiiAM. On Aiteiirism, etc. Loiul., 18^7, p. 6'4. — Prov. Med. Gaz., 1829, n' lili.

(3) GCTHRIE. On Diseuses of Artcvies. Lond., 1830, in-8°, p. 142. {J\) Bei.lingiiam. Lvc. cit., p. 52. — Dublin Journal, 1832, vol. 1.

(5) Crisp. a Treatise on Discases of the Blood-Vesscls. Lond., 18!i7, in-8", p. 181.

(6) J'ai déjà parlé de ces deux faits dans le chapitre de la méihode d'Anel. Toy. plus haut pour le cas de iNichet, p. 55a et p. 563, et pour le cas de Breschet, p. 566 en note et p. 577.

(7) Dublin Journal, 1836, vol. VllI, p. 553-554.

Valsalva, d'un anévrysme delà partie supérieure de la crurale, et sur lequel , quelques mois avant , M. Faulcon avait comprimé l'aorte abdominale aussi souvent qu'il avait pu (1) ? Il me paraît certain que, dans ce cas, la compression de l'aorte avait été tout à fait étrangère à la guérison. Je me garderai bien d'ajouter à rénumération précédente deux cas de guérison que Lisfranc dit avoir suivis (2). D'après la manière dont cet auteur s'exprime, il est clair que ce n'est pas lui qui a donné des soins à ces deux malades, et il est plus clair encore qu'il ne parle que d'après des souvenirs éloignés. Je ne serais pas étonné, par conséquent, que Lisfranc eût fait allusion à quelques-uns des faits publiés à Paris avant 1820.

C'est-à-dire qu'en laissant de côté le fait inédit dont M. Cruveilhier m'a dit quelques mots , je n'ai pu trouver, dans la période de 1825 à 18^2, que deux observations tout à fait favorables à la compression indirecte: ce sont celles de Briggs et de Cumano. Pendant ce long espace de temps , les chirurgiens de notre pays semblent n'avoir guéri aucun malade. Plus on allait , et plus on devenait indifférent pour une méthode que les Français avaient créée, développée, perfectionnée, puis abandonnée un jour sans qu'on pût savoir pourquoi. Après l'indifférence vint l'oubli , et un oubli tellement profond , que le savant Dezeimeris , écrivant en 1837 un article, fort remarquable du reste, sur la compression des artères comme moyen thérapeutique , parla d'une foule d'affections où cette compression lui paraissait utile , sans faire de près ou de loin la moindre allusion aux anévrysmes (3). L'humanité était donc depuis longtemps privée des bienfaits de la compression indirecte , lorsque les chirurgiens irlandais reprirent et appliquèrent avec une heureuse habileté les préceptes que nos compatriotes avaient eu le tort de laisser tomber en désuétude. Grâce à eux cette utile méthode a définitivement pris racine dans la pratique , et l'on peut dire que si , dans cette question des anévrysmes , la chirurgie française a bien mérité de la science , la chirurgie irlandaise a bien mérité de l'humanité.

(1) Gaz. méd. de Paris, 1836, p. 313.

(2) Lisfranc. Thèse de concours sur Voblilération des arlcves, 1835, p. 38 et tiO.

(3) Dezeimeris. Sur la compression des artères comme moyen thérapeutique dans VExpéricncc, 25 uov. 1837, T. I, p. 67.

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