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COMPRESSION IMMÉDIATE. — SUTURE

Je bouton de vitriol avait la propriété de faire refermer l'orifice du sac sans rendre l'artère imperméable (1).

Il faut croire que les résultais du vitriol ne furent pas très-satisfaisants, car on cbercha bientôt à remplir la même indication d'une autre manière. Un certain Brossard se présenta en 1750, à l'Académie de chirurgie , avec un remède secret dont Morand fit l'essai sur un officier atteint d'anévrysme au bras droit. Morand incisa le sac et Brossard appliqua lui-même son topique au fond de la plaie. Le pouls reparut à la radiale au bout de vingt heures. On en conclut que la circulation n'élait pas interceptée dans l'humérale ; mais on sait aujourd'hui que pareille chose s'observe souvent après la ligature complète de ce vaisseau. Quoi qu'il en soit, le malade guérit. Cette cure, suivant l'expression de Morand, fit la fortune à la fois du remède et du chirurgien, car Louis XV voulut connaître le secret de Brossard et le paya fort cher. Le précieux topique était simplement l'agaric de chêne (2). Brossard ajoutait même qu'il fallait que le chêne fût vieux et ébranché, et que la récolte fût faite aux mois d'août et de septembre. Mais déjà Morand proposait de remplacer le susdit agaric par des morceaux d'épongé (3) ; d'autres eurent recours à des boulettes de papier mâché. En un mot, le spécifique fit place à la compression immédiate pure et simple , et on reconnut que tous ces moyens avaient pour résultat d'effacer sans retour le calibre de l'artère.

C'est pourquoi Lambert, chirurgien deNewcastle, inventa un procédé encore plus ingénieux : il ne s'agissail de rien moins que de recoudre les bords de l'ouverture de l'artère et de rétablir le vaisseau dans l'état où il était avant l'accident. Ce procédé ne fut mis en usage qu'une seule fois , dans un ras de plaie artérielle. Le blessé se rétablit, et on supposa que Fartère était restée perméable (i). L'idée de Lambert ne prit cependant pas place dans la pratique; mais elle eut un grand succès dans les livres, jusqu'à ce qu'enfin Asman eût démontr(', par des expériences faites sur des animaux, que la sulure oblitérait infaihiblement les artères (5).

(1) Asman, De Ancuvysinale, % 10 et 17, niCmc rtcueil, p. 612.

(2) Mâm. Acad. de chirurgie. Paris, 1753, in-i", T. Il, p. 22^1.

(3) Mém. Acad. de chirurgie, T. II, p. 231, iii-ti".

(Il) Médical Observations and Inquiries. Londoii, 1762, iii-8", vol. Il, p. 3G0, n" 30. (5) Asman. De Aneurysmale, dissert, inaug. Groningue, 1773, dnns t(-ll(Ctioii de I.autli i,iir Its anévrysines. Strasbourg, 1785, in-A", p. 610.

212 MÉTHODE d'aNTYLLUS.

On revint donc à la ligature, el il en était temps, car déjà l'opération de l'anévrysme avait pris un nouvel essor. Ce n'était plus seulement sur les anévrysmes du pli du coude que les cbii'urgiens osaient pratiquer l'ouverture du sac; peu à peu, ils s'étaient enhardis et avaient ramené enfin la chirurgie au degré de splendeur où elle était au temps d'Antyhus. Or, si le vitriol, l'agaric ou même la suture pouvaient maîtriser à la rigueur l'artère humérale, la ligature seule était capable d'agir avec quelque sécurité sur les grosses artères du membre abdominal.

Ce ne fat pas sans hésitation qu'on se décida à attaquer ainsi les anévrysmes fémoraux et poplités ; on croyait que l'oblitération des grosses artères, inévitable dans l'opération ordinaire, devait nécessairement produire la gangrène du membre. Pour aller audevant de cet accident, on n'avait rien trouvé de mieux que l'amputation.

Cependant , quelques observations prouvaient que la vie du membre abdominal n'était pas toujours compromise par la ligature ou l'oblitération de l'artère fémorale. C'était d'abord un cas célèbre de Marc-Aurèle Séverin qui, en 16/il, avait appliqué le fer rouge sur un anévrysme inguinal , et qui avait guéri son malade (1); puis un autre cas où le même chirurgien, aidé de Jean Trullus, avait lié avec succès l'artère fémorale, ouverte par une halle au tiers supérieur de la cuisse (2). Il y avait encore une observation de Bottentuit, semblable à la précédente (3). Ces trois exemples devaient suffire pour rassurer les chirurgiens. Aussi Guénault et Vandenesse n'hésitèrent-ils pas , dans une thèse soutenue h Paris , en 1742 , à proposer la ligature de la fémorale, au lieu de l'amputation, dans les cas de plaie de ce vaisseau {t\). De là à abandonner l'amputation , dans le traitement des anévrysmes fémoraux ou poplités, il n'y avait qu'un pas. Deux ans après, Pierre Keyslère, chirurgien lorrain , osa opérer

(1) M. A. SÉVEr.i\. De reconditù abscessuum nalurû, lib. IV. De noviss. obscrv. absccss., cap. VU. Leyde, 172ii, in-^", p. 200. Celle chservalion manque dans les premières éditions.

(2) M. A. S£VEiii\. Ve eIJicaci Medicinâ. Chirurg. Effîc, pars II. Francfort, 16^6, In-fol., p. 51.

(3) Cotte observation, qui dale de 1688, est rapportée dansSAViAi^D , Obseri niions cliirur- (jiciilcs. Paris, l'702 , in-12, p. 277, 03'' obs.

(-'0 VAiVDENF.sSE. An i'utiie)'((tâ criirali iificriâ ab mnpiitatioiie auspicaiidum'^ Th. inaug. prxsid. Guénault, Paris, 17'i2. Dans IIallek, TItcs, cliirtirg., vol. V, p. 115.

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