‹ Des anévrysmes et de leur traitementChapitre 50 sur 217 · EXTENSION DE LA MÉTHODE D'ANTYLLUS · texte numérisé non relu

EXTENSION DE LA MÉTHODE D'ANTYLLUS

par l'ouverture du sac uu soldat atteint d'anévrysiue poplité (1). Cette tentative hardie fut couronnée de succès. Deux autres malades, guéris par Keysièrc en 1747 et 11 kS, furent aussi heureux que le premier; mais un quatrième succomha. Malgré cet échec, les chirurgiens italiens imitèrent bientôt la conduite de Keyslère, et l'amputation cessa d'être considérée comme la seule ressource contre les anévrysmes du jarret.

Les anévrysmes de la cuisse attirèrent à leur tour l'attention des chirurgiens. Burchall, de Manchester, envoya, en 1765, à la Société des médecins de Londres, l'observation d'un anévrysme fémoral guéri par l'ouverture du sac (2). Ce fait n'était pas encore connu en France lorsque Sue le jeune lut, en lllU, à l'Académie de chirurgie, un Mémoire sur la possibilité d'opérer les anévrysmes cruraux (3). Les faits déjà cités de Séverin et de Bottentuit, et surtout l'étude des voies anastomotiques le conduisirent à dire qu'on pouvait sans imprudence lier non- seulement l'artère crurale, mais encore l'iliaque externe (4). Deux ans après, Sabatier vint lire à son tour un travail sur l'anévrysme de l'artère fémorale. Ce travail devait faire partie du VP volume des Mémoires de l'Académie, qui n'a point été publié (5); mais nous savons que, vers cette époque, Sabatier avait opéré avec succès un anévrysme crural (6). Je citerai plus loin cette observation, qui joue un rôle important dans l'histoire de la compression indirecte (7).

Depuis lors, il fut admis que la méthode de l'ouverture du sac était applicable aux anévrysmes de l'artère fémorale, mais là devait s'arrêter le progrès de cette opération. Antyllus lui avait dès le premier jour imposé des limites qu'elle ne devait pas franchir. Les anévrysmes de la carotide, ceux de l'aine et de l'aisselle, tous ceux , en un mot , qu'on ne pouvait pas maîtriser par une compression exercée sur l'artère au-dessus de la tumeur étaient évidemment en dehors de la sphère d'appUcation de la méthode

(1) Lcllrc de Testa, de Fcrrdre, à Dominique Cotunni, de Naples, traduite littéralement dansPELLETAN, Clin, chinirg. Paris, 1810, iii-8", T. I, p. 137 à 145.

(2) Médical Observations und Inqiiiries. Lond., 1709, in-S", vo!. lU, p. lOli.

(3) Sue le jeune, iftéin. sur l'aiicv. de l'artère crurale, dans Journal de Vanderinondc, 1776, T. XLVI,p. iiaet 160.

(4) Loc. cit., p. 03.

(5) Journal de Vandermonde , T. XL VI , p. ùS , en note.

(6) Sabatier. Méd. opératoire, 1" éilit. Paris, 1796, ir-S", T. III, p. 194.

(7) Voy. plus loin Com-pression indirecte. Historique, Période française.

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ancienne. Déjà , à la fin du xvir siècle , Morcl , chirurgien de la Charité de Paris, avait eu à se repentir d'une tentative téméraire. Il avait voulu traiter par l'ouverture du sac un anévrysme de la carotide, et le malade était mort d'hémorrhagie pendant l'opération (1). Près d'un siècle plus tard, en 1762 , un autre Morel, orfèvre de profession, avait failli être victime d'un accident semblable. L'anévrysme , cette fois, occupait le pli de l'aine et fut pris pour un abcès. Maximin, en présence de Guattani, ouvrit cette tumeur d'où s'échappa un énorme jet de sang artériel. Un tamponnement énergique réussit à arrêter cette terrible hémorrhagie, et l'opéré fut assez heureux pour guérir (2). Malgré cette issue favorable, le fait de Maximin fut considéré, à juste titre, comme une leçon salutaire , et l'on perdit l'envie d'ouvrir les anévrysmes inguinaux. Quant aux anévrysmes de l'aisselle', on décida aussi qu'il n'y fallait pas toucher, lorsqu'on apprit que Desault, ayant osé attaquer ainsi un anévrysme de l'axillaire, avait eu la douleur de voir périr son malade d'hémorrhagie avant la fin de l'opération (3). Dès lors il fut établi que les anévrysmes du cou, de -l'aine et de l'aisselle ne devraient pas être opérés, et c'était précisément là ce qu'Antyllus avait dit quatorze siècles auparavant.

Tels furent l'origine, les progrès lents et les oscillations nombreuses de la méthode ancienne. Les travaux de Sue et de Sabatier l'avaient conduite à son apogée; son règne toutefois ne dura pas longtemps. Tant qu'elle avait été appliquée seulement au traitement des petits anévrysmes elle avait fourni des résultats assez satisfaisants ; mais lorsqu'elle fut mise aux prises avec les grands anévrysmes de la cuisse et du jarret, elle devint tellement

(1) Harder. Apiariitm. Bâlc, 1087, in-h", p. 324 , 86= obs. Morel , dans ce cas particulier, a pu manquer (le prudence, mais il fant lui rendre celte justice qr.'i! avait sur le jeu des arttres collatérales, des id(}es bien supérieures à celles de ses contemporains , car, dès 1681 , dans un article sur le traitement des anévrysmes, il avait annoncé qu'il était possible de lier l'antre axillairc [Obscn: circd curam Anciti-ismatis , dans Blécny, Zodiacus medico-galUcus , fé"iier 1681, 3" obs. Genève, 16S2, T. III, p. 25). — Dans le numéro suivant du même journal, îloyer renchérit sur celte idée : Saïujuincm alias sibi parare vias, irrigaturuin uitiuersiun liumerum ( Zod. vicd. gallic, mars 1G81 , 3= obs., T. III, p. U'i ). — C'était une opinion bien hardie pour l'époque.

(2) Guattani. De cxtcniis Aneitrysmalibus. Tiomc, 1772. Flistor. XV, dans Cillcct. de LauUi , p. Ifi8. Un fait exaciement semblable s'est piésenté en 1816 ou 1817 dans la pratique de Cnllerier l'ancien. — J'otj. PiOix. Qiuvantc iinnccs de pruliqxtc chinirgicate. Paris, 1855, in-8", ï. Il, p. Ji8.

(3) BiCHAT. Œuvres cldnirg. de Desault, T. II, p. 555, V édit.— Boyer. Malad, cliinirg., T. II , p. 189, l'« édit.

grave, elle donna une mortalité si considérable, que beaucoup de chirurgiens éminents , parmi lesquels il me suffira de citer Palletla, Wilmer, Lassus, Percival Pott, finirent par renoncer à cette opération meurtrière et par revenir à l'amputation (1).

Cette condamnation était peut-être prématurée: et pour ma part je suis convaincu que la méthode de l'ouverture du sac, même dans le cas d'anévrysme poplité , eût tôt ou tard été préférée, par tout le monde, à la ressource cruelle de l'amputation ; mais elle ne vécut pas assez longtemps pour subir cette épreuve.

Dès 1785, moins de dix ans après le mémoire de Sabatier, Desault et Hunter lui opposèrent une autre méthode, créée par Anel en 1710, mais négligée jusqu'alors par la plupart des chirurgiens.- L'ouverture du sac, capable de soutenir le parallèle avec l'amputation, dut céder le pas à la ligature. Après Desault et Hunter, vinrent Deschamps , Pelletan , Astley Cooper, Abernefhy, Scarpa, qui tous se prononcèrent pour la méthode d'Anel. Quelques esprits retardataires, adversaires inquiets de toute innovation, cherchèrent vainement à défendre la méthode ancienne : elle avait reçu une atteinte dont elle ne devait plus se relever.

Je décrirai toutefois cette opération , parce qu'aujourd'hui encore elle trouve quelques rares applications.

Après avoir établi une compression solide sur l'artère à la racine du membre, on protique sur la tumeur une longue incision. On ouvre le sac dans toute son étendue, on le vide entièrement ; on absterge le sang qu'il renferme, et on découvre bientôt l'orifice de l'anévrysme. A travers cet orifice , on introduit dans le bout supérieur de l'artère une sonde qui permet de reconnaître le vaisseau immédiatement au-dessus de l'anévrysme et de l'isoler complètement. Ce temps de l'opération est long et difficile, parce que la présence de la tumeur a altéré les rapports , et fait naître dans les tissus des indurations et des adhérences fort gênantes. Lorsque le bout supérieur est convenablement isolé, on l'entoure d'un fil qu'on noue après avoir retiré la sonde ; on procède alors (le la même manière à la ligature du bout inférieur, et on termine

(1) Pott. Chirurgical Works, éMt. Eurle. London, 1808, iii-S", vol. III, p. 220.— Scarpa. Réflexions sur l'anévrysme , trail. fr. par Delpech. Paris, 1809, in-S", p. 209.— Lassus. l'alliotogie chirurgicale. Paris, 1805, in-8", T. I, p. 303. — Deschajips. Observations sur la ligature des artères et sur l'anévrysme poplité, 2« éUit. Paris, 1797, iu-S", p. 69.

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l'opéralion en introduisant clans cette énorme plaie quelques bourdonnets de charpie.

L'opération est toujours très-longue, très-douloureuse et trèsdifficile. Pour s'en faire une idée , il suffira de lire l'histoire du malheureux Sylvain Paternot, atteint d'anévrysme poplité, et opéré en 1809 par Boyer (1). On ne comprend pas qu'après une pareille leçon Uoyer ait continué à fermer les yeux à l'évidence et à nier la supériorité de la méthode d'Anel sur la méthode ancienne.

Le voisinage des gros troncs nerveux et veineux, qu'il est nécessaire d'éviter, constitue une difficulté de plus. Cette opération a encore le désavantage de ne pas être applicable aux anévrysmes rapprochés du tronc. Là, en effet, un nouveau et immense danger résulte de l'impossibilité d'appliquer un tourniquet au-dessus de la tumeur, et l'hémorrhagie emporte souvent le malade avant la fin de l'opération. J'en ai déjà cité des exemples.

Lorsque l'opéré ne meurt pas immédiatement, il est encore exposé à des accidents formidables. La gangrène du membre est très-commune; la chute des ligatures s'accompagne très-souvent d'hémorrhagies fournies soit par le bout supérieur, soit par le bout inférieur ; enfin, l'énorme plaie ne peut se refermer qu'après une suppuration longue et abondante. Les phlébites , les phlegmons diffus, les érysipèles, l'épuisement par l'excès de suppuration, emportent beaucoup de malades, et ceux qui survivent conservent souvent un membre difforme, rétracté, atrophié et inutile. Il serait superflu de faire ressortir la gravité d'une méthode qui expose à de pareils accidents. On n'a cependant pas complètement renoncé à l'opération d'Antyllus; mais elle est réservée aujourd'hui pour des cas exceptionnels. Certains anévrysmes du cuir chevelu peuvent, sans trop d'inconvénients , être traités par l'incision suivie de la double ligature ou du tamponnement. A part cette exception contestable, la méthode ancienne ne s'adresse plus qu'à un petit nombre d'anévrysmes variqueux ; on doit même le plus souvent, en pareil cas, se contenter de placer deux ligatures sans ouvrir le sac. Je décrirai à part, sous le nom de double ligature, cette méthode bien distincte de celle des anciens.

(1) BoïER. Malod.cliiniigicnles, 1" édit, Paris, 18J!i, in-8", T. II, p. 236, 10« obs.

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