‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 158 sur 217 · PÉRIODE IRLANDAISE. — ROBERT HOEY · texte numérisé non relu

PÉRIODE IRLANDAISE. — ROBERT HOEY

rurgical un instrument dès longtemps usité dans sa profession. Par sa simplicité , sa légèreté , sa précision , par la facilité avec laquelle on pouvait, suivant les besoins , l'appliquer successivement sur les divers points de l'artère fémorale , le clanip était évidemment supérieur aux appareils usités jusqu'alors en Irlande. Il avait de plus l'avantage, et l'avantage très-grand, de pouvoir servir indislinclement pour tous les malades , pour le côté droit , comme pour le côté gauche , tandis que les autres appareils demandaient presque tous à être modifiés pour pouvoir s'adapter aux formes particulières de chaque individu. En faisant connaître cet utile instrument , Robert Hoey rendit donc un véritable service; mais il lui était réservé de rendre un service plus grand encore ; il lui était réservé de laisser à la science autre chose qu'un instrument. Vaguement éclairé par les renseignements que son chirurgien lui avait fournis, et pressé par le désir de guérir sans affronter les douleurs et les dangers de la ligature , cet intelligent ouvrier découvrit le principe de la compression double et alternative de l'artère , exécutée avec deux instruments distincts.

Il construisit donc deux clamps et les appliqua lui-même sur sa cuisse à deux hauteurs différentes. Le supérieur lut placé à trois pouces au-dessous du ligament de Poupart, et l'inférieur au milieu de la cuisse. Chacun d'eux pouvait être changé de place quand le point comprimé devenait douloureux. Dès que la pression exercée avec l'un des instruments était trop pénible , ce qui arrivait environ au bout d'une heure , le malade serrait le second clamp et relâchait le premier. En alternant ainsi , il réussit , chose impossible pour lui auparavant , à maîtriser sans interruption le cours du sang. Une guérison complète , dont la chirurgie officielle avait dû désespérer , fut la récompense de ses ingénieux efforts (I),

Le charpentier Robert Hoey, personnage très-authentique, que la plupart des chirurgiens de Dubhn ont pu voir et interroger depuis sa guérison , présente plus d'une analogie avec le serrurier apocryphe qui , au dire de Boyer, aurait inventé et le tourniquet d'Eschards, instrument si analogue au clamp, et sans doute aussi la méthode compressive tout entière. Singulière coïncidence entre une fable ancienne et une réalité récente ! 11 y a ceci d'étrange dans l'histoire de la compression appliquée au traitement des anévrysmes, qu'un premier malade, l'abbé Bourdelot, cet agréable ignorant, comme disait la reine Christine, imagina pour luimême , au xvir siècle, une machine compressive devenue célèbre sous le nom de jjonton, et réussit ainsi à se guérir par la com-

(1) Dublin Quarleiiy Juurnal, 18'iO, vol. II, p. 111. .

pression directe^ d'un anévrysme traumatique du coude (1) ; qu'un second malade , celui de Lassus, inventa, de lui-même et pour lui-même , la méthode de la compression indirecte, à laquelle il dut la guérison d'un énorme anévrysme poplité, guérison constatée, en 1789, par Lassus et par ses collègues de l'École de médecine (2); et qu'un troisième malade, Robert Hoey, fabriqua le clamp et découvrit le principe de la compression double et alternative !

Disons enfin , par anticipation, qu'un quatrième malade, qu'un commissionnaire nommé Donolme, devait douze ans plus lard imaginer la compression digitale, et se guérir ainsi d'un anévrysme poplité à l'insu de son chirurgien (3).

Pour être juste, il faut dire que tout le monde n'a pas raconté de la même manière l'histoire de Robert Hoey. Jusqu'ici j'ai suivi la version de Xénophon : il y a encore la version d'Hérodote.

M. Bellingham, qui a quelque prétention à la priorité de la plupart des idées sur lesquelles repose actuellement la méthode de la compression indirecte, conteste que Robert Hoey ait eu recours à l'application simultanée de deux appareils de compression. Il se base sur un passage fort court du compte rendu de British Association. L'histoire du charpentier fut présentée à celte Société au mois d'août 1863 , très-peu de temps après la guérison, et le procès-verbal de la séance ne fit pas mention des deuxclamps {h). Ce procès-verbal, très-écourté, annonçait simplement, en trois lignes, que, le tourniquet de l'Eslrange étant devenu insupportable, on avait appliqué une sorte de clamp inventé par le malade , et que la guérison s'en était suivie. Or, il est clair qu'une narration aussi abrégée devait être nécessairement fort incomplète, et que c'était abuser de l'interprétation, de nier tous les détails qui ne s'y trouvaient pas. D'un autre côté, M. Wilde, à qui j'ai emprunté l'observation , rédacteur très-sérieux d'un des recueils médicaux les plus estimés , avait vu Robert Hoey ; il l'avait examiné et interrogé avec soin. Comment croire qu'il eût osé inventer, à propos

(1) Voy. plus haut, p. 272.

(2) Voy. plus haut , p. G79 , observ. 25.

(3) Voy. plus loin, § V, observ. /i9.

[fi] Proceedings of tite Médical SeHion of British Association foi' the year 18(i3. — BpLLiNGHAM. Ob.i, oti Aiicuiism, etc. Lond,, 18'i7, iii-12, p. 70 and 95.

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